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sur une question d'intérêt purement intérieur rour une colonie anglaise possédant une assemblée législative, est généralement inconstitutionnel. C’est un droit dont il faut réserver l'exercice pour les cas extrêmes, où la nécessité crée et justifie à la fois l'exception.” Jamais on n’avait reconnu aussi nettement le droit des colonies à se gouverner elles-mêmes. La métropole alla plus loin. Elle reconnut, elle modifia les conditions des principales fonctions coloniales, et en 1847, approuva l'établissement du gouvernement responsable sous lord Elgin. Le même principe fut adopté à peu près vers la même époque dans la Nouvelle- Ecosse, et depuis lors il est devenu la règle de l'administration dans d’autres colonies libres.
“ Par l'adoption de ce principe, observe May, une constitution coloniale est devenue l’image et le reflet du gouvernement parlementaire en Angleterre. Comme le souverain qu’il représente : le gouverneur se tient à l'écart et au-dessus des partis, et il, gouverne par des conseillers constitutionnels qui ont acquis de l'ascendant dans la législature. Il laisse les partis rivaux se livrer bataille entre eux ; et, en admettant le parti le plus fort dans ses conseils, il met le pouvoir exécutif en harmonie avec les sentiments populaires, Et de même qu’en Angleterre, la reconnaissance de cette doctrine a prodigieusement fait passer l’autorité suprême des mains de la couronne dans celles du parlement et du peuple, de même, dans les colonies, elle a enlevé au gouverneur et à la mère-patrie la direction des affaires coloniales. Mais en revanche, de mé:1v que la couronne a gagné en repos €t en popularité ce qu’elle a perdu en puissance, de même la mère-patrie, en acceptant les principes du self-government local, à établi entre elle et ses colonies les relations les plus étroites d'amitié et de confiance.”
Le régime féodal, introduit en Angleterre au XIe siècle par la conquête normande, s’enracina avec une énergie d'autant plus grande qu’il était déjà en germe chez les Anglo-Saxons comme
chez tous les peuples de race germanique. Cette organisation était rendue nécessaire, jusqu’à un certain point, par la crainte d’une révolte des Saxons vaincus, et par l'établissement universel du droit féodal qui était devenu le droit public de l’Europe.
Mais ce qu'il y à de remarquable, c’est que, de cette organisation, modifiée par le temps, maïs renaissable à toutes les époques, est sortie la constitution anglaise. L’empreinte féodale se retrouve en Angleterre plus qu’en aucun autre pays. Dès l'origine, il y eut une hiérarchie de personnes et une hiérarchie de terres correspondantes. On distingua le domaine royal, les biens d’Eglise, les baronnies, les terres tenues en soccage, en bourgage, en villenage, le roi, le baron, le chevalier, l’homme libre, le bourgeois et le serf. Chaque homme avait sa caste et son rang, mais avec ceci de particulier que l’homme de la plus basse extraction pouvait atteindre les plus hautes distinctions, La terre était immobilisée, l’homme ne l'était pas. Aïnsi, sous cette enveloppe de féodalité se trouvait le germe de la liberté, En effet, quoi de plus libre que cette assemblée de barons, réclamant du roi Jean la Magna Charta, et de ses successeurs le bull des droits et l’habeas corpus ? Longtemps l'aristocratie anglaise fut d'accord avec le peuple pour réclamer de la couronne les privilèges attachés à la nation. La liberté se cachait en mille endroits sous les privilèges de la noblesse, C’est du sein même de la féodalité anglaise que sont sortis le gouvernement représentatif et l'institution du jury.
