L1\RE QUATRIEME
L'ËNTR'ACTE APRÈS TILSITT. -: COUP D'ŒIL SUR LE GLOBE. LES RACES. — LA RÉPUBUQUE NOIRE.
Dans le court intervalle 'qui sépara l'entrevue de Tilsilt, et la terrible effusion de sang des guerres d'Espagne, de Wagram et Moscou, il y eut un moment de silence, je veux dire, de stupeur, où l'Europe sembla comprendre que de grands malheurs allaient arriver, que, de cette fausse paix où les deux colosses semblaient s'embrasser, quelque chose de funeste sortirait, quelque grande catastrophe.
L'humanité se tait. Je compte mettre à profit cet instant de silence et, par de là l'Europe, étendre un regard au loin et laisser parler l'histoire naturelle.
Certes si l'âme de la terre et le génie de la planète qui trop souvent ne s'exprime que par l'Europe (un point tout noir du Nord-Ouest), s'il s'exprimait luimême dans sa généralité, sa grandeur, il pourrai
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bien se faire que ce que nous appelons nos grands événemenis, n'y vînt qu'en seconde ligne.
Les grands événemenls pour la terre sont ceux qui jadis firent surgir des espèces nouvelles d'animaux \ et qui aujourd'hui font apparaître en saillie des races d'homme dans l'histoire.
Les puissants végétaux qui augmentent ou diminuent l'action humaine, peuvent être comptés, en bien, en mal, dans l'histoire de la Terre. Je parle des végétaux alcooliques, des stimulants du système nerveux, du sucre, de la vigne, du café, ou par contre de l'opium, du tabac. Grandes puissances dont chacune a produit par son apparition une révolution énergique pour activer, ou ralentir nos énergies.
Je parle aussi des grands fléaux , des maladies épidémiques qui multiplient en un siècle ses causes de mort.
Ainsi le choléra, observé pour la première fois dans le Bengale, à l'embouchure du Gange, en 1817, voyagea, et ne fut à Paris qu'en 1832.
Ainsi la fièvre jaune (vomito negro) , peu connue au siècle dernier, éclate en celui-ci, n'apparaît la pre-
* Que les esprits froids et indifférents sourient, je n'en mettrai pas moins parmi \e» grands événemenls de la Terre, le massacre cruel qu'on fit, au dernier siècle surtout, des cétacés, ces colosses des mers, nos analogues qui comme nous ont le lait et le sang. La mer fut rougie à la lettre de ce carnage inepte où l'on gaspilla et perdit tant de richesses, et où le globe fut dépouillé de ces espèces qui par la taille au moins, étaient sur la planète, la plus splendide manirestation de la vie. Voy. Lacépède et autres naturalistes. '
mière fois à l'Europe qu'en Espagne et à Barcelone. Ainsi quelque indifférente que soit TEurope à ce qui se passe dans le vaste monde de la terre, la mort au moins l'avertit fortement. Les grandes épidémies semblent des voix funèbres qui nous rappellent la solidarité générale des habitants de la planète.
En revanche, si la mort semble par moment prévaloir, en d'autres la vie brille ou par la multiplication de certaines races, ou par l'augmentation de leur activité, enfin par certains croisements qui les mettent en saillie.
Tout ceci est peut-être un effort d'ignorance, de l'attention unique que très-longtemps l'Europe concentra sur elle-même, en négligeant les autres races, qui existaient comme aujourd'hui. Voir à Thèbes les monuments de Ramsès II (Sésostris), admirablement expressifs S
Races infiniment plus nombreuses qui se comptent par milliards. De plus, bien 'plus robustes qui résistent aux fléaux qui nous déciment. Par cela seul, les noirs, les jaunes et les cuivrés doivent être tôt ou tard seuls habitants et possesseurs des contrées les plus riches du globe, de ces dangereux paradis où toutes nos activités cessent, où nous n'apparaissons que pour languir, mourir.
< Champollion, Lepsius, etc.
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On ne parle pas assez de la race brune, si industrieuse, celle des castes inférieures de l'Inde, de la grande msyorité de sa population. Plusieurs de ses ei^ims ont pénétré jusqu'en Europe, et y sont connus sous le nom fort inexact de zingaris (bohémiens) . Un savant kabUe et modeste, M. Bataillard, s'est consacré à l'histoire de ce monde obscur. Il est très-vraisemblable que les Gabires, Gabiles, etc., en furent des ramifieatîons dans la Samothrace, l'Atlas, etc.
Cette race brune qui contient les castes les plus méprisées, pourrait bien hériter de l'Inde, où les Européens ne vivent pas, et où les castes supérieures ont porté depuis Clive jusqu'à la grande révolte de 1857, pendant tout un siècle, le plus grand poids des malheurs sociaux. Les bruns durent, dureront. Les grands fléaux de l'Inde, le culte de la mort, les étrangleurs, le choléra (qui parait en 1817 aux embouchures du Gange) ne les ont pas sensiblement dimi- nues. Ce sont des travailleurs si sobres, se contentant d'un minimum si bas, que rien ne peut le réduire, l'abaisser: Ainsi tout glisse sur eux. Ils fabriquent toujours pour les grands marchés de l'Asie , Java, Bassora même. Leur vrai danger c'est que les Européens, connaissant leurs produits et l'extrême bon marché qu'a chez eux la main-d'œuvre, ne leur imposent le goût détestable de l'Europe, ne faussent, ne perdent l'art indien*.
* Les payi récemment conquis se sont mieux conservés. Nais déjà Ga-
Lesjaunes, si nombreux et si industrieux , ont mille arts bizarrement exquis et délicats, surtout la Céramique, dont le barbare pillage du grand musée chinois a répandu les échantillons. Cette abondance et ce bon marché relatif donnent l'espoir que les hideuses potiches de l'Europe ne prévaudront pas, n'éteindront pas l'art de l'Asie.
Depuis longtemps les missions avaient fait connaître la race jaune, en la défigurant. Les Hollandais, avec leurs habitudes discrètes, leur monopole étroit, ^e l'avaient guère révélée davantage. Les Anglais, plus entreprenants et maîtres de Java (1810), plus tard par leur comptoir de Canton et de Singapour, et surtout par le grand commerce de l'opium, s'ouvrirent l'empire chinois. Enfin l'Europe le força, aj)prit à le connaître. Les Japonais spirituels, énergiques, montraient la race jaune sous un nouvel aspect.
Si les Chinois émigraient en familles, leur bon marché, leurs grandes qualités d'ouvriers, pourraient faire l'effroi de l'Europe. L'extrême répulsion des races retarde leur progrès en Amérique.
Le nègre est un mystère. On a cru très-longtemps que c'était une race. Mais la connaissance que nous commençons à avoir de toute l'Afrique , nous auto-
chemire périclite, s^empreint du mauvais goût européen, la lourdeur de Londres et les bizarreries de Paris.