‹ Histoire du dogme de la divinité de Jésus-ChristChapitre 6 sur 34 · XIX · texte numérisé non relu

XIX

que Jésus, victorieux du inonde et du péché, a conquis tous ces titres. Ils lui ont été conférés du dehors en récompense de sa victoire. Il n'en est pas moins un être créé (i). C'est à partir d'un moment déterminé, c'est après sa mort sur la croix que les perfections divines lui ont été décernées (2). Le nom de Dieu inscrit sur son front le sera un jour sur le front des élus (3). Son nom de c parole de Dieu » signifie qu'il est le révélateur de la vérité, l'annonciateur des jugements divins, et reste à cent lieues de la signification métaphysique du Verbe ou de la Parole au sens philonien {h). L'auteur considère Jésus comme issu de la nation d'Israël, la femmemère du chapitre xii, dont la tête est entourée de douze étoiles (les douze tribus). Il est donc sorti des entrailles mêmes de son peuple, il en est l'honneur parce qu'il, en est le fruit, et rien ne serait plus contraire à tout cet ensemble d'idées que la supposition d'une origine surnaturelle, exclusive de la génération humaine ordinaire. L'Apocalypse, écrite dans les premiers mois qui suivirent la mort de Nitoon (la bêle dont le chiffre est indiqué xiii, 18) (5), date de l'an 68 de notre ère, mais, à part l'exaltation parfois furieuse de ses attentes, se rattache aux toutes premières formes de la croyance chrétienne. Si nous revenons aux trois premiers évangiles, non plus pour y chercher le témoignage que Jésus s'est rendu à luimême, mais pour savoir ce que ses historiens ont pensé de lui, nous y trouvons encore très-vif le sentiment que Jésus appartient positivement à l'humanité, et si, en fait de documents évangéliques, nous ne possédions que l'évangile de

(4) Comp., I, 9 ; xix, 9.

(5) On sait aujourd'hui que le chiffre 666 équivaut à la somme des lettres hébraïques formant le nom César Néron,

Marc et les discours des apôtres dans les Actes, toute la christologiedu Nouveau Testament se réduirait à ceci, que Jésus de Nazareth fut « un prophète puissant en œuvres et en paroles, fait par Dieu Christ et Seigneur » (1). Il n'y aurait même aucune raison de contester le dogme favori des vieux Ébionites, ces orthodoxes des premiers jours dont nous aurons à reparier, dans l'opinion desquels Jésus lui-même n'aurait eu la conscience de sa vocation qu'à partir de son baptême au Jourdain, lorsque le ciel s'ouvrit sur sa tête et que le Saint- Esprit descendit sur lui. « Un homme saintj pleinement inspiré par l'esprit divin » , telle eût donc été la formule de la christologie.

Quant aux évangiles de Matthieu et de Luc, les deux généalogies, que ces deux livres déroulent respectivement, nous fournissent une preuve formelle de la fermeté de la croyance première que Jésus était réellement homme par sa nature et sa naissance. Ces deux généalogies ont pour but de mo: trer que Jésus est vraiment le Messie en exposant la série de ses ancêtres en droite ligne du roi David à Joseph époux de Marie. Un des titres du Messie consistait en effet dans l'appellation de Fils de David indiqué par quelques passages des prophètes. Jésus reçut parfois ce titre d'honneur de ceux qui lui demandaient une grâce ou qui voulaient exalter sa personne, mais nous ne voyons pas qu'il se le soit jamais adjugé à lui-même, et, bien plus, il y a dans l'évangile de Marc un passage fort curieux où, controversant avec les scribes, Jésus s'attache à montrer que ceux-ci se trompent quand ils veulent que le Messie soit nécessairement un descendant de David (2). En tout cas, il est certain que les auteurs de ces deux généalogies le regardaient,

(1) Marc, I, 1-12 ; Act., ii, 22, 30, 36 ; m, 22-23 ; X, 38 ; comp. Luc, xxrv, 19.

