‹ Histoire du droit civil françaisChapitre 269 sur 648 · Vabolition · texte numérisé non relu

Vabolition

Mouvement pour Faboiition de C esclavage au xviii^ siècle. — Le mouvemeot généreux en faveor de la liberté des nègres commença sous TiDspiration chrétienne» Ce sont peut-être les Quakers de l'Amérique du nord qui donnèrent te signal : leur secle entière accorda la liberté à ses esclaves, en ll&l, et refusa d'admeltre à sa communion ceux de ses membres qui voudraient garder des esclaves. Vingt-neuf ans plus tard, quelques années avant la Révolution française, TEtat de Pensylvanie [334] votait une première mesure législative favorable à la liberté : il déclarait libres tous les nègres nés depuis l'indépendance*.

Abolition et rétablissement de Fesclavage dans nos colonies. — Dès lors le mouvement pour la liberté va se développant tous les jours; l'Angleterre en devint le foyer. Le plus illustre représentant de cette noble pensée fut Wilberforce. De son côté, la France eut très vite sa Société des amis des noirs^ et c'est la France qui, la première en Europe, fit triompher dans un texte législatif cette idée généreuse et en proclama la réalisation immédiate : un décret du 46 pluviôse-21 germinal an II (4 févrieril avril 1794) abolit l'esclavage dans toutes les colonies françaises et conféra à tous les nègres la qualité de citoyens français avec « tous les droits assurés par la constitution* ; » mais le moment était mal choisi pour une transformation toujours difficile : la mère-patrie et les colonies traversaient une crise terrible; et à cette date (avril 1794) les nègres d'Haïti étaient • déjà en pleine révolte. •

En 1802', Bonaparte releva l'esclavage (les détails de cette

1 G. du Puyoode, De Vesclavage et des colonies, p. 55, note i. Je n^ose citer eo première ligne, comme il fauchrait ie faire peut-être, une lettre da collège des cardioaux adressée, en 1683, aux missioDoaires d'Angola et flétrissant la traite dea nègres (Tbérou, Le christ, et l'esclavage, pp. 115, 116) : je n*ai pas ce document sous les yeux et je crains quMl ne s'agisse que des nègres chrétiens.

> Dans le discours prononcé par Necker à Touverture des élats généraux on remarque déjà une phrase où l'orateur vise rémaocipatioo possible des noirs. Cf. Ma« rias Sepet, Six mois d'histoire révol», La question politique et la question religieuset pp. 108, 109.

* 30 Qorésl an X = 20 mai 1802. Les nègres d*Haïti (Saint-Domlngae) tinrent boa

LBa DBBflUISaL.SSCSLAVES.

opération déjà épouyantable par elle-même voudraient être examinés de près).

Nouvelle et définitive abolition. — Mais le mouvement commencé se continua glorieusement en Angleterre : le Parlement' anglais prononça, eh 1807^ rabolitiori de la traite. Les traités de 1814 et 1815 firent, entrer la France dans le concert européen contrôla traite : des décrets de 1815 et 1817 TaboUrent' pour nos colonies ^

Quaiît à Tabolîtion de l'esclavage lui-même, c'est TAnglelerre [335} qui en donna le signal. Il fut supprimé dans les Antilles anglai-' ses en 1833. Il ne le fut dans nos colonies que le 27 avril 1848«.

Dès lors un courant d'opinion de plus en plus puissant à entraîné presque tous les peuples les uns après les autres. Les adversaires de l'esclavage ont remporté de grandes et signalées victoires. Ces victoires sont toutefois bien moins complètes qu'on ne serait, tenté de le croire, car, sous la forme perfide d'engagements libres, l'esclavage renaît honteusement sous nos yeux*.

etJBureol coaserver leur indépendance. Ce grand ÎBxempIe a eu certainement beaucoup d^infloence sur resprit de quelquea-uns des hommes politiques qui ont travaillé à la ftoppression de Tesclavage. Sur Tinsigne mauvaise foi de Napoléon et les guet-apens dressés aux noirs voyez Adams, dans Rtmu hittorique, L XXIV, pp. 114-117 ; Schœlclier. Vie de Tomsaint-Louverturey Paris» 1889.

i Voyez traité du 30 mai 1814, art. 1»' des art., addit.; trrité du 20 oov. 1815, art. addit.; décret des 29 mars-l«r avril 1815; ordonnance des 8 janvier-l«r février 1817; ordonnance du 18 avril 1818.

* Quelques faits veulent être relevés. Le pape Pie VII négocia auprès des puissances pour faire cesser enlièremeot la traite des nègres parmi les chrétiens. J'emprunte ce renseignement à une bulle de Grégoire XVI contre la traite (Thérou, Le ckriiL et Vetclavagef pp. 144, 145). En janvier 4846, deux ans avant la suppression de Tesclavage par la France, Ahmed, béy de Tunis, décrétait rabolilioo de l'esclavage dans ses Elats (Larroqoe, De (^esclavage chez les nalians chréUeunes, p. i35J.En 1890, nouTelle abolition et interdiction de Tesclavsge en Tunisie. Voyez à ce sujet cirealaire du 28 mai 1890, dans Hevve algérienne, 1870, 3* part., p. 35.

s Voyez Joseph Cooper, Un continent perdu ou ^esclavage en Afrique, ouvrage Traduit de Tanglais et contenant une préface d'iid. Laboolaye, 2« éd!t., Paris, 1876, pp. 25, 50, 51 et passim. J'ajoute que l'esclavage n'est pas partout supprimé 00 ne Test pas sérieusement. D'ailleurs, les nations civilisées de l'Europe et de l'Amérique n'auront encore réalisé, en supprimant l'esclavage, qu'un bien mince progrès moral, tant qu'elles ne songeront pas à respecter l'indépendance, la pro^ .priété ei la vie des peuples moins avancés et plus faibles qu'elles. Lire au sujet du reapecl de la propriété : Spoliation des indigènes en Nouvelle-Calédonie, Mémoire du

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