PREFACE DE LA PREMIERE EDITION XVII
œuvre extraordinaire, et mes souvenirs ont pris d'eux-mêmes la forme d'un récit. Les musiciens proprement dits me reprocheront peut-être de n'avoir point assez parlé de doubles croches, de style fugué, de modulations enharmoniques, etc.; mais d'autres lecteurs me sauront gré, je pense, d'avoir fait ressortir surtout la partie dramatique du sujet, celle qui intéresse la littérature et la poésie, et dont tout le monde peut juger.
Il me reste un dernier point à toucher. Depuis les graves événements qui ont divisé la France et l'Allemagne en ces dernières années, les rapports intellectuels des deux nations ont été profondément troublés. A l'échange fécond des idées ont succédé une polémique et une animosité qui obscurcissent parfois, pour chacune des deux nations, non seulement le présent, mais encore tout le passé de l'autre. Il devait en être ainsi, et il faut avouer que la plupart des Allemands n'ont rien négligé pour envenimer les haines et les antipathies. Dans la guerre de plumes qui succède forcément à la lutte des armes, ils ont procédé avec cette lourdeur et cette arrogance qui sont le revers du tempérament germanique. Que, par exemple, certains d'entre eux aillent jusqu'à nier l'importance du mouvement philosophique et bumanitaire de la France du xviii'' siècle, qui a précédé et puissamment influencé leur propre littérature classique, cela ne prouve qu'un petit esprit et un manque d'éducation. Est-ce une