LIVRE n. LES PERSONNES
De grands personnages autres que le roi avaient probablement» eux aussi, des antrustions *.
Ces antrustions ou fidèles sont devenus, semble-t-il, les vassi ou vassali dont nous parlerons plus tard * : ces vassali ou vas- [249] saux étaient pour la plupart, au moyen âge, des gentilshommes, des nobles.
Distinctions voisines de la noblesse chez les Romains. Traces de ces distinctions. — Existe-t-il une noblesse chez les Romains du bas empire ? En tout cas, ils en sont bien près. Leurs mœurs sont aristocratiques. Il s'est créé chez eux une certaine hérédité des situations, et la loi traite inégalement les diverses situations sociales. Nous voilà bien près de la noblesse, au sens rigoureux du mot.
Une catégorie de citoyens composée des membres des familles sénatoriales forme une classe supérieure dite des clarissimi et se divise en illustres^ spectabiles ou simples clarissimù A la fin de Tempire, la situation privilégiée de ces clarissimi s'est affirmée et développée. Ils sont en possession d'un crédit et d'une considération héréditaires '.
Les lois pénales de l'empire envisagent souvent dans la population plusieurs classes distinctes qu'on peut ramener à cette triple division : une classe supérieure, une classe moyenne et au-dessous la plèbe. Les châtiments varient suivant les classes : l'amende s'élève, mais la peine corporelle s'adoucit en proportion du rang des coupables*.
question du iouhU wergeld [de l'antrustioD royal. C^est une faute dMmpression . il faut lire : iripU,
1 C'est aussi l'opinion de G.-L. Maurer, GeschicMe des G«richtsverfahr$ns, HeideU berg, 1824, p. 14. Les buccellarii des Wisigolhs (Blume, Reccaredi Ardiquaj 1847, pp. 28, 3U) sont-ils autre chose que des antrustions privés?
s Cf. Scbulte, HisL du droit et des insiil. de VAUemagnefinâ. Marcel Fournier^ p. 102 ; Rolb, FeudalUàt und Unterthanverband, p. 250. Waitz a combattu cette opinion de Rotb. Le mot vaisus désigne à Torigine un serviteur ou un engagé (cf. ci-après, p. 629, note), et par lui-même ne rappelle originairement aucune idée de noblesse ou simplement de liberté. Cf. Rolb, ibid., pp. 247-249 ; Delocbe, La trustit^ p. 241 et suiv.
> Je dois, sur ce point, de précieux renseignements à M. Greaves.
^ Code de Théodose, XVI, v. De hxrelicit, 52, 54, § 4. Cf. Fustel de Coulanges, HisL des inslit, polit, de Vancienne France, !'• partie, pp. 270-279,
LBS NOBLES.
Nous trouvons chez les Burgondes et chez les Wisigoths quelque chose d'analogue. Chez les Burgondes, les textes législatifs font mention à'optimates\ de médiocres^ de minoras* ; chez les Wisigoths Yinferior persona est distinguée de Yhonestioris locipersona^.
Je suis porté à voir là des influences romaines, et je constate qu'au moyen âge la loi consacre dans certaines villes un groupement tripartit de la population', groupement qui correspond, sans doute, avant tout, à la réalité des faits, mais qui a aussi [2S0] son attache historique ; et cette attache semble bien romaine.
La noblesse au moyen âge. Son origine militaire. — Quant à la noblesse du moyen âge français, il est probable qu'une étude minutieuse autoriserait à noter certaines influences ro-' maines ; mais les traits les plus caractéristiques ne me paraissent pas avoir cette origine.
Dans J'armée carolingienne composée de tous les hommes libres, les plus riches devaient s'équiper complètement â cheval. L'hérédité de fait d'une situation de fortune permettant cet équipement* (appelé adoubement) finit par engendrer peu à peu, dans certaines familles, une hérédité de droit. Dès lors la noblesse exista. Ceux qui par l'adoubement pouvaient d'un moment à l'autre devenir chevaliers furent les nobles.
Ainsi « se trouva définitivement constituée la noblesse, c'est-
1 Cf. H. V. Sybel, Entsl. des deutsch, Kmigt., 1881, p. 464.
> Leœ Visig,^ VllI, iv, De damniSy 24, 29, édit. Zeumer, HaDDOverœ, 4902, pp. 341, 343, 3*4. Cf. Dahn, Urgeschichte, \. I", p. 452.
' Voyei notamment ane inscription d'Eine, dans Marca ffispanica^ p. 158, d'après R. de Lasteyrie, Notice tur une inscription du xm* siècle découverte à Brive, Brive^ 1870, p. 21. A Toulouse, au ziii* siècle, les nouveaux consuls sont pris, chaque aooée, moitié parmi les majores, moitié parmi les medii. Ce mot médit indique bien rezistence d'une troisième classe, la plèbe, au sein de laquelle les consuls ne peuvent être choisis (cf. Molinier, dans BibL de CEcole des chartes^ t. XLIII, p. 19). Remarquez encore : à Vienne, des majores^ appelés aussi, ce me semble, nobiles {Bulletin d'hist, ecclét. du diocèse de Valence^ XI* année, 71« livr., pp. 57, 60); à Milan, les capilanei, les valvassores et la plèbe (Hegel, Geschichte der Stàdleterfassung von ltolien,\. il, p. 162, note 3).
^ Voyez mes Etabl. de saint Louis, t. l", pp. 169, 170-172 : ce que j'ai dit à la p. 171 donne peat-étre prise à quelques critiques. Voyez pour l'Angleterre des textes très importants relevés dans la Bévue critique d'histoire et de liltératurej année 1879. p. 326.