(2) Marc, XII, 35-37.

t RÉVILLE. 2

26 pORlIATWIi DU DQQMB,

ainsi que les compatriotes et les contemporains de Jésus, comme le fils aîné de Joseph, TépouK de Marie, et n'avaient pas la moindre idée d'une conception miraculeuse. S'ils avaient eu cette idée, en effet, ils eussent établi la généalogie de Marie, et non celle de Joseph. Toutes les subtilités inVQ^ quées par les anciens commentateurs pour concilier cette contradiction des récits évangéliques se soiU brisées contre la résistance des textes. Les divergences des deux généalogies prouvent simplement que si l'idée de la filiation davidique de Jésus se répandit de bonne heure dans les çerc]^ chrétiens (1), sa famille n'avait pas réussi à fixer la liste de ses ascendants. On put donc s'y prendre de plusieurs manières pour le rattacher à la famille royale d'Israël. La supposition la plus naturelle, celle dont on partit en premier lieu et qui fut consacrée par notre premier évangile, fut que Joseph, père de Jésus, descendait de David par Salomon et la série des rois de Juda, leurs successeurs directs. Mais, soit difficultés historiques, soit plutôt répugnance à donner pour ancêtres au Messie des princes idolâtres ou criminels, conima il s*en trouve bQD nombre dans cette longue lignée, d'autres préférèrent ce qu'on pourrait appeler une branche cadette, celle qqi vient de David par Nathan. Nous n'avons pas k rechercher m ce moment qui eut tort ou raison, ni même si qnelqu*un eut raison. Jl nous suffit de constater que, dans l'esprit des deui^ généalogistes, Jésus est fils de Joseph, né conome nous touji d'un homme et dNine femme, et cette persuasion fut celle ile tou^ ses contemporains, particulièrement des habitants de Nazareth qui disaient connaître de fort près son père, sa mère et ses frères (2).

(1) Cette idée paraît admise déjà au temps de saint Paul, Rom., I, 3. De la croyance que Jésus était le Messie, on passa ^ la çroy^^nce qu'il descendait de David ; mais non pas de celle-ci à ceUe-l^,

(2) Luc, IV, 22; Marc, VI, 3 ; Matth., xiii, 3^.

Il est donc bien surprenant que les mômes évangiles qai ont enregiï^tré ces généalogies soient précisément les mêmes qui aient accrédité dans TÉglise Tidée de la naissance mira- (^uteuse de Jésus. Dans le premier évangile, les deux notions Contraires sont juxtaposées d'une manière abrupte et Cônome si son rédacteur n'avait pas même aperçu leur incOllipalibilité. Le troisième sent fort bien la contradiction (1), et cependant il rédige son histoire comme si elle n*existalt pas. Il est probable que ces deux évangéliâtes, tu la rareté des traditions qui circulaient sur Tenfance de Jésus, n*osèrent éliminer aucune de celles qui parvinrent à leur connaissance et amalgamèrent le peu qu'ils recueillirent sur ce sujet obscur dont Jésus lui-même n'avait jamais parlé. N*est il pas évident, par exemple, que lorsque Luc nous raconte comment Joseph et Marie ne comprirent rien aux paroles de leur fils âgé de douze ans et leur disant qu'il devait s'occuper avant tout des choses de sou Père (2), il enregistre là une tradition formée dans un milieu où l'on ne savait rien des scènes miraculeuses qui, selon le même évangéliste, avaient présidé à sa naissance et sur la signification desquelles Marie, tout an moins, ne pouvait absolument pas se méprendre?

D^où provint donc cette Idée d'une conception miraculeuse de Jésus dans le sein de Marie 7

Si sa naissance avait été illégitime, comme plus tard les adversaires du christianisme en émirent le soupçon, ses ennemis personnels en Galilée, à Nazareth surtout où il était moins admiré, moins aimé qu'ailleurs, n'auraient pas. manqué de le lui reprocher, et nous en verrions bien quelque trace chez ses historiens eux-mêmes. D'autre part, ni Marc, ni Paul, ni Jean, ni aucun autre écrivain du Nouveau Testa*

(1) Luc, in, 23. — (2) Lue, n, /12-50,

ment ne parlent delà conception miraculeuse. Qu'on ne nous accuse pas de conclure plus qu'il ne convient du silence qu'ils gardent sur ce point. Cette croyance, une fois adoptée, est de celles qui, à défaut d'une aflQrmalion directe, font sentir leur présence de toute sorte de manières latentes. Elle n'appartient donc pas à la première éclosion de la foi chrétienne. C'est aussi la première tentative de séparer Jésus de rhumanilé dans l'intention de le glorifier. Ce n'est pas qu'en stipulant cette conception miraculeuse, on ait cherché le moyen d'épargner à Jésus la tache du péché originel. L'idée d'une chute de l'espèce, d'une souillure héréditaire se propageant par la génération, est étrangère aux premiers chrétiens. La croyance que Jésus fut conçu miraculeusement du Saint-Ksprit a dû se former par la combinaison de deux éléments que l'on peut se représenter ainsi. -

