‹ Histoire du dix-neuvième siècle;Chapitre 67 sur 88 · RUSSIE · texte numérisé non relu

RUSSIE

chacun jugeait insensée. Gela le troublait fort, et il restait là, attendant toujours que Tempereùr Alexandre, acceptant ses propositions, vînt le justifier. On l'amusait, en attendant Thiver, par des pourparlers, des flatteries habiles. Quand on a un lion maladroit au fond d'une fosse, on le regarde, avec plaisir, mais on ne s'avise pas de l'en tirer.

S'il n'eût péri, retiré en Pologne, il eût bienfôl recommencé. Wilson et les Anglais qui étaient dans l'armée ont rudement reproché à Kuluzov^ de n'avoir pas étranglé la bête féroce. Mais il faut songer que le Russe, qui avait perdu le meilleur de l'armée à la Moskowa, et se refaisait avec des recrues, la plupart à cheval, qui allaient et venaient, qui disparaissaient par moments, n'était pas sûr de son armée, et presque toujours nous suivait de loin. Il avouait lui-même que, dans notre retraite, la seule vue des bonnets à poil horripilait les siens. Et, d'autre part, les nôtres, épuisés, affamés, sans force, s'effrayaient souvent beaucoup trop de la tempête, des hourrahs des Cosaques, qui ne les attendaient guère, s'ils s'arrêtaient. Ainsi, outre les dangers réels (la faim, la neige, etc.), il y avait, des deux côtés, une part terrible pour l'imagination.

Kutuzow, par deux fois, s'écarta au midi, pour défendre, disait-il, les plus riches provinces de l'empire, en réalité pour laisser à la faim el au froid le

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