BATAILLE DE LEIPSICK
il crut ramener rAutriclie par la vaine cérémonie de déclarer régente la jeune impératrice.
Tout lui échappait à la fois. En Espagne, il allait être réduit à rappeler Ferdinand VII, tiré de sa prison.
En Italie, il fut fort indigné de voir que Murât, qui, sans souvenir de ses griefs, l'avait si bravement servi, que Murât, dis-je, lui échappât et tâchât de se sauver seul. Le pis, c'est que son fils même, Eugène, qui, dans la retraite de Russie, s'était très-bien montré, Eugène fit la sourde oreille aux très-pressants appels de Napoléon dans ses dernières détresses.
La Hollande Tabandonna et s'affranchit. Donc, il se trouva seul réduit aux ressources de la France. Celle-ci, avec une prodigieuse activité, constitua une armée de trois cent mille hommes, mais nullement semblable à celle qui périt en Russie. Cette nouvelle armée se composait de jeunes soldats, mal exercés, avec une nombreuse artillerie, peu, très-peu de cavalerie. Donc, si Ton avait des succès, nul moyen de les suivre. Ajoutez qu'une grande partie des ressources en tout genre de matériel était restée dans les places éloignées, où l'Empereur gardait d'énormes garnisons, dans l'idée folle de revenir demain.
Jomini, qui était Suisse, et qui, maltraité, usa de son droit d'étranger, se rangea près d'Alexandre, parle toujours de Napoléon dans ses livres avec res-
pect, admiration. Mais je vois dans rexcellente biographie que le colonel Lecomte a publiée de Jomini, et qui donne ses entretiens, ses paroles confidentielles, une explication naturelle de ces dernières campagnes tant admirées.
L'empereur Alexandre avait remis à Tempereur d'Autriche la conduite de la guerre contre son gendre, et François lavait remise à Schwarzenberg, bon homme et grand seigneur, mais incapable général.
Chacun voulait l'aider, le conseiller.
Jomini, le moins satirique des hommes, nous donne sérieusement l'amusante peinture de celte tour de Babel. Tous les états-majors de toute l'Europe étaient là, proposaient leurs plans et souvent faisaient rejeter les avis les plus raisonnables \ Bona^ parte, qui avait tout son conseil dans sa tête, et n'avait à compter avec personne, avait mille avantages. Ce qu'il risquait souvent, c'était d'être trop obéi. Les plus hardis, dociles à la lettre et démentant leur caractère, ne prenaient rien sur eux. Exemple : Ney à Bautzen n'osa s'écarter des heures fixées et par cela entrava le succès.
Bonaparte, malgré son infériorité de nombre, s'en tirait bien, lorsque Blûcher, avec sa valeur étourdie, rompit la ligne que l'Empereur croyait garder.
^ Voyez le cdonel Lecomte, Biographie de Jominu
BÂTÀaLE m LËIPSIGK (1813). 407
Enfin, du Nord arriya la dernière armée cjue les alliés attendaient, cent mille hommesi menés paît Moreau, Bernadette. Et alors de tous côtés, il ne ^it qu'ennemis.
Moreau certainement ne s'en faisait aucun scrupule, croyant défendre la liberté du monde. Et Berna dotte avait à venger mille injures S Leipsick fut ce qu'on peut appeler l'insurrection du genre humain. Il n'y avait jamais eu une pareille unanimité.
M. Lecomte me paraît avoir expliqué lumineusement cette immense bataille où Schwarzenberg voulait worce/er l'armée alliée en cinq fractions presque impossibles à réunir. Disposition tellement absurde, qu'on aurait pu la croire dictée par Napoléon même.
L'empereur Alexandre crut, d'après Jomini, qu'il fallait grouper tout, ens'unissant à Blûcher età Bernadotte. Mais le czar ne put vaincre l'obstination de l'Autrichien qu'en le menaçant de se passer de lui, d'opérer seul avec ses Russes.
Enfin, le 18 octobre, les alliés, fortifiés par Bernadette et Benningsen, accablèrent Napoléon. Si on eût cru Jomini, on eût occupé la seule route de retraite qui lui restait, et on l'eût pris lui-même.
Grand bonheur pour l'Europe et la France même, qui se fût épargné la double invasion et Waterloo.
*■ Gomme en 1809, lorsqu'il lui joua ce tour de l'appeler trop lard à la bataille pour le faire passer pour un lâche.
Leipsick eut presque les effets d'une nouvelle re traite de Moscou. La jeune armée y fut désorganisée, brisée, détruite dans la poursuite ardente de Tinnombrable cavalerie ennemie.