‹ Histoire du dix-neuvième siècle;Chapitre 57 sur 88 · OCCUPATION DE ROME (MARS · texte numérisé non relu

OCCUPATION DE ROME (MARS

Revenons à Napoléon, au grand drame de l'Europe.

L'entrevue deTilsiU semblait lui melire le monde sous les pieds. Dans cet accès d'orgueil, il fit deux choses abselument conlradicloires : D'une part, d'en venir avec le Pape aux dernières exlrémilés, et d'au- Ire part, de se lancer dans une guerre terrible pour conquérir les deux nations les plus papistes de l'Europe. Le plus simple bon sens disait que, pour cette dernière entreprise, il fallait ajourner kicrise des affaires de Rome, et n'avoir pas contre soi le Saint- Siège.

Dans les entretiens de Tilsilt, Napoléon parlant à Alexandre de ses quere es avec le Pape, le czar lui

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aurait dit : a Je suis pape; c'est bien plus commode. »

Ce mot frappa d'autant plus Napoléon qu'il répondait à ses piopres inslincls. Élevé par les prêtres, grand admirateur de Louis XIY, il avait senti de bonne heure qu'il n'y a de tyrannie forle que celle qui s'appuie sur une base religieuse, sur la racine profonde d'une éJucalion de servitude.

Dès qu'il fut Empereur, il s'occu| a du catéchisme impérial, du livre où les enfants apprendraient, comme article de foi, la légitimité de son pouvoir illimité.

Portalis lui disait de prendre le catéchisme de Bossuet. Mais ce qui avait suffi à Louis XIV [La reœmmandalion (T obéir aux aiitorités en général) ne suffisait point à Napoléon. Ce fut lui-même qui dicta au légal Cnpraia le chapitre où l'enfanl doit apprendre cet article de foi (impie! idolatiique! la religion d'un homme!) ^

Le pape n'apprit la chose que le 5 mai 1806 par un article du Journal de l Empire*.

Ce qui achève de peindre tous ces honnêtes gens, c'est que les évoques ne reprochèrent au catéchisme nouveau que 1 o r.ission d'un article que Napulcoo ajouta : llor% de r Eglise^ point de salut.

* Voy. d'Haussonvilie d'après Consaivi, Jauffret et autres.

^ a 11 ne réclama pas, car dis affaires plus graves Ten empêchèrent,» dit froidemeni d'Uiiussunville; coinmo s'il y ait eu jamais d'utlaite plus gr.jvt rjMTs T.'tt emp^)'^'^ylmcm:Ml de l*eiifimC;\

OCCUPATION DE ROME (MARS 1808). Stf»

Nous avons dit plus haut, et personne ne le conteste, que le pape, allant à Paris, avait Tcspoir de se faire rendre Bologne, les Légations. Si glissant sur l'afTaire spirituelle du Catéchisme, il fut admirablement persévérant pour Taflaire temporelle des biens d'Église. Il voulait, quand on reprit les États vénitiens après Âusterlitz, qu*on lui donnât une indemnité. Il réclama toujours son prétendu droit sur Naples et sur les principautés du Midi, Bénévent, etc. Pie YII, peu avide personnellement, était entouré d'une indigne cour, d'Anlonelli, etc., dont M. d'IIaussonville, lui-même, ne dissimule point le caractère.

Ces intrigues enfoncèrent le pape dans son ingratitude envers son bienfaiteur qui Tavait réellement remis à Rome par la victoire de Marengo, et qui depuis avait tant relevé le Catholicisme par son ascendant dans toute l'Europe.

La cour de Rome, toute anglaise, espérait avant léna. Depuis, désespérée, «elle fit à Bonaparte une très-mauvaise guerre (dit d'Haussonville lui-même), se vengeant en refusant de consacrer les évoques nommés par l'Empereur. Cela mit Napoléon en grande fureur, et dans une lettre peu sensée qu'il écrivit au prince Eugène pour le Pape, il dit : « Que veut-on donc? Me couper les cheveux? Mais qu'on le sache bien, je serai Charlemagne, et non Louis le Débonnaire. »

Voilà donc la guerre déclarée entre ces deux puissances qui agissent avec des armes, des moyens différents. Bonaparte prend au Pape Ancône, dont les Anglais se seraient emparés, çt de plus la grande route militaire qui mène de Lombardie à Naples. De son côté, te Pape refuse les bulles aux évéques nommés par Napoléon. Chose bien maladroite, dit luimême M. d'Hausspnville ; il semblait que Iç Pape voulût venger ses injures temporelles aux dépens des âmes chrétiennes. .

Napoléon, en plusieurs choses, touchait à Tencensoir. Il avait sécularisé les évéques Électeurs du Rhin. En Italie, il créait des chapitres nouveaux, des séminaires, réunissait plusieurs couvents en un. Il avait affecté d'annoncer l'Université impériale comme une sorte de pouvoir spirituel destiné à indiquer le bien et signaler le mal. Haute fonction qui la constituait une sorte de sacerdoce, dont le chef (le mondain Fontane) eut le titre antique et vénérable de grand maître. Du reste, le pouvoir lAoral, attribué à l'Université, lui est donné précisément au m^oment où Napoléon croit que la papauté va bientôt finir (23 janvier e,t 17 mars 1808).