Premièrement, l'idée que Jésus n'aurait été inspiré du Saint-Esprit qu'à partir de son baptême au Jourdain, tandis qu'auparavant rien ne le distinguait du reste des hommes, avait le défaut de supposer contre toute vraisemblance la transformation totale, subite, mécanique, d'un homme ordinaire en un homme incomparable. C'était dès lors le Saint- Esprit, et non plus la personne même de Jésus qui restait le facteur proprement dit du salut des hommes. Que le baptême du Jourdain ait marqué pour Jésus une crise intérieure dans laquelle un éclair d'en haut, illuminant son âme, le révéla complètement lui-même à lui-même, cela est fort possible, et même en dehors de cette supposition il est di£Bcile dé comprendre l'importance majeure que ce baptême eut pour les évangélistes et les judéo-chrétiens rigides. Mais évidemment Jésus devait avoir donné auparavant plus d'une preuve de son génie religieux. Ce que la vraisemblance psychologique nous fait présumer, le désir de glorifier sa personne le suggéra aussi, et il demeura constant que Jésus avait

été rempli du Saint-Esprit dès son adolescence, dès son enfance, dès le sein de sa mère. La langue religieuse des Juifs aimait celte dernière expression quand elle voulait dire qu'une qualité bonne ou mauvaise remonte aussi loin que possible dans le passé d'une personne, est née pour ainsi dire avec elle. C'est ainsi que Job se dit protecteur de la veuve et de l'orphelin dès le sein de sa mère (1), et que le Psalmiste se déclare pécheur au moment de sa naissance.

£n second lieu , le peuple hébreu , comme beaucoup d'autres, incline à croire que ses grands héros ne sont pas venus surla terre comme tout le monde. La naissance d'Isaac, de Samson, de Samuel, a déjà quelque chose de miraculeux. La même idée trouva créance au sujet de Jean-Baptiste, qui naquit aussi contre toute probabilité, et qui, dès le sein de sa mère, fut rempli du Saint-Esprit (2). Cette notion fut certainement appliquée à Jésus par ses disciples. Mais pouvait-on en. rester là? n'attribuer au Christ qu'une prérogative partagée par d'autres ? Non. Supérieur à tous ceux qui avaient rep^ le Saint-Esprit dès leur plus bas âge, il devait avoir été conçu du Saint-Esprit, et cette formule qui exprimait si énergiquement le caractère absolu de son inspiration divine, dut promptement s'incorporer dans un récit qui la matérialisait, en quelque sorte, par l'exclusion du père humain. Le sens que nous attachons à cette tournure particulière de la première légende chrétienne est si conforme à l'esprit et aux procédés du temps que, dans cette fraction de la chrétienté où l'on continuait de regarder Jésus comme un fils de Joseph, on fit du Saint-Esprit, — mot féminin en hébreu, — non pas le générateur, mais la Mère de Jésus. H prirvip fiou tô oéytov irvcO/uia, ma Mère le Saint-Esprit , dit Jésus dans l'évangile des Hébreux (3}.

(1) Job, XXXI, 18 ; Ps. Li, 5. — (2) Luc, i, 15. (3) Cité par Origène, HomiL in Jerem, , xv.

aO FORMATION DU DOGMK.

Cette doctrine de la conception iniracaleuse glorifiait la personne de Jésus, mais aux dépens de son caractère. Si la grandeur de Jésus consiste dans sa perfection religieuse et morale, c'est évidemment à la condition qu'il ait triomphé des penchants inhérents à la nature humaine. Si, au contraire, on lui attribue une origine miraculeuse, qu'y a-t-il encore d'admirable dans des vertus qui ne lui auront rien coulé ? Mais ceux qui inculquèrent cette croyance à l'Église n'y regardèrent pas de si près. Jésus pour eux n'en fut pas moins un homme, seulement cet homme était né à la suite d'un miracle (1). Aucune idée de préexistence ou d'incarnation ne s'associa dans leur esprit à ce dogme mystique. Le fait est que les deux notions ne se concilient pas. Un être préexistant qui devient homme se rapetisse, si l'on veut, à l'état d'embryon humain ; mais il n'est pas conçu y en Vertu d'uti acte extérieur à lui, dans les entrailles d'une fetnme. La conception est le moment où seforme un individu qui n'existait pas auparavant, au moins comme individu. Là, an contraire, où il est question d'une préexistence ou d'une incarnation, chez Paul et Jean par exemple, il n'est rien dit d'une conception miraculeuse.

