LIVRE II. LBS PERSONNES
Tel est le droU de tout le moyen âge. Je n'éDumérerai pas tous les textes où nous le retrouvons. En voici un, fort notable, qui émane du pape Innocent IV (décrétale du 15 juin 12S4) : les hérétiques et leurs fauteurs, excommuniés et ne revenant pas à résipiscence, sont déclarés indignes de toute fonction publique; ils ne peuvent être reçus en témoignage; ils sont inhabiles à succéder et incapables de faire un testament. Ils ne peuvent intenter aucune action en justice *. C'est le renouvellement des lois sévères promulguées en 1215 par le concile de Latran.
Les réformés duxvi^ siècle. — Un traitement non moins cruel [3401 accueillit les réformés au xvi* siècle. Je signalerai à cet égard Ifls édits de 1540', 1542', 1543*, 1551 *. Les juges civils envoient le plus souvent l'hérétique au bûcher. Qui ne connaît les horribles exécutions de Cabrières et de Mérindol®? Paul IV promulgua, en 1559, une bulle où nous retrouvons à peu près textuellement les peines portées contre les hérétiques au xiii* siècle \ Vers le même temps, Calvin faisait brûler Servet (1553) et écrivait une dissertation pour établir que les hérétiques doivent être punis de mort : hssreticos jure gladii coercendos esse*. Il faut punir les hérétiques, et il est expédient quelquefois de les « punir mesme de mort, » écrivait de son côté Théodore de Bèze ; la mort de Servet est une mort juste et méritée*.
< Cocquelioes, BuUàrium, t. III, pars I, p. 345. s iBambert, t. XII, p. 676.
s Isambert, L XII, p. 7i<5.
* Isambert, t. X(I, p. 818.
» Uambcri, t. Xilï. p. 189. Cf. Gayot, RéperL, t. XV, pp. 88, 8î>. Faurcy, Henri IV et Védit de NanUs, Bordeaux, 1903, pp. 5-10. Il faut sigoaler aussi une bulle de Clémeut Vil de 1525 (17 mai), doot la régeote, Louise de Savoie, ordoooa rexécotion par leUresdu 10 juiu 1525.
A Détails importants dans Collection Leher, t. XVII, pp. 544-557.
7 BuUarium, l. iV, pars 1,p. 356.
* Defensio orthodoxsB /Sdet, 1554. Cf. Bruozen de la Martioière, Lettret choisiet de M. Simon, l. II, p. 234. '
9 Tb. de Bèze, Traité de Vauthorité du magiitral en la punition det kéréti" quet, 1560, pp. 288, 326, 327, 328. Le livre de Théodore de Bèze révèle, d'ailleurs, l'existeDce d'un mouvement important d'opioioo eo faveur de la toléraioe. Bèze combat ee couraot. U triompbe aujourd'hui : les protestants se sont grandement honorés eo élevant à Genève, le 27 oct. 1903, un monument expiatoira
LES HIEÇRETIQUES.
2. Deuxième période, — Adoucissements, — Premières tentatives de tolérance et édit de Nantes,
Premiers symptômes de tolérance, — Il faut signaler, au xvi* siècle, Texpédient lumineux d'esprits politiques qui essayèrent d'abandonner à l'Eglise seule le soin déjuger et de condananer les hérétiques, sans que le pouvoir civil s'en occupât en aucune manière : de la sorte, la condamnation à mort fût devenue -extrêmement difficile. On peut lire, en ce sens : une ordonnnance de novembre 15i9, ordonnance qui, malheureusement, fut modifiée précisément sur ce point par le Parlement; une ordonnance de mai 4560* rendue à Romorantin. Ce sont des actes fort remarquables par lesquels on essaye très finement [341] d'introduire de a modération, de la mesure et comme de la tolérance dans la répression *.
Aussi bien, il y a dans l'air je ne sais quel souffle de miséricorde. Il faut entendre ces belles paroles de l'abbé de Bois-Aubry, prononcées aux états d'Orléans, en 1560 : « De vouloir, en fait de conscience et de religion, user de force «t d'autorité, cela n'a point de lieu, parce que la conscience -est comme la palme , laquelle tant plus est pressée, tant plus <3lle résiste, et ne se laisse commander que par la raison et bonnes remontrances... C'estchose non seulement dure et étrange de vouloir forcer les personnes à suivre une religion, mais auss^ impossible et inique'. » Le couteau ne vaut contre Tesprit.
de rexécutioD de Servet, morl sur le bûcher, à Geoëve, le 27 oct. 1353. Cf. VEttrâpée» du 17 oct. 1903.
1 Suivant Isambert, L'Hospital D*étail pas encore chancelier : il ne fut, dit-il» chancelier qu'en juin (Isambert, liecueil^ t. XIV, !'« part., p. 13, note 1). Cf. Isambert, t. XIII, pp. 136, 138. Suivant Taillandier, Tédit de Romorantin est toat «Gtier Tœuvre du chancelier L'Hospital (Taillandier, Nouvelles recherche$.,. sur la ^iê et Us ouvrages du chancelier deLBospilal, p. 40). Il peutéire important de rappeler ici que le pape Paul 111 (1534-1549) avait, disait-on, écrit à François I^^* pour lai demander gr&ce et pardon pour les béréliques (Picot, Hist. des états généraux, U n, p. 111)^ L'ordonnance de 1549 se rattacherait-elle aux négociations de Pdul III? Je n*eD serais pas très surpris. Le Parlement de Paris protesta contre Tédit de 1560 (Bioodei, Mémoires du Parlement, t. Il, pp. 340-349).
« Voyez Guyol, Répert., t. XV, p. 90.
s Des étals généraux et autres assemblées nationales^ t. XII, pp. 234, 235, 240.