‹ Histoire du dix-neuvième siècle;Chapitre 42 sur 88 · LA BAJSQVE SE JOUE DE BONAPARTE · texte numérisé non relu

LA BAJSQVE SE JOUE DE BONAPARTE

Banque de France, et, concurremment avec elle, de toucher , escompter de solides valeurs du Trésor. Barbé-Marbois, tout en reconnaissant le danger, y cède. Pourquoi? Le principal auteur de la mesure est un homme sûr, de la clique dévote, enfin un homme de DieUj qui est assidu tous les jours à la messe de Saint-Roch * .

Là-dessus Trafalgar arrive, arrête les piastres d'Amérique, et noie tout à la fois nos flottes et Taventureuse Compagnie. Elle semble entraîner le Trésor avec elle. On s'étouffe aux bureaux, mais on n'est plus payé. Bonaparte, qui toujours a peur de Paris plus que du monde entier, entend d'Àusterlitz ce petit tumulte de Paris, et les ricanements de Londres. Bref, après avoir bâclé la paix avec TAutriche, et un semblant de paix avec la Prusse, il se hâte de revenir.

Il revient dans une colère épouvantable. A l'instar des petits enfants qui crient plus que personne quand ils ont fait une sottise , il s'en prend de la sienne à tout le monde. Il chasse Barbé-Marbois et son homme de Dieu. Il rappelle Ouvrard d'Espagne, et prend aux associés de la Compagnie tout ce qu'ils ont. Pour n'être pas volé, il vole : il les ruine. Cependant le

^ Barbé-Marbois, fort exact, pour rendre exacts ses commis, faisait luimême, le matin, la revue de ses bureaux, et voyant Desprès absent pour cette heure, du reste fort exact, sut qu'il allait en liâte à .Saint-Rocli entendre une messe* Gela lui inspira une confiance illimitée.

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nouveau ministre reconnaît que, sans eux, l'État aurait fait banqueroute, et qu'ils eurent au moins le mérite d'avoir réduit d'un quart les traités usuraires que les receveurs généraux avaient obtenus de Bonaparte.

Celui-ci, au reste, après avoir donné un grand spectacle de fureur et fait craindre qu'Ouvrard ne fût fusillé, le voyant si calme, lui-même se calme; il se contente d'exiler quelques dames du noble faubourg qui, dit-on, ont propagé la panique. Mais madame de Luynes, qui écbappe par son immense fortune, est punie davantage, humiliée, devient dame de Joséphine.

Bonaparte menace la Banque d'Amsterdam et les Hope, qui sourient. Tous leurs trésors sont volatiles.

Enfin, outré, ildit àOuvrard : a Vous avez abaissé la royauté au niveau du commerce. »

On le déclare garant pour quatre-vingt-sept millions, et il ne sourcille pas.

« Eh bien, dit Bonaparte, j'irai compter avec l'Espagne. On peut tout avec cinq cent mille hommes. » — On peut tuer la poiile aux œufs d'or.

Après ce grand combat, qui reste debout? Le capital, qui vaincra à la longue, et qui, mobile et volatile, ne pouvant être atteint, par cela même est une forme de la liberté.

L'altitude d'Ouvrard, après sa débâcle, me semble magnifique, celle du sage d*£pictète.

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