LIVRE I. SOURCES DU DROIT FRANÇAIS
[207] supérieure, délier les vassaux du serment qu'ils ont prêté à^ leurs suzerains, car tous les habitants du royaume sont confondus vis-à-vis du roi dans une certaine égalité de soumission eti de devoirs.
Le droit de justice est l'attribut essentiel de la royauté. Tout sujet dans TEtat est soumis jà la justice royale : seigneurs féodaux, prélats et abbés, en relèvent, quelles que puissent être leurs prétentions. S'il existe des justices seigneuriales — et le sol de la France en est couvert — , elles ne peuvent exister qu'en vertu d'une délégation royale. Ainsi les juges féodaux sont réduits au rôle subalterne de mandataires de la royauté. Telle est du moins la théorie.
Les redevances féodales sont considérées comme odieuses et, à ce litre, le jurisconsulte les combat le plus qu'il peut : Ejtismodi relevia, jura exorbitantia, graves et odiosœ^ ne dicam sordidx servituies, experieniia docente^ provocant et inducunt homines àd multas fraudes^ tricas^ mendacia. Il ne faut donc reconnaître que les redevances admises expressément par la coutume, et ne jamais donner à ;Ia coutume la moindre extensiori.
Ce n'est pas tout : la coutume elle-même, si elle est inique et contraire au droit naturel, ne doit pas être observée.
Dans ses luttes contre la féodalité, du Moulin rencontra sur sa route un jurisconsulte distingué, très attaché à la tradition, Thonnôte breton d'Argentré. D'Argentré, dans son commentaire sur la coutume de Bretagne, cherche sans cesse à raffermir et à défendre la féodalité attaquée par du Moulin : il suit ce dernier pas à pas, glose par glose, et s'efforce constamment de réfuter son habile adversaire. La verve, la fougue et la bonne foi dominent dans d'Argentré; du Moulin est plus avisé et plus retors dans sa fermeté ^
2. L'Eglise. — Du Moulin attaque avec énergie les'juridictions ecclésiastiques.
L'Eglise possède une juridiction sur tous les clercs. Du Moulin livre à celte juridiction d'audacieux assauts.
1 Aubépin dans la Htvue erit. de légitl., t. III, pp. 603*625. J'ai empranté plus d'une expression à M. Aubépin el j*ai suivi son analyse.