Pour juger équitablement les rapports de Bonaparte envers le Pape, il faut se rappeler que, depuis un siècle que le cardinal d*York et les Stuarts s'étaient réfugiés à Rome, c'était une ville jacobite et anglaise. La petite cour du Prétendant, augmentée

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des brigands de Naples (AntonelH, etc.), et des furieux émissaires de'Caroline, serrait de près le Pape et le faisait agir.

Au momefit de Tilsitt, dans la stupeur d'un événement si grand, si imprévu, il lui avait écrit une lettre d'une douceur angélique où il l'invitait à venir à Rome loger chez lui au Vatican.

Mais aucun moyen de s'entendre. M. d'Haussonville avoue lui-même (l. H, p. 390) que Toq Rompit pour deux articles que Bonaparte ne dematidait plus.

Il y eut dans tout cela d'infinies variations. Pie VII avait dit' lui-même (d'après ses conseillers) : « Une persécution est nécessaire à l'Église. S'il prend Rome, nous nous réfugierons aux catacombes. »

La fin de cette année, 1807, est prodigieusement trouble, pleine d'embûches et de coups fourrés. Les Anglais, inquiets de Tilsitt dont on leur cachait les secrètes conditions, en prirent occasion pour tomber encore une fois sur Copenhague, que Bonaparte, disaient-ils, voulait prendre, la prirent eux-mêmes (7 septembre), enlevèrent ses vaisseaux et toute l'artillerie de sa côte, 3,500 canons.

Par représaille, Bonaparte prit deux villes qu'il considérait (non sans cause) comme villes anglaises : Lisbonne et Rome.

Lisbonne et le Portugal depuis 1 701 étaient un entrepôt du commerce des Anglais, et Rome un des

grands centres de leur diploinalie européenne.

Au mois de janvier 1808, Napoléon écrit : €< Si es Français qui entrent à Rome, s'entendent tout doucement avec les Romains, la papauté aura cessé d'exister sans qu'on s'en aperçoive. »

Mais n'était-il pas vraisemblable que les nations fortement catholiques, l'Espagne, le Portugal prendraient parti.

Malgré les ménagements du général de Ronaparte, Toccupation de Rome retentit à grand bruit. La nuit même on cassa les Madones en disant que c'étaient les Français qui les avaient cassées. Le Pape, au reste, annonça à tous les ministres qui étaient à Rome ce qu'il appelait sa captivité, disant : <:< Je suis comme prisonnier. »

U TRAHISON D*£SPAGNE (1808.)

Le procédé invariable de Napoléon fut la surprise. On Ta remarqué pour la politique. Et dans son art propre, la guerre, il se répéta constamment sous ce rapport. Des écrivains militaires Tout remarqué (comme M. le colonel Lecomte de Lausanne, et autres).

D'où vint cette tendance? Était-ce le sang corse, la prédisposition de cette race, ou l'exemple des fameux condottieri Italiens qu'il avait certainement étudiés dans sa jeunesse avec l'histoire de Gênes?

Napoléon se répéta, avec une uniformité intolérable. Après la surprise de Lisbonne (novembre 1807), vint celle de Rome (février-mars), enfin celle d'Espagne (avril-mai).

Quelque habitués que les nôtres fussent à l'obéissance militaire, Lannes trouva ignoble l'affaire du Portugal, et sut s'en dispenser. Junot qu'on en chargea, n'arriva juste à temps que pour avoir l'aspect ridicule du chien qui happe l'air, lorsque le lièvre échappe. Il lira le canon sur la flotte déjà loin qui portait au Brésil tous les trésors et toute l'élite du pays. Cela fit une légende. On mit devant l'Europe le tableau héroïque d'un peuple qui préférait à tout la liberté, qui pour fuir le tyran, laissait là ses tombeaux, ses temples, tous ses souvenirs.

Légende digne du Comoens. On respirait à peine que le maladroit Bonaparte en suscita une plus forte, plus odieuse encore. Celle de la surprise de Rome, du pontife vénérable, captif, sans refuge que les catacombes, comme il le dit lui-même. Toutes les femmes en pleurèrent en Europe, et tout homme s'en indigna. Le sang coula bientôt.

Alors, en troisième lieu, éclata la surprise d'Espagne, si laide et d'apparence si hideuse. Lui-même en détourna les yeux, laissa la chose à Savary, habitué depuis la mort d*Ënghien aux hautes œuvres. Pendant deux mois, Napoléon à Milan fit le sourd et l'aveugle, ne reçut point de lettre, ou n'y répondit pas, voulant ne rien savoir qu^après la chose faite.

Détestable pièce italienne, mauvais imbroglio où il accumulait surprise sur surprise, faisait servir la

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