‹ Histoire du droit civil françaisChapitre 139 sur 648 · LIVRE ï. SOURCES DU DROIT FRANÇAIS · texte numérisé non relu

LIVRE ï. SOURCES DU DROIT FRANÇAIS

ment dites, l'autre pour les non-nobles ou bourgeois. La pre* mière de ces juridictions s'appelait la haute cour; la seconde la cour des bourgeois. Tous les travaux des jurisconsultes se répartissent nettement entre ces deux juridictions : les uns concernent la haute cour; les autres la cour des bourgeois.

Les Latins perdirent Saint-Jean«d'Acre en 1291. Mais toute leur organisation judiciaire fut coaservée dans la capitale du royaume de Chypre, à Nicosie : çt c'est, en dernier lieu, à Nicosie que furent lus et utilisés dans le monde judiciaire les documents que nous réunissons aujourd'hui sous l'étiquette commode d'Assises de Jérusalem.

Je passerai en revue les plus importants traités parmi ceux qui sont groupés sous ce litre : Assises de Jérusalem,

Assises de Jérusalem. Cour des bourgeois. — Parmi les oeuvres diverses qui intéressent le droit bourgeois en Orient il faut citer, en première ligne, le Livre des Assises de la cour des bourgeois. Cet ouvrage considérable est le plus ancien et l'un des plus importants du droit oriental. Il a été rédigé avant 1187 ^ (date de la prise de Jérusalem par Saladin), et écrit, j'incline du moins à le croire, en latin*. Nous ne posséderions, si cette hypothèse est fondée, qu'une traduction française du texte original perdu. L'influence du droit de Justinien est très sensible dans le Livre des Assises de la cour des bourgeois. L'auteur expose avec de précieux détails le rôle du président de la cour (vicomte), et celui des jurés. Il traite ensuite de l'ensemble du droit privé.

Les principaux textes accessoires, souvent fort curieux, sont : Le Pledeant; les Ordonemens de la court du viscomte de Nicossie.

Assises de Jérusalem. Haute cour. — Nous rencontrons ici deux ouvrages fondamentaux un peu postérieurs au Livre des

1 Voyez notamment le cb. 143, édit. Beagnot, t. II, p. 98. Cf. Beugnot, Atiûet^ t. Il, p. XXZVII.

2 Beaucoup de passages latins sont demeurés dans le texte français : ce sont d«s témoins de la rédaction primiti?e; voyez notamment les cb. 16, 41, 42, 87, 121, etc.

LBS ASSJ8ES DE JERUSALEM.

Assises de la cour des bourgeois, ceux de Philippe de Novare' et de Jean d'Ibelin, puis quelques ouvrages accessoires dont je dirai un mot.

Philippe de Novare. — Lombard d'origine, mais entièrement francisé, Philippe de Novare * est le plus ancien jurisconsulte des hautes cours dont les œuvres nous soient parvenues, si tou- . tefois nous laissons à part les Assises d'Antioche dont il sera [^ 7f ] parlé ci*après. Ce Français, né Italien, n'était pas un homme ordinaire. Il toucha a tout. Il fut : soldat, diplomate, historien, moraliste, poète, jurisconsulte. L'œuvre juridique que nous lui devons porte ce titre : Le livre de forme de plait que sire Felippe deNovaire fistponr tm sien amiaprendre et enseigner coumeni on doit plaidoier en la haute court. Cet ouvrage a été écrit vers le milieu du xm* siècle. Philippe de Novare nous apprend lui-môme qu'il avait fréquenté les cours d'Acre, de Nicosie et de Beyrouth, et nous transmet les noms de quelquesuns des avocats célèbres près desquels il se forma ^. Son traité contient de précieux détails sur le régime des 6efs.

Philippe de Novare est l'auteur d'une histoire de la guerre des Chypriotes contre l'empereur Frédéric II (1218-1242) et d'un traité de morale, intitulé : Les quatre âges de f homme*. Il est mort fort âgé, très probablement peu après 1263 \ Il avait composé des chansons d'amour que nous ne possédons plus*.

Le talent poétique et surtout satirique de Philippe de Novare est extrêmement remarquable. Notre savant confrère, M. Raynaud, qui a édité ses œuvres historiques^ mêlées de poésie, si-

1 Novare en Lombardie et non Navarre. Cette correction est due à Oaeton Parie, Philippe de Novare, dans Romenia, L XIX, pp. IMMOS.

* Rey, Lêt familUt d'autre-tner de du Cange, p. 606. Beugnot, t. I«', pp. xxxvii, xzxvni.

* Les quatre ûget d$ l'homme ont été édités avec beaucoup de goût et de soin par M. Marcel de Fréville, Paris, 1888 {Société det andent textes fronçait). Vettoire do la guerre qui fu enUre Vemperour Frédéric et Jehan d'Ibelin a été éditée par M. Aaynaud dans le volume intitulé : Les gestes des Chiprois^ Genève, 1887 (Société de l'Orient latin).

^ Marcel de Fréville, Préface aux Quatre âges de l'homme^ p. iv. Gaston Paris, La littérature française au moyen âge, 2« édit., Paris, 1890, p. 151. ( Voyez Les quatre âges de V homme , édit. Marcel de Préville, p. 123.

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