‹ Histoire du dix-neuvième siècle;Chapitre 41 sur 88 · LÀ BANQUE SE JOUE DE BONAPARTE. S · texte numérisé non relu

LÀ BANQUE SE JOUE DE BONAPARTE. S

Le prince de la Paix recule; Ouvrard ne recule pas.

Justement le pape arrivait à Fontainebleau (décembre 1804). Cette chose horrible, épouvantable, ne rétonne pas. Le clergé sera indemnisé en rentes solides de ces biens douteux, qu'il perdrait tôt ou tard.

Aussitôt dit, aussitôt fait. L'audacieux Ouvrard réalise la chose à l'instant. Il établit ses agents dans toute l'Amérique. La piété, la répugnance des peuples n'y font nul obstacle. L'opération commence avec succès.

Il reste une difficulté : la mer, couverte de flottes anglaises. Comment convaincre M, Pitt?

On lui dit que la Compagnie des Indes a besoin de ce numéraire, qui peut venir par la Hollande.

On lui dit que les États-Unis, au défaut de l'Angleterre, se chargeraient de ce transport lucratif.

Londres s'accorde avec Amsterdam pour fournir à Bonaparte des ressources contre les Anglais. M. Pitt se rappelle sans doute qu'en l'autre siècle, au siège de Gênes, les Anglais vendaient eux-mêmes aux assiégés les boulets qu'on tirait sur eux.

Victoire! voilà la chose la plus étonnante, le plus grand triomphe que la Banque ait jamais remporté !

Ouvrard voit les deux ennemis, Pi!t et Bonaparte, dociles à faire arriver ses piastres américaines.

Le commerce, comme une loi supérieure, domine la guerre elle-même, comme la religion; le pape lui a cédé.

Ici, on est tenté de croire (comme le spirituel et clairvoyant M. de Pradt) que Bonaparte était fou par momenti, au moins prodigieusement étourdi. Comme j'ai dit, souvent de sa main droite il luttait contre sa main gauche.

Au moment où il lança ses flottes avec une si furieuse impatience à Trafalgar, comment ne réfléchitil pas que (vainqueur) il va décourager les Hollandais, encore plus les Anglais, qui ont la complaisance de lui apporter les piastres, les lingots d'Amérique ?

S'il est vaincu, comme il advint, ce terrible désastre avertira les sages Hollandais que la spéculation du transport est scabreuse, pour ne pas dire impossible, et que leurs capitaux, sur la mer balancés, risquent à chaque voyage de voyager au fond de l'eau.

Ceci déjà est passablement fou. Mais voici qui l'est davantage. Les associés d'Ouvrard à Paris, certain Desprès, etc., tentent Napoléon en se chargeant de fournir des vivres à sa flotte, c'est-à-dire de le mettre à même d'accomplir sa grande folie.

Sur le gage incertain de ces piastres qui flottent en mer, et peut-être n'arriveront pas, ils obtiennent du minisire Barbé-Marbois d'être associés à la

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