LA DOGTRCNE DU VERBE
extérieur à Dieu (7Cf>bç tôv 0eov). Tout est devenu (cyrvcro, non pas a été créé, cxtcoOtî) par lui, et rien de ce qui est devenu n'est en dehors de son action ([, 1-3). C'est en lui qu'est la vie, et la vie est la lumière des hommes ; mais les ténèbres, l'élément matériel, négatif, rebelle en soi à l'action divine, repoussent la lumière, et de là le conflit permanent de l'action lumineuse-divine et de la réaciion ténébreuse-satanique, conflit dont l'incarnalion du Verbe marquera la crise décisive. En effet le Verbe ou le Fils unique (fjiovoyevyk), celui-là seul qui soit engendré directement de Dieu, qui seul soit en état de révéler à l'homme les mystères divins, a fait d'un corps humain sa tente, sa demeure temporaire (èaxYjvcojcv èv r;pv), et il est apparu sous cette enveloppe vivante au milieu des hommes. Le dualisme platonicien, qui pénètre toute cette conception des choses, se continue sur le terrain anthropologique. Devant le Verbe incarné, l'humanité se partage en «enfants de lumière» et en « enfants de ténèbres ». Le Verbe enlève les enfants de lumière au pouvoir du diable, prince de ce monde (1). C'est même pour cela qu'il s'est incarné, afin qu'en vertu de l'aflinilé élective qui rapproche le semblable du semblable, les enfants de ténèbres aillent à la perdition, tandis que les enfants de lumière obéiront spontanément à l'attrait du Verbe qui leur communique son esprit divin.
Tonte cette théologie est bien étrangère à l'histoire évangélique primitive. Voilà aussi pourquoi, dans cet évangile seul, Jésus parle de lui-même comme d'un être qui a la claire conscience d'avoir préexisté à sa venue sur la terre et de rentrer bientôt en possession de la gloire incomparable qu'il possédait déjà avant que le monde fût (2). Le Verbe fait preuve pendant sa manifestation visible sur la terre,
(1) XII, 31 ; xiY, 30 ; xvii, 45.
(2)vnî, 58; xvii, 5.
comme du reste il convient au Verbe, de toute science (1) et d'un pouvoir absolu sur la nature. Il n'est plus question de développement en lui. Dès le premier moment il se sait leFKs unique, parfait en toute chose, supérieur à toutes les épreuves. Une tentation comme celle du désert, une transfiguration extérieure comme celle du Thabor, une agonie morale comme celle de Gethsémané, sont complètement en dehors des cadres logiques du quatrième évangile et indirectement démenties dans certains passages (2). Le titre luimême de Fils de l'homme a perdu sa signification humaine, il est devenu synonyme de Fils de Dieu (3). Le Verbe- Jésus peut donc se poser lui-même devant le monde comme l'auteur et le centre nécessaire de toute vie religieuse et morale (U). Lui refuser son adhésion, c'est se décider volontairement ipso facto pour l'erreur et le mal II ne pourrait, comme le Jésus des synoptiques, admettre que l'on peut parler contre lui sans parler contre le Saint-Esprit. Il souffre qu'un disciple lui adresse une exclamation de repentir ot d'effroi combinés dans laquelle -ce disciple l'appelle son Seigneur et son Dieu (5). En un mot sa gloire, sa divinité est telle qu'il juge à propos de faire observer à ses disciples que son Père est plus grand que lui (6), comme s'ils eussent pu en douter.
Ceci, du reste, n'est pas quelque chose d'isolé dans cet évangile, qui subordonne le Fils au Père tout aussi fortement que Justin. Le Père seul est le vrai' Dieu, le Dieu au sens
(1) I, 47, 48; IV, 16-18, etc.