LIVRE I. SOURCES DU DROIT FRANÇAIS
goale UDe « parodie, pleine d^esprit et de finesse, du roman de Renart^ où Philippe, donnant à Jean d^belin le surnom àUsen-grin et aux cinq bails les noms des divers animaux de la eompagnie Renart, raille de la façon la plus piquante le bail Anceau de Brie, dont la confession est mise en pendant de celle de Renart. Légèreté de style, ironie mordante, tournure alerte des phrases, choix précis des mots, rythme sautillant du vers, [112] l'imitation est parfaite; et on comprend quel puissant avocat devait être cet homme « universel, » qui pouvait si bien s'assimiler les choses les plus diverses et se montrer à la fois sérieux dans ses écrits juridiques et spirituellement badin, quand il ne s'occupait que de littérature légère*. »
Les Quatre âges de l'homme ont, en général, une allure moins originale et moins vive. Mais je ne puis me dispenser d'y relever quelques traits qui touchent à notre sujet et nous disent le peu de conGanceque la justice inspirait à ce jurisconsulte, quelques traits aussi qui plairont aux pacifiques ou, pour parler à la moderne, aux « pacifistes » :
La justice a les mains crochues : « li avocat ne li juge ne font riens sans loier de don. » Il est prudent et sage d'éviter le contact de cette justice : « moût se doit en garder en toz tenz que l'an ne seit querelous, ne estriveor, especiaument en jovent,... et que Tan ne s'amorde a avoir contans sovant de legier; car, par achoison de bien petit commancement d'estrif ou de contant, puet on venir à plusors granz maus que l'an ne savroit nommer. » — « Moût est granz sens d'estre humbles et debonaires, quant on est au desus d'aucune chose qui est encontre lui. Et, se ce est de guerre ou de plet, adonc fait bon finer et faire pais; car qui adonc fine, il a le meillor d'onor et de porfit'. »
Jean d'ibelin. — Jean d'ibelin, comte de Jafia, d'Âscalon
et de Rame, descendait de Guillaume, comte de Chartres, par
un certain Balian de Chartres qui avait passé la mer au temps
du roi Foulques. C'était en Orient un seigneur puissant. Join-
' ville en parle avec grand éloge. Il réunit ses forces à l'armée
> G. Raynaud, Le* gesl$t (Ut Chiprois, Genève, 1887, Préface, p. zviii. 2 Les quatre âges de l'homme, édit. Marcel de Fréville, p. 113, § 217, p. 27, § 44, p. n, § 131.