Comment on arrive à la noblesse
Nous pouvons compter cinq modes différents d'arriver à la noblesse :
!• La naissance. — De tout ce que je viens de dire et de la notion même de la noblesse il résulte que le premier mode d'arriver à la noblesse, au moyen âge, c'est la naissance. [253] Les enfants d'un gentilhomme appartiennent à la noblesse comme leur père.
On a beaucoup discuté la question de savoir si, dans certaines provinces^ une mère noble peut transmettre la noblesse à ses enfants bien que le père soit roturier. Il me semble qu'à l'origine, il y a eu hésitation sur ce point. On peut citer un textedu xii'' siècle' qui paraît admettre assez nettement la noblesse ma-
1 Enq^clopidie méthodique^ Juritprudence^ t. VII, p. 713.
s Loisel, Inttilules, 11 v. VI, lit. vi, § 8 (règle 916), avec les notes de Lanrière, qui restreif^neDl cet axiome au seos que Je lui donne dans le texte. > Viollet, Etabli t. I«', p. 173.
LBS NOBLES.
ternelle. Mais, dans presque toutes les proviDces, la noblesse pleine et complète descend du père aux enfants et non de la mère aux enfants. La Champagne et le Barrois font exception : il est certain qu'au xiv* et au xv' siècle, la noblesse maternelle, c'est-à-dire la noblesse par la mère, a été admise en Champagne. Grosley a cité à cet égard des textes décisifs. La noblesse maternelle était encore admise en quelques parties de la Champagne au xviii® siècle ^ La noblesse maternelle de Champagne a soulevé diverses discussions et contestations* ; celle du Barrois n'a point été contestée.
La transmission de la noblesse de la mère a donné lieu à ce dicton : [En Champagne et en Barrois] le ventre anoblit. C'est [254] un souvenir des temps où les idées de noblesse et de liberté se confondaient encore. C'est la théorie de la transmission de la liberté par la mère, appliquée à la noblesse.
Les enfants héritaient primitivement de la noblesse, qu'ils fassent légitimes ou bâtards : du moins, cela paraît très probable. En l'an 4600, la noblesse fut ôtée aux bâtards par lart.
' Grosley, Bechwchêt pour servir à VhiiL du droil franc., p. 216 et 9uiv. Paequier, hUêrprétation d$t IntUtutêt de Juttinian, édit. Giraad, p. 53. Ed 135G, les babttaoUde GhAIona déclarent que o de tout temps et ancienneté, ils ont osé et souffert poor estre noble estre issu de père noble ou de mère noble » {BuUelin hitl.^et philologique du Comiié des travaux hiti, et teienti/iquet, 1881, p. 142).
2 Voyez : Babille, Henrion, Oudart, Mémoiret et contuUaiion sur la 'noblesse maternelle de Champagne, [Paris], impr. de Dboury, 1783, in-4o; A. de Barthélémy, Becherchet sur la nobUne malerneUe, Paris, 1861 (Extrait de la Bibliothèque de VEcote des chariot, 5« série, t. II; ; Encore la noblesse maternelle, Réponse à M. A, de Barthélémy, Jurisprudence rétrospective par V auteur du Code de la noblesse /rançaûe, (Paris, 1861 ; F. Bourquelot, dans Mémoires présentés par plusieurs savants, 2« série, Antiq. delà France, t. V, 1'* part., p. 52, note 3; Bonneserre de Saint-Denis, De Vorigine ds la noblesse et des anoblissements, dans Revue nobiliaire, t. !•', 1863-1863, n^' 1, 1 ; A. de Barthélémy, Nouvelles observations contre la noblesse maternelle (Extrait de la Revue nobiliaire), Paris, 1865 ; Biston, De la noblesse maternelle en Champagne, Paris, 1878 ; A. de Mauroy, La noblesse maternelle en Champagne, Etude de droit coutumier, Paris, 1882 (Extrait de La France judiciaire); [A. de Barthélémy], Notes de Monsieur de Caumartin sur la recherche des nobles de la province de Champagne en 1673, Paris, 1883 ; A. de Maoroy, De la noblesse maternelle, (Extrait de YAnnuaire héraldique de France, (1891), Saint-Amand, 1891 ; Guilbiermoz, Un nouveau texte relatif à la noblesse maternelle de Champagne, dans Bibliothèque de r Ecole des chartu, t. L, pp. 509-536. M. Guilbiermoz a établi d'une manière à peu près certaine qu'à Torigine la noblesse ne pouvait se transmettre en Champagne que par les femmes; Grau, Noblesse maternelle en Champagne, Paris, 1898 (thèse).