‹ Histoire du dix-neuvième siècle;Chapitre 35 sur 88 · RETOUR ET DÉCLIN DE PITT · texte numérisé non relu

RETOUR ET DÉCLIN DE PITT

France, il se croyait si sûr de son succès, qu'il refusait le pouvoir à moins que tout le ministère ne fût refait par lui, uniquement composé des siens. Et quelques mois après, ayant voulu en vain se faire centre d'un groupe et repoussé de Fox, qu'il appelait à lui, il eut le chagrin d'accepter six ministres d'Âddington, puis Addington lui même. De sorte que Pitt se trouva devenu le chef du ministère qu'il avait remplacé, (Voy. Cornev\ral-Lev\ris.)

Conduite étrange qui fut cruellement caractérisée par Sheridan, qui nota l'insidieux appui que Pitt avait donné d'abord au rival qu'il voulait détruire.

Cette accusation d'excès de finesse et de perfidie ne l'humilia pas trop, ce semble. Il fut bien autrement touché d'une affaire qui lui montra sa décadence, son affaiblissement, son peu de crédit parlementaire. On accusa un de ses intimes d'une malversation, il essaya en vain de le couvrir. La chambre passa outre, et, sans faire attention à Pitt, censura l'accusé. Pitt sentit cela, comme un coup de stylet au cœur. Il eut beau rabattre sa coiffure sur ses yeux. On vit pleurer cet homme si fier.

Pour comble de chagrin, son rival méprisé Addfng-

ton voulait se retirer (ce qui aurait perdu Pitt auprès

du roi). Pitt eut le dégoût et la nausée terrible

d'être forcé de le prier de rester, d'avouer que cet

. Addington, tant méprisé de lui, lui était nécessaire.

Dans ces misères qui abrégèrent sa vie, Pitt avait

un soutien qui l'aidait fort : l'insolence croissante de Bonaparte, ses outrages, ses provocations, son mépris de tout droit des gens. Sous la couronne de fer qu'il venait de prendre à Milan, il insultait l'Europe d'une manière extravagante. Son Moniteur était plein d'articles injurieux aux autres peuples, aux têtes couronnées, articles qu'il dictait lui-même.

Il se chargeait de faire en pays neutre une police révoltante. Il eut même l'idée d'enlever le roi de Suède en pleinQ Allemagne.

Il menaçait, cherchait à surprendre partout des négociants anglais. On prétendait qu'il avait dit qu'à Berlin même, et sous les yeux du roi, il pourrait enlever le ministre d'Angleterre.

. Tout cela donnait des forces incalculables à Pitt. Peu aimé, il avait de plus en plus un allié plus sûr que la faveur publique : la haine de Bonaparte. A ceux qui se plaignaient de ce qu'avaient coûté lés dernières guerres, il disait froidement que celle qu'il préparait coûterait plus encore.

Il tint parole, et profitant du miracle imprévu d'un tel accroissement de richesse, il conçut le plan gigantesque, improbable, qu'il réalisa cependant, de soudoyer l'Europe, la nouvelle coalition augmentée par les masses innombrables du Nord, d'amener contre Bonaparte des armées de cinq cent mille hommes.

TRIOMPHE b'ULM. — DÉSASTRE DE TRAFALGiR.

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