WATERLOO
certain que les Prussiens viendraient le seconder à quatre heures de raprès*midi.
Ceux-ci d'abord, fort rffrayés par les succès de Bonaparte à FJeurus, à Ligny, se débatidèrettt, dit Marraont, en grand nombre. GarMarmont qui, pour ses blessures^ était aux eaux d'Aix-la-Cbapelle, vit arriver 3,000 fuyards prussieais dans ce lieu si éloigné de la bataille.
Marmont, juge compétent, et fort d'accord avec l'exact Charras, dit que Napoléon, par son indécision, perdit les avantages qu'il avait eus d'abord, que le 16, il affaiblit Ney, l'empêdia d'emporter les Quatre- Bras et d'écraser l'avant-garde ennemie. Cette indécision promena d'Erlon en marches et contre-marches, de sorte qu'il ne fut utile ni contre les Anglais ni contre les Prussiens, qui par l'arrivée de Bnlow, eurent trente mille hommes de plus.
Le 18 juin, à Waterloo, Bonaparte sut par une lettre de Blûcher, interceptée, que Blticher arriverait à quatre heures de l'après-midi. Donc, il devait attaquer de bonne heure. Le temps était mauvais ; une grande pluie était tombée la nuit; et la moisson mouillée rendait la plaine peu traversable à la cavalerie et à l'artillerie. c< Ajoutez, dit Marmont, qu'on calculait que, pour une longue bataille on avait peu de munitions. »
Napoléon déjeuna à huit heures, bien tard pour juin où le jour vient si tôt. M. Pétief , général de ca-
Valérie qui, de son cheval, le voyait déjeuner à une petite table, dit que tous furent frappés de sa pâleur, d'un effet fantasmagorique; « en voyant, disait-il, ce visage de suif^ nous conçûmes un mauvais augure. »
Donc, il ne commença le combat qu'à onze heures, selon le vœu de Wellington qui, montre en main, devait attendre quatre heures et l'arrivée des Prussiens avec grande impatience.
Heureusement pour lui. Napoléon perdit des heures encore à forcer le château d'Hougoumont qu'il pouvait écraser d'artillerie, s'il n'eût économisé la poudre. Et pourquoi n'avait-il pas eu la prévoyance . d'en faire venir assez?
La cavalerie française ayant refoulé, écrasé l'anglaise, dominait, conduite par Ney, le plateau qu'occupait Wellington, lorsque l'infanterie anglaise par sa fermeté, ses décharges rapides, ses armes excellentes, sa poudre supérieure, arrêta court les nôtres. Là était le moment de faire agir la garde impériale. Mais Napoléon ne s'y décidait jamais qu'ayant employé tout. Ici, elle partit trop tard, et agit peu. Son artillerie, fort lourde, s'embourba. Et Wellington la voyant embarrassée, paralysée, pour prolonger cet embarras, fit un sacrifice effroyable. Il grisa un de SCS plus beaux régiments de dragons, et, sans bride ni mors, les lança d'en haut sur les nôtres, bien sûr que ces dragons seraient tous massacrés, mais ,que, par ce massacre, il obtiendrait encore quelques
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minutes pour l'arrivée des Prussiens. Bulow était déjà venu avec trente mille hommes, Blûcher venait avec qualre-vingt mille.
Là se place la grande dispute. Napoléon accuse le refard de Grouchy. Mais, quand même Grouchy eût mieux marché, dit Gharras, avec trente mille hommes, aurait-il pu en arrêter cent mille*? Grouchy de toute façon, n'arrivant qu'à dix heures du soir, n'eût fait qu'augmenter le désastre.
La fin de la bataille et la confusion qui suivit, sont très-favorables aux tableaux d'imagination. Là, les rhéteurs triomphent. Même les royalistes (par culte du pouvoir, quel qu'il soit) s'efforcent de couvrir Napoléon. « 11 s'élançait; on le retint, et il ne fut pas libre de mourir. x>
Ses aides de camp (le général Bernard) disent tout le contraire. Il parlit de bonne heure, et son cheval persan le porta d'un trait à dix lieues, à Philippeville. Il fut le premier des fuyards. Comme aux retours d'Egypte, de Moscou, de Leipsick, il devança tout le monde, mérita le prix de la course.
On a vu en Provence à quel point il était nerveux. Ici, il y eut, dans cet empressement de se mettre en sûreté avant toute chose, une bien grande insensibilité et un oubli de tout honneur. Car enfin cette armée n'était nullement détruite, et on dit que les
* Gharras, ch, xv.
Anglais et Hollandais avaient perdu autant de monde. Le$ masses noires des> Pruasien^, arrivant tout à coup au nombre de cent mille, avaient produit la grande alarme, et fait dire : « Ils sont trop * ! »
Sur la route, des hommes énergiques (comme Mouton-Lobau) essayèrent plusieurs fois de reformer les nâtres. Mais ils étaient atteints au cœur, découragés. Qui osera dire que la présence de l'Empereur (s'obstinant à rester) n'eût pas arrêté, fixé au sol beaucoup de ceux que Lobau alignait, de ceux que Cambronne blessé, sanglant, garda, et qui crurent mourir avec lui ?
A Charleroi, Bonaparte dit : « Je resterai à Laon, » A Laon, il fit son bulletin mensonger sur Waterloo, regrettant seulement de n'avoir pas osé accuser Ney de la perte de la bataille. Enfin, il se décida pour affronter Paris, disant que s'il tenait Paris, il tenait tout. Mais comme à son retour de l'île d'Elbe il n'osa y entrer que le soir, et piteusement, alla à l'Elysée, n'aborda pas les Tuileries.
Ici, encore, les royalistes et Lamartine en tête, sont pour Napoléon ; ils attribuent tout ce qui va suivre aux intrigues de Fouclié, qui d'une part s'entend avec Wellington, de l'autre pousse Lafaye.tte.
Très-vaines finasseries, qu'on substitue à une chose que la nécessité faisait d'elle-même et qui est plus claire que le soleil.
* Mot historique.