CHAPITRE IL
L'amour ardent, passionné, de Jésus, voilà le premier moteur de l'histoire dont nous allons continuer le récit. La distinction maintenue par la Maître entre la religion pure qu'il annonçait de parole et d'exemple et la foi en sa personne, les disciples l'oublient. Jésus lui-même, et non pas
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les réalités religieuses que Jésus a révélées à la conscienoe, devient l'objet propremeut dit de la croyance religieuse. Par conséquent, il y a naturellement tendance à exaker toujours plus sa personne.
Pendant sa vie terrestre, TenthousiasnQe de ses disciples avait déjà tressé pour lui la couronne messianique. Après sa mort, le besoin de le glorifier fut encore plus intense. Comme un navire qui se dessine sur les mers tropicales dans Téclat éblouissant de son sillage, Jésus crucifié apparut aux siens dans cet état de transfiguration céleste qui n'avait frappé que momentanément quelques uns d'entre eux pendant les jours de sa chair (1). La foi en sa résurrection corporelle, qui eut pour occasion déterminante le fait obscur du tombeau trouvé vide, eqt pour cause réelle et profonde Tineffnçable impression que sa sublimité religieuse avait laissée dans Tâme de ses fidèles. Une saine philosophie doit reconnaître que les manifestations supérieures de la vie de Tesprit rendent sensible au cœur l'immortalité de la personne hu^ maine. C'est en ce sens que nous croyons juste le sentiment qui inspira aux premiers disciples la croyance en la survivance de leur Maître. Mais dans les récits inconciliables qui nous sont parvenus sur les apparitions du ressuscité, nous ne pouvons voir autre chose que les reflets de touchantes et poét'ques extases, dans lesquelles des cœurs brûlant d'amour, en réaction violente contre leur abattement momentané, se représentèrent cette survivance sous la forme matérielle à la fois et idéale, que leur éducation juive offrait à leur imagination exaltée. « J'ai été mort, mais main- » tenant je vis aux siècles des siècles (2) », telle fut pour
(1) Marc, IX, 2-8, et paraU. On ne relève pas assez rétroite analogie qui rattache la scène de la transfiguration aux ^isions du corps ressuscité.
(2) Apoc.,i, 18.
çuXi chaque fois qu'ils la virent paraître, la déclaration de l'auguste image h laquelle désormais leur vie était su8|>endue,
C'est ainsi qqe, dans leur pensée, le Messie, n)éconnu de son vivant, mais victorieux de la mort, « assis à la droite de Dieu », c'est-à-dire ayant reçu de Djeu tout pouvoir au ciel et sur la terrç (1], devant bientôt revenir pour régner avec les siens sur un monde renouvelé, ne fit pas oublier sans doute, mais pourtant remplaça le plus souvent l'humble Fils de l'homnie incompris et persécuté. Cette modification dans les représentations favorites des premiers chrétiens ne séparait pas encore Jésus de l'humanité. Celui qu'on a vu de ses yeux manger, dormir et souffrir, ne peut pas être à ce poiut enlevé à la sphère des réalités tangibles. Mais il est naturel que, préférant s'élancer dans l'avenir plutôt que de se replonger dans un douloureux passé, ils contemplassent plus voloiuieiii leur Maître sous cette forme {['homme devenu eékste que sous celle du rabbi de Nazareth. Ce n'est pas encore la divinité, c'est un commencement d'apothéose.
Nous voyons clairement ce point de vue s'affirmer dans l'Apocalypse. Ce livre, aujourd'hui deviné, tout plein d'un symbolisme ardent et poussant à outrance ses descriptions et ses images, reporte expressément les attributs divins sur Jésus glorifié (2). Il est comme Dieu le premier et le dernier, TAlpha et l'Oméga (3). H porte sur le front un nom nouveau qui n'est autre que le nom ineiïable de Jebuvah {k). Il s'appelle la Parole de Dieu (5). Mais ne nous y laissons pas tromper ! L'auteur de l'Apocalypse entend seulement par là
(1) Malth., xxvm, 18.