RENAISSANCE LITTËRÀIRB DE L'ALLEMAGNE
dance se crée un petit nid, tout intérieur, dans les doctrines métaphysiques et dans le cœur de quelques jeunes gens.
Il n'y eut jamais plus beau spectacle et rien qui montre mieux la force expansive de l'Idée pure.
C'est, comme je l'ai dit, un grand avantage pour l'Allemagne de toucher par les bords à des races étrangères fort énergiques. Ainsi, au treizième siècle, elle emprunta aux récits Scandinaves le sujet des Nibelungen^ et le traita avec génie. En 1800, le grand professeur Fichte (né en haule Lusace, un pays jadis slave) s'empara avec hardiesse de la philosophie de Kant, et lui donna un caractère sublime d'indépendance.
Il avait en Suisse et en Pologne vécu au milieu des orages. 11 entreprit une apologie de la Révolulion française. Enfin, quand elle s'assombrit, devint méconnaissable à ses amis, Fichle, alors même, ne recula pas, nous fut fidèle, publia son Apologie (d'après les théories du Contrat social) du droit d'insurrection contre la tyrannie.
Combien l'Allemagne d'alors avait un libre esprit! A ce moment même, le gouvernement de Weimar offrit à Fichte la chaire de philosophie à léna (1 794) . Là il trouva une noble jeunesse, qui de plus en plus s'affligeait des tergiversations de la Prusse et de l'attitude honteuse qu'elle donnait à l'Allemagne. Ce fut le germe primitif de la résurrection.
Fichte trouvait la spéculation embarrassée par la dualité qu'admettait Kant entre la Raison pure et la Raison pratique. Il supprima cette distinction qui paralysait tout, et ne reconnut qu'un principe, tout pratique, Vaction^ l'action personnelle, la personne, ou le Moi.
c< Mais, lui dit-on, cet univers, ce mouvement immense et varié, cette scène du monde dont nous sommes environnés, qu'en faites-vous ? »
Ici, il faut voir l'homme. Fichte avait l'extérieur d'un héros des Nibeltmgen. Peu grand, il est vrai, mais fort, sanguin, et doué d'une puissance invincible d'affirmation qui subjuguait l'esprit.
c( Si l'univers, lui disait-on, devient problématique, que deviendra la Patrie, l'Allemagne? »
Fichte ne dit pas : <:< Périsse l'univers ! » Il fut clément pour la réalité, dit froidement : « Je ne lui défends pas d'exister, mais comme une simple conception de mon esprit. »
Dans cet idéalisme si haut tout disparut, la bassesse actuelle des gouvernements allemands, et ce qui allait venir, la défaite d'Iéna, l'insolence de Bonaparte. Tout cela n'était plus que de simples êtres de raison et la tyrannie du néant.
Dans les étudiants d'Iéna, et probablement dans les auditeurs de Fichte, se trouvait un gaillard de la sauvage Poméranie, le célèbre Jahn, un gymnaste