LIVRE U. LKS PERSONNES
le roi d*EspagDe fait don au pape de quelques Sarrasins ^ Au [330] XIII* siècle, le commerce des esclaves existe à Narbonne et en Provence'; nous rencontrons des esclaves à Perpigoan au xin* siècle'; nous en trouvons dans tout le Roussillon jusqu'au moment de Tannexion définitive à la France^
Aversion française pour F esclavage. — On peut constater de ■ bonne heure sur certaines terres françaises une horreur de
l'esclavage très accusée : les capitouls de Toulouse appliquèrent, en 1402 et en 1406, à l'occasion d*esclaves fugitifs venus de Perpignan, le principe que tout esclave (ou serf) ayant mis le pied dans la banlieue de Toulouse est libre. En 1571, un arrêt du Parlement de Bordeaux généralisa cette doctrine et • rappliqua à tout le royaume de France. Un peu plus tard, Loisel
formulera cet adage : « Toutes personnes sont franches en ce roïaume ; et, si tost qu'un esclave a atteint les marches d'icelui, se faisant baptizer, est affranchi*. »
Commerce des nègres, — Cette aversion pour l'esclavage est loin d'être générale dans la chrétienté. Dès le milieu du xr* siècle, les Portugais faisaient un grand commerce de nègres*,
la disparition de l'esclavage par caplare militaire qae le jour où U sera démontré que les tueries des sauvages et des faibles par les forts, par les « civilisés, » n'ont pas pris la place des captures militaires suivies d'esclavages. Ces esclavages-là avaient uo caractère quMl ue faut pas méconnattre : ils rendaient l'humanité et la pitié utiles : on avait intérêt à épugser i'epinemj.
< Lafoos Mélicocq, Documents inédits pour servir à l'histoire des usages et des mcevre aux XF« et xv/« siècles^ dans hulUtin de la Société de l'histoire de France^ 2« série, t. ni, 1861-1862, pp. 38, 204, 334.
t Vente publique d'un Sarrasin en 1296, dans Henry, Hisi, de Roussillony l'« partie, Paris, 1^35, pp. 524, 525. Je dois l'indieation de ce passage et du précédent à mon savant confrère et ami, M. A. MoUnier.
> Bourquelot, t6i(2., p. 388.
• Laurière, sur Loisel, tnst., I, vi (24), édit. Dupin et Laboulaye, t. I^, p. 40. Contrairement à l'opinion de Dupin et Laboulaye, j'estime que La Faille et Laurière avaient bien compris les teites. Voyez déjà Assises de Jérus.t Cour des bourgeois, ch. 255. Brutails, dans Nouv. revue hist,, 1886, pp. 493, 494. On trouve aussi des esclaves à Montpellier (Guiraud, Recherches sur,,. Jacques Cœur, p. 37).
• Loisel, tfrid., règle 24 (p. 38). Au milieu du ivii* siècle,* la même règle eiiste dans certaines parties de l'Italie (Michel de Saint-Martin, Le gouvernement de Aome, Caen, 1659, p. 185).
• Cf. G. du Puynode, De Vesclavage et des colonies^ p. 29.
LES DERNIERS ESCLAVES
et ce commerce reçut, en 1454, une haute sanction, celle du pape Nicolas V*. Il se développa cruellement lorsque l'Amérique fut tombée aux mains des Européens : les Degrés allaient rem- [331] placer dans le Nouveau-Monde les indigènes^ les Indiens occidentaux, traqués et détruits par les Européens*.
Ces infortunés, dépouillés, traînés en esclavage, attirèrent, '
plus que les nègres, la commisération d'âmes généreuses. Chacun connaît, au moins de nom, leur impuissant, mais dévoué protecteur, Las Casas. La papauté fît entendre sa voix, à plusieurs reprises, en leur faveur : au xvi*, au xvii* et au xviii* siècle, elle défendit solennellement de les dépouiller et de les réduire en servitude*. Défenses parfaitement vaines.
Etablissement légal de l'esclavage dans les colonies françaises. — Quant aux malheureux nègres, leur crucifiement se continue et leur esclavage se régularise. Les colons français d'Amérique les utilisèrent aussi, et il fallut, au X7ii* siècle, organiser cet état de choses. C'est Louis XIII qui, le premier, sanctionna
> « EzÎDde qaoqae mulli Gbinei et alii Nigri vi capli, quidam etiam non prohibi- Urom rerum permatatione seu alio légitime contraola emptionia ad dicta sont regD4 iranamiaai. Qaoram ioibi copioao numéro ad catbolicam fldem cooveni exUteruot; speraturque, divioa faveote Clementia, qood si hnjuamodi cam eis cootiouetnr progressus, vel popuii ipai ad fldem convertenturf vel saltem multorom ex eia aniro» Cbristo lucri Oeot. » Et plus loin : a Cum olim prsfato Alfooso régi qooscumque
SaracenosetpaganosaliosqueChristiinimicos ubicumque constttotos subjagandi,
tllorumque persooas in perpetuam servitutem, redigendi aliis nostris litteris plenam
et liberam toter estera cooeessimus facultatem » (acte du pape Nicolas V du 8 jao- ▼ier 1434, daos CocquelÎDea, Bullarium, t. V, p. 71). Cette malédiction de TAncien .Testament : n Maledictus Cbanaan, servus servorum erit fratribus sois » (Genèse, tx, 25) pourrait bien servir à expliquer le document que nous yeoons.de citer. Une balle do pape Calixte III de Tan 1456 défend rigoureusement de réduire les chré- 4ieDs de TOrient en servitude {ibid,, p. 78). Une bolle de Pie II de l'an 1462 blftme très sévèrement les cbrétiens qui réduisent en servitude les néophytes nègres. Elle «st visée par Grégoire XVI dans sa bulle contre Tesclavage des Indiens et des nègres (traduction française de cette bulle de Grégoire XVI, dans Thérou, Le christianisme •£t Vetclêvage^ p. 144). Cf. Wallon, De l'esclavage dans les colonies pour servir d^inlrod'. à l'hist. de l* esclavage dans Vantiq., t. I«r, p. 68; V. di Giovanni, dans Nuove Effemeridi êicUianef sept.-oct. 1880, d'après Revue des questions hisl., avril 1882, p. 661.
2 Sur les premières importations aux fies espagnoles au commencement do xvi* siècle, voyez Thérou, Le christ, et l'esclavage j p. 105.
s Cf. bref d'Urbain VIII qui vise un acte d'un de ses prédécesseurs de Tannée ,1537 et one très belle bolle de Benoît XIV de Tan 1741, dans Cocquelines, Bullarium, t. VI, pars II, p. 183 et daos Benedicti papm XIV Bullarium, t. I•^ p.. 45..