OBSERVATIONS GENERALES
nos jours, ces ventes ou cessions d'hommes libres subsistent, [380] mais elles sont passées en des termes différents : ce genre d'affaires ne se traite plus guère que sur une grande échelle, à la suite de ces coups de furce qu'on nomme conquêtes.
Il faut se rappeler aussi qu'une grande inégalité de droits n'est pas inconciliable, dans certains milieux, avec une harmonie véritable des divers éléments sociaux. Je ne prendrai qu'un exemple : l'homme et la femme sont-ils aujourd'hui chez nous en état de guerre, parce que le Code civil et la loi politique les traitent d'une manière si différente? A l'inverse, la parité des situations juridiques n'est pas, bien qu'elle y puisse contribuer, une garantie certaine de l'harmonie des classes. Deux éléments servent puissamment à cette harmonie : la vie matérielle facile, le contact journalier. Il serait inexact de croire que la vie matérielle ait été pour les petits, dans les siècles passés, toujours difficile. Nos pères ont traversé des crises affreuses que nous ne connaissons plus; mais ils ont joui aussi Je l'abondance et de la paix; et surbeaucoup de points les salaires des humbles ont été largement proportionnés à leurs dépenses*. Enfin presque toutes ces classes, ces étals différents, qu'à l'instant j'opposais les uns aux autres pour mieux faire apercevoir quelques différences juridiques, se sont trouvés en contact permanent, plus mêlés, plus confondus que ne le sont aujourd'hui nos bourgeois et nos paysans, nos hommes du monde et nos ouvriers. Nos droits à tous sont maintenant les mêmes, mais nos habitudes et nos vies diffèrent profondément : les relations n'existent pas. En outre, l'industrie a créé dans nos villes une plèbe dont le sort est plus incertain et peut un jour ou l'autre devenir plus mauvais que ne le fut souvent celui des populations serves. Ce sont là, parmi bien d'autres, des causes nouvelles de division et de souffrance, quelques-unes assez inaperçues, quoique très profondes et très réelles.
(Faacbé-Pranelle, daos Bulletin de la sociélé delph., 2« série, t. II, pp. 493, 494) : rhomme libre paye, en effet, des tailles ou des cens oa des droits de mutation, et on évalue à dix livres en capital la valeur de ces revenus.
^ Lire à ce point de vue : Siméon Luee, Bitt. de Bertrand Dugvescîin et de fon époque; Hanaaer (Vabbé), Etudes économiquei sur l* Alsace ancienne et moderne^ Paris, 1878, 2 vol.