L’aristocratie terrienne remplaça l'empire de la chevalerie à mesure que la féodalité n’eut plus de raison d’exister comme institution militaire. Et ainsi, il resta à l'Angleterre un caractère hiérarchique qui exelua toujours le principe de l'égalité, Cette féodalité civile ne fut qu’affaiblie par la révolution, et de nos jours l'Angleterre offre le spectacle étrange que le peuple le plus libre de l’Europe par ses lois soit en même temps celui où l’idée de hiérarchie ait le plus de force, et où l’idée d'égalité ait le moins
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de faveur dans l'opinion, Les grands économistes anglais défenderit des principes qui nous paraissent faux, comme le droit d’aînesse, la concentration du sol, l'inégalité des lois de succession, ete. Cette école va jusqu’à considérer l'égalité comme un principe destructeur de la liberté. Car, suivant eux, la liberté vit d'ordre, et il n’y a pas d'ordre sans hiérarchie,
Et la raison de cet amour et de ce respect du peuple anglais pour l'aristocratie ? Elle est facile à savoir. L’aristocratie s’est toujours unie avec les intérêts du peuple ; elle s’est rendue populaire parce qu’elle a attaqué les prétentions de la couronne en faveur de la masse. Loin d’être l’ennemie des communes, elle à identifié sa cause avec la leur; elle a protég les privilèges corpo ratifs. Et voilà pourquoi le parlement, les universités, les corporations ont traversé les Âges, entourés du respect du peuple et avec la garde sauve de leurs privilèges,
Cette manière éclairée et libérale d'entendre le privi:ège a réussi parfaitement, De cette façon on a pu arriver à l'Eglise, au barreau, aux charges municipales. C’est ainsi que nous avons vu les Anglais accepter pour chefs des hommes sans aïeux ou d'une noblesse toute récente, Wellington, un Irlandais, Canniag, fils d’une actrice, Brougham, un avocat, Robert Peel, le fils d’un petit fabriquant.
Il ne faut donc pas s'étonner si l'aristocratie ang'aise a des racines si profondes en Angleterre, si elle a été jusqu'ici si respectée par un peuple qui ne connaissait point une gloire nationale en dehors de sa noblesse,
Autres raisons. L’aristocratie a immobilisé la terre, et à la terre s'attachent des privilèges considérables, le patronage ecclésiastique, la justice, l'administration, Et cet héritage ne peut passer en d’autres mains. Par le droit d’aînesse le sol ne se divise pas ; par la substitution, il s’accumule dans les mêmes familles. De là le secret de la force de l'aristocratie.
A la fin du siècle dernier on comptait 256,000 propriétaires
en Angleterre et dans le pays de Galles seulement, De nos jours M. Disraeli n’a évalué qu’à 250,000 le nombre des propriétaires de tout le Royaume-Uni ; cette réduction est la conséquence de l’immobilisation, Ce système est évidemment mauvais.
Que ne ferait pas l'Angleterre si, avec son fortifiant principe de liberté, elle refondait sa société, par le secours de la loi, sur légalité [Dans aucun pays peut-être la liberté des personnes n’est mieux garantie contre le pouvoir et plus ménagée par l’autorité ; il n’en est point où le respect de la propriété soit plus grand. Que n'est-il, en même temps, celui où l'égalité soit une condition même de la liberté comme aux Etats-Unis ?
L'absence de ce principe a amené de grandes misères, et, co qu'il y a de plus dangereux pour elle, l'extrême pauvreté près de l'extrême richesse, La liberté politique n’y résout point le problème social qui est le bonheur de tous, au moins en autant que les institutions humaines peuvent le comporter,
De nos jours, l'Angleterre se nivelle sensiblement ; le flot de la démocratie monte rapidement, et apporte avec Jui légalité dans les lois. L’inégalité n'existera bientôt plus que dans les mœurs, et finira par être chassée de ce dernier asile, Le mouvement démocratique se fait d'autant plus sentir qu’il semble appuyé par des hommes de grands talents. Le gouvernement constitutionnel mène nécessairement par une pente naturelle au gouvernement républicain, Le régime constitutionnel habitue le peuple à la direction des affaires publiques, et aussitôt que le peuple est capable de se conduire lui-même, il est juste qu’on lui laisse la direction de sa propre conduite,
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