Les trois premiers évangiles, par la date approximative de lélir rédaction, peuvent être considérés comme des témoins de la croyance de l'Église à la fm du premier siècle et au commencement du second. Cependant avant eux, mais en dehors des cercles qui virent se former les documents et traditions mis à profit par leurs rédacteurs, une doctrine chrétienne fort originale avait déjà commencé d'une autre manière à élever Jésus au-dessus de l'humanité, sans toutefois

(1) Cela suffisait pourtant déjà pour qu'on appliquât à Jésus le nom de Filsy sous entendu de Dieu, dans un sens absolu, comme Malth., XI, 27 ; xxvm, 19.

LES PRSMiERd Dl&cmSS HË lÉSUS. 31

rompre toute espèce de lien d'origine entre elle et lui. Je veux parler de Paul et de sa théologie particulière.

Le grand tnérlte de Paul est d'avoir lancé l'Église hors des voies du ritualisme juif^'et d'avoir substitué le principe intérieur de la foi à l'observation d'une loi extérieure comme source et fondement de la vie religieuse. En cela il est fidèle à la pensée intime de Jésus. Son défaut fut peut-être d'avoir donné à la personne de Jésus comme objet de la foi une im« portance si absolue, si exclusive, que le christianisme^ au lieu de rester la foi de Jésus-Christ, devint décidément avec lui la foi en Jésus-Christ. Il n'est donc pas étonnant que le Christ qu'il offrait à la foi fut plus que jamais « l'homme céleste » , que les premiers disciples avaient vu apparaître après sa mort cruelle et que Paul vit aussi se révéler à lui dans sa gloire lors de la fameuse vision du chemin de Damas. D'ailleurs Paul n'avait pas marché comme eux sur les traces terrestres de celui qu'il prêchait avec la fougue et la mysticité de son âme ardente. Il semble même^ à en juger du moins par ses épltres, qu'il ne s'étendait pas volontiers sur les événements de la vie de Jésus qui ne rentraient pas dans l'histoire de la Passion et de la Résurrection. Craignait-il, en remontant plus haut, de se trop subordonner à une tradition que ses collègues et rivaux dans l'apostolat possédaient seuls de première main? Ce qui est certain, c'est qu'il met une certaine emphase à déclarer qu'il ne veut connaître que le Christ selon l'esprit (1). I^e Christ selon l'esprit, c'est bien VÂomme devenu céleste de l'Apocalypse et des premiers évangiles, mais le devenu disparaît, et il reste V Homme du ciel (2), un homme à part, supérieur à tout autre, ayant sans doute avec l'humanité une communauté d'origine

(i) II Gorinth., v, 16.

(2) I Corinth.9 XV, A7.

difficile à définir, mais enfin dont la préexistence à sa venue sar la terre est enseignée de plus en plus clairement à mesure que la théologie paulinienne se développe dans les épitres portant le nom de l'apôtre des Gentils.

Nous voici de nouveau en face d*un problème compliquant notre recherche. Toutes les épitres attribuées à Paul dans le Nouveau Testament, sans parler de Tépître aux Hébreux qui a très-certainement un autre que Paul pour auteur, sontelles authentiques 7 Non-seulement le contenu des épîtres dites pastorales, c'est-à-dire des lettres à Timothée cl à Tite, suggère des doutes fortement motivés selon nous, mais de plus d'éminents critiques n*ont reconnu que les quatre premières, savoir les Romains, les deux aux Corinthiens et les Galates, comme provenant directement de saint Paul. Et l'un de leurs principaux arguments est tiré du fait incontestable que la christologie des autres épîtres diffère notablement de celle des quatre premières. Tandis que celles-ci, selon le docteur Baur, n'enseignent pas encore la préexistence de Jésus, les épitros aux Philippiens, aux Éphésiens, aux Colossiens, l'enseigneraient formellement et même feraient de l'être surnaturel, ayant vécu quelque temps parmi les hommes sous le nom de Jésus, le fondement et l'ouvrier de la création tout entière.

