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Les colliberts ou ouverts

Sens du mot et histoire. — Les collibertiy en français ouverts, sont des descendants d'affranchis. Ils ont conservé ce nom d'affranchis, colliberti.

. On a beaucoup discuté sur le sens du mot ooUibert, collibertus : il se compose évidemment de la préposition cum et du mot libertus, affranchi. Le sens étymologique est donc affranchi et probablement affranchi oolleotivement avec d'autres ou vivant avec d'autres affranchis. Le mot collibertus a donné dans le français du moyen âge culvert, ouvert : nous devrions dire un ouvert et non un collibert; mais, quand les érudits se sont préoccupés des colliberti des textes latins, ils n'ont point songé aux culvertsdes textes français* : ils ont dit à tort co//iberts^ et nous nous trouvons obligés d'employer ce mot inutile.

» Voyez iSelgnoboB, Le régime féodal en Bourgogne, pp. 26, 27;Bréquigny et Pardessus, Diplomala, charte, t. I*^ pp. 231, 232; Traité iur la nature det bieng ruraua: dans let deux départements du Rhin, Strasbourg, p. 36et suiv.; Hanaaer, Les constitutionsdes campagnes de r Alsace au moyen âge, Paris, 1865, p. 319.

» Sal., xLi, 6, 7; sixième capll. addit., 1 (édit. Behrend, pp. 54, 410).

3 Zeumer, Eine neuentdeckte westg. Rechtsquelle, dans Pfeues Archiv., t. XH, pp. 392, 393.

« Voyez la Chanson de Renaud de Montauban, citée par Paulin Paris sur Li r^moiw de Garin le Loherain, 1835,' p. 265, note 1.

LES COLLIBERTS.

Le mol collibertus, conlibertus^ au lieu.de libertus apparaît déjà à l'époque romaine*; on le retrouve dans les lois des Lombards. Au moyen âge, il avait gardé quelque chose du sens étymologique à' affranchi; mais il restait de Tincertitude et de Tobscurité quant au sens propre de collibertus. Ces colliberts, descendants d'affranchis et maintenus dans une position intermédiaire entre la liberté et le servage, semblent, en effet, avoir intrigué, dès le xi® siècle, quelques esprits curieux. L'un d'eux nous a transmis son explication et sa définition que je résume r^Q'ji ainsi :

« Qu'est-ce que le coUibert? C'est celui qui élait esclave et que son maître dans un sentiment de piété adonné à un évêque ou à une Eglise pour la rémission de ses péchés. Il l'a donné, il l'a remis à la Libertas ecclesiastica, non pas pour qu'il soit désormais entièrement libre ou affranchi, mais afin qu'il vive sous la domination de sa nouvelle famille religieuse, à certaines conditions qu'il ne pourra transgresser. Exemple : j'ai un esclave, sérvus : il est mon esclave: il n'est ni affranchi {liberitis)^ ni collibert. Mais, pour le salut de mon âme, je le donne a une Eglise devant Tautel de cette église, à la charge par lui de payer chaque année à cette Eglise une redevance, un cens fixé par moi ou de s'acquitter d'une prestation personnelle. Dès lors, il ne sera plus mon esclave ; mais il sera devenu colliieri*. »

Un grand propriétaire possédait des serfs, des colons, des affranchis {libertt) '. Au temps de la loi Ripuaire, le maître ou le patron d'un affranchi {libertus) pouvait affranchir ce libertus en lui donnant une liberté complète * ; encore au moyen âge

1 « Ezeroplum epistals scripU mibi a Septimiaoo coHiberlo et adjutore mAO sabjed » (Epistula prmfectorum prxloriOj dans BruDs et Mommseo, FonUs jurii RO" ^mani, 5«édit., pr. 218). Cf. Dirkseo, Manuale, v» CoUibertui.

s Texte du xi« siècle publié par Lamprecht, Beitraege zut Geschichte des franz, Wirlhschaflslebens im elften Jahrhundert^ Leipzig, 1878, p. 151.

' « Et doDO istos campos cam colonie servis et libertis » (testamment d'Abbo (739), cité par M. Marcel Fonroier, daos Retue hist.y t. XXI, p. 54, note 1).

^ Lex. Rip.^ tit. lvii, art. i^*. De môme eu droit romain certains affranchis dits Latini Juniani peuvent obtenir la civitas par un second sfiTranchissement qui doit -être solennel (ikralio) (Uipien, ReguU, III, i, 4. Cf. Willems, Le droit public ro- $main, p. 135).

LIYRB II. LBS PERSONNES.

le coUibertus ou cuveri pouvait être aOraochi, tout comme uq serf, et nous possédons plusieurs chartes qui relatent ces aflraucbissements de colliberts^

Le mot coUibertus ne s'est pas conservé aussi longtemps que le mot colon. Je n'en connais aucun exemple en degà du xv^ siècle*. Le mot devient extrêmement rare dès le xiii* siècle. Le collibert se confond, en effet, dès le xii* ou le xiii* siècle, [308] soit avec le serf dont la position s'est de plus en plus améliorée^ soit avec le colon.

Aussi bien, dès le ix"" siècle, les mots colonus et coUibertus sont souvent pris l'un pour l'autre. En 851, un propriétaire d'esclaves, donnant des esclaves des deux sexes à l'abbaye de Cormery, a soin de spécifier qu'ils cessent d'être esclaves pour devenir colons; ils paieront désormais, à titre de colons, certaines redevances fixes. C'est exactement l'opération décrite plus haut par l'anonyme du xi* siècle qui s'est occupé des ouverts; seulement dans ce document tourangeau, \bservus donné à l'Eglise prend le nom de colon au lieu de prendre le nom de collibert'. Colon et collibert sont donc souvent synonymes.

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