Nous ne pouvons nous lancer ici dans la discusdon de ces questions ardues, mais aussi nous pouvons nous l'épargner en parlant moins d'une christologie de Paul que d'une christologie paulinienne. Si toutes les épîtres sont authentiques/ elles attesteraient que les idées de Paul sur la personne de Jésus se sont développées avec le temps ; si elles ne le sont qu'en partie, c'est en tout cas dans son école que la christologie a reçu ce développement, et il est certain que les épîtres incontestées posent des principes dont la doctrine des épîtres contestées n'est bien souvent que la conséquence.

Toutefois ne comptons pas sur des définitions bien nettes et bien concordantes. La christologie paulinienne est une transition et renferme par conséquent des éléments qu'on ne peut pas toujours concilier. Tantôt le Christ est positivement homme (1) ; tantôt il semble avoir à peine quelque chose de commun avec nous, et son corps, sa chair n*est qu'une a ressemblance d de la nôtre (2). Ici nous voyons énoncer la vieille idée chrétienne qu'il s'est acquis un nom au-dessus de tout autre nom par ses souffrances volontairement acceptées en vue du bien des hommes (3) ; ailleurs il était déjà si haut bien des siècles avant de venir sur la terre qu'on ne conçoit pas comment il a pu monter encore, à moins d'être fait égal à Dieu (4) : ce que la doctrine paulinienne ne souffrirait pas. Quelque sublime, en effet, que soit la position qu'elle décerne à Jésus dans l'ordre des êtres, cette doctrine maintient l'infériorité de Jésus vis-à-vis de Dieu, et ne dépasse jamais la teneur de la définition qu'elle donne de lui, Coloss., I, 15 : Le premier né de toute création (irpwTo-

Toxoc traovjc xtcVccuç (5).

C'est ici surtout qu'on a lieu de regretter le manque de renseignements positifs sur la doctrine rabbinique à laquelle

(1) Rom., I, 3 ; V, 15 ; l Tim., II, 5 ; I Corialh., XV, 21.

(2) Rom., vm, 3.

(3) Philipp., II, 6-11.

(4) I Corinth., viii, 6.

(5) Comp. I Corinth., m, 22; xi, 3 ; xv, 27 suiv., etc. Il ne faudrait pas invoquer en preuve du contraire Rom., ix, 5, qui ne peut se traduire comme le font les versions ordinaires que par la ^âce d'une mauvaise ponctuation, et qui se termine en réalité par la doxologie usitée : Que Dieu qui est au-iiessus de tout soit béni éternellement • — ni I Timoth., m, 16 : Dieu manifesté en chair; au lieu de Dieu manifesté^ les plus anciens manuscrits portent simplement celui qui a été manifesté»

SA FOtlMAtlÔM Dû moMB.

le disciplô de Gamâliel emprunta les éiémeots de sa concept tion transcendanie des choses. Jusqu'à quel point ce qui ressemble dans son esprit à une préexistence ne s*appeileralt-il pas chez nous simplement prééminence? Dans un curient livre, intitulé Jnhrhundert des ffeils {Siècle du Salut), M. Gfrôrer a montré que les anciens rabbins ont souvent identirié tes deut notions ou plutôt substitué celle-là à celle* ci. Par exemple, dans plusieurs traités rabbiniques, la loi et le notn du Messie sont présentés comme antérieurs au monde. Il est facile de démêler Tidée spéculative qui s'exprime sous cette forme. En Dieu, comme en toute intelligence, ce qui s'élève sur tout un développement, ce qui en constitue lé but et par conséquent la cause finale, préexiste idéalement à tous les moyens termes dont le déroulement doit précéder l'apparition réelle de Tétre prédomimant. Jésus, une fois considéré comme le point culminant de rbumânité et celle-ci comme celui du monde, on devait à ce point de vue attribuer à Jésus une préexistence idéale, antérieure au monde entier. La manière dont Paul, dans ses épîtres incontestées, établit son parallélisme favori des deux Adams (1), le premier et le dernier, Tun terrestre et animal, l'autre céleste et spirituel, l'un principe pour toute la race de péché et de mort, l'autre principe de i^ainteté et de vie, — comme si l'opposition, en quelque sorte polaire, qui existe chez tout homme eWire la chair et l'esprit, se répétait dans la région métaphysique Où l'humanité ne fait qu^un seul être (2),— toute celte conception doit se rattacher à des spéculations rabbiniques, moins raffinées sans doute, mais voisines de celles qui, par la suite,

(1) Rom., V, 12-21 ; I Corînth., XV, 21-22, a5-49.

(2) Paul croit vivre à la fin des temps, et dans ses Ihéorîes Spéculatives il prend VolonUers l'humanité comme un tout organique ayant sa destinée et ses oppositions internes décrétées d'en haut. Yoyez^ par exemple, Rom., xi, 32.

LES PBEUfSiUS OÏSCIPLCS P^ JÉSUS. 35

Stipulèrent dans le système delà kabbale Texistence de TAdam ICadmon.

Eq déGoiiive la théologie paqiinienne ne sépare pas encore

la personne de Jésus de rhumanité, bien que sa communauté de nature avec elle ne mi plus garantie que par un lien objicur, sk'aRiincissanl loujour». On pourrait combiner le^ éléments divers de celle cbristologie en la résumant ainsi : Jésus est ps^ sentiellemeut esprit (1), homme du ciel (2), créateur en iiounordr^ du monde (3)t possédant déjlt avant ^a venue 3ur la terre des prérogatives divines, mais s'étant acquis un degré supérieitr encore de dignité céleste parce qu'au lieu de faire pn usage égoïste de cette « forme de Dieu d, il s*est abaissé volontairement jusqu'aux derniers rangs de l'humanité, jusqu'à ia « forme d'esclave o, et la mort sur la croii^ (4), ^n Tqéme temps, à cause de cette humanité de même essence, de même origine que |a notre, et comme si la sienne et la Qôtre fussent provenues d'un seul et même jet de la puissance créatrice, Jésus est le premier né de beaucoup de frères (5), nous devons reproduire en nous son image (6) et grandir jusqu'à ce que nous ayons atteint sa taille (7), Vhum^nité en lui, son chef, son représentant, en qui elle se résume sous le rapport spirituel, a apaisé la colère divine Allumée par les péchéiides hommes (8). Il y a en chacun de nous un homme intérieur, spirituel, un Christ m nous^ qui doit s'élever à la hauteur de son prototype céleste (Q). $i le « plérôme de la divinité » (la plénitude de la perfection] a habité corporelle-ment en lui, c'est pour que nous en soyons remplis nous-» m^es (10)^ et lors({ue tous les hommes régénérés par son

(4) Rom.,i, 3. — (2) I Tim., ii, 5; I Cor., xv, 45-49.— (8) Coloss., I 16; I Cor., viii, 6. — (4) PhiUpp., ii, 6-14. — . (5) Rom., \iii, 28. — (6) Ibid. — (7) Éph., iv, 13. ^rr (^) Rem., m, 23-26. — (9) Rom., viii, 10 ; II Cor., xiii, 5 ; Éph., iv, 13. — (10) Coloss., II, 9-10.

esprit lui seront devenus semblables, alors sa supériorité actuelle sur eux n'existant plus, sa royauté cessera par cela même, et Dieu sera tout en tous, comme il est tout en lui (1).

Toutes ces assertions, il faut Tavouer, ne sont pas d*une cohésion parfaite et laissent place à bien des questions non résolues. En particulier, on ignore comment la christologie paulinienne se représentait l'entrée de son « homme du ciel » dans l'humanité terrestre, dans la lignée de David dont Paul le croyait descendant selon la chair. Elle garde un profond silence, nous l'avons dit, sur la conception miraculeuse, qui d'ailleurs ne rentre pas dans le cadre logique d'un tel système. L'idée que Jésus est essentiellement homme en fait encore partie nécessaire, et en ce sens il n'y a pas encore rupture avec le point de vue chrétien primitif. Mais ou ne peut méconnaître que cette humanité du Christ tend à s'évaporer dans les régions de l'abstracliou spéculative. Dans les dernières épîlres surtout, le Christ, qui s'appelle désormais le Fils dans un sens transcendant, devient de plus en plus un principe médiateur de l'univers ou le moment dans lequel se résolvent les antinomies métaphysiques et morales du monde et de l'humanité (2).

L'épître aux Hébreux enseigne une christologie très-semblable. Jésus y est décrit comme supérieur aux anges, créateur du monde après Dieu, ayant acquis par sa participation aux douleurs de l'humanité un degré plus grand encore de gloire et de puissance. La subordination du Fils au Père est positivement énoncée. Mais évidemment la tendance est désormais de réduire au minimum la différence qui distingue le Père du Fils, et nous entrons dans une période nouvelle du développement de la croyance chrétienne.

(1) I Corinth., xv, 28.

(2) Éph.,i, 10.

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