‹ Histoire du droit civil françaisChapitre 343 sur 648 · LIVRE III. LA FAMILLE · texte numérisé non relu

LIVRE III. LA FAMILLE

Enfin, ai-je besoin de rappeler que l'histoire du nom se lie [lez nous intimement à Thisloire du baptême* ? L'histoire do aptême peut, à ce point de vue, être considérée comme uoe itroduction à l'histoire de l'article 57 du Code civil*.

L'importance extrareligieuse du baptême a disparu en France vec les lois et constitutions qui ont accordé à tous les Français )s mêmes droits civils et politiques'.

L'étude du baptême va nous placer pour un moment dans le omaine incontesté du droit canonique.

Définition. Mode dé collation. Age. — Le baptême est le acrement initial qui fait d^un homme un chrétien, un membre e l'Eglise chrétienne*.

Celte ablution purificatoire par l'eau se retrouve chez un rand nombre de peuples : elle a joué notamment un rôle conidérable chez les juifs'.

Le baptême avait lieu primitivement par immersion : quelques ncieuB baptistères disposés pour le baptême par immersion ubsistent de nos jours en pays latins. Âujourd*hui encore, dans Eglise grecque de Constantinople, on n'admet comme valide ue le baptême par immersion. Par suite, aux yeux de celte Iglise, les catholiques latins et les protestants n'ayant pas été aptisés par immersion ne sont pas chrétiens. Si l'un d'entre ux demande à être reçu dans l'Eglise grecque, on lui impose obligation de se faire baptiser. « La doctrine de l'Eglise russe st plus libérale : à ses yeux, le baptême par immersion est une flaire de rite, non pas de dogme. Elle reconnaît que les latins

* Voyez ootammeDt Appendice à Marculf^ 52, dans Rozière, Recueil général^ t. I*r, . 466, DO 130; MtbilloD, Annales ordinis sancli benêdicii, t. II, p. 408.

2 Voy. déciaratioD du 9 avril 1736, arL 4; décret des 20-25 septembre 1792, tit.III, rt. 7 ; loi du 11 germinal an XI, art. l^'; Gode civil, art. 57. > Constitution des 3-14 septembre 1791. Décret du 28 septembre 1791 relatif aux ifs. Cf., ci-dessus, pp. 361, 362. Enfin la loi du 20 septembre 1792 a sabstitué les igistres de naissances aux registres de baptêmes, dont nous parlerons dans le chmtre suivant.

^ Cf . saint Jean, Evangile, ch. m. La confirmation était primitivement réunie an iptéme. Cf. Dom de Puniet, La liturgie bapUimale en Gaule avant CharUmagne^ los Revue des questions historiques, t. LXXll, Paris, 1902, pp. 399-420.

* Voyez notamment Schwab, Le Talmud de Jérusalem, t. VI, p. 232.

LE BAPTÊMB.

«t les proteslants sont validement baptisés et, par conséqueot, [455] «chrétiens*. />

Au baptême par immersion s*est substitué, dans l'Eglise latine, le baptême par aspersion ou infusion qui consiste à verser simplement de Teau sur la tête du baptisé. Cette forme du baptême avait été usitée dès les temps apostoliques, mais exceptionnellement^. Encore au xiii* siècle, Timmersion était usitée «n Italie et en France. Elle s'est conservée longtemps en Italie : Benoît XIII, étant archevêque de Béoéveot, baptisait encore par immersion'.

A l'origine, le baptême était souvent conféré à des adultes auxquels les éléments de la foi catholique avaient été enseignés {catéchumènes) : on considérait comme souhaitable que le baptisé eût atteint l'âge de raison et eût conscience de l'acte solennel cfui le rendait chrétien; et, bien que les usages aient varié, on peut dire que, dans les premiers siècles, le baptême des enfants Alt ordinairement ajourné. Plus tard, on en vint à baptiser toujours les enfants. Un capitulaire de Gharlemagne ordonne déjà de les baptiser dans l'année. Depuis lors, cet usage se généralisa -de plus en plus*.

Ministre du baptême. Parrain et marraine. — Le baptême est administré ordinairement par le prêtre* ; mais il peut être administré validement par un simple laïque et même par une femme. Il y a plus : si une personne non baptisée a baptisé une antre

*■ Gagarin, Le clergé nttse, 1871, pp. 297, 298.

* Voyez A($a/^7(, VII, 3 (Fank, Doctrina duodecim apottolorum^ Tubinga, 1887, f>. 23). Joigoex, ta sujet des 3.000 persoones baptisées eo uo seul jour & Jérosalem par saint Pierre (Actes, II, 41), Ermoai dans Revue anglo-romaine ^ 1, 1895, pp. 113, 114. Voir eneore sur ces questions Tabbé L. Dachesne, Calholiqvei et Romains, dans La Qwntaine du l«r jan^. 183(5, pp. 31-33.

s Biais cette immersion des latins 8*était peu à peu singulièrement rapprochée de la simple aspersion. Voyez, à cet égard, L. Dachesne, article cité, pp. 31-33. L*E- ^giise grecque de Coastaotiooplen*admet, comme je Tai dit, que le baptême par immersion, et elle entend l'immersion au sens propre, dont s'écarta de bonne heure i*immersion des latins.

^ Pour tout ce qui précède voyez Corblet, Histoire du sacrement de baptême, 1. 1*' , pp. 20, 21,44-47, 226, 494; t. il, p. 242; Alcuin, Opéra, édit. Probeo, t. II, p. 523 ; «apitalalre de 775-790, art. 19, dans Borelius, Capitularia, t. !«', p. 69.

> Décret de Gratieo, Tertia Pars, De consecratione, Dist. IV, c. 19.

LIVRB III. LA FAMILLE

personne, ce baptême est valide, s'il a été conféré au nom de la Sainte Trinité*.

Des répondants de la vie chrétienne du baptisé assistent à la cérémonie. On les nomme : susceptores^ gestantes; à partir di> viii' siècle : pairinus, matrina (parrain, marraine; compère^ commère)*.

Le parrainage est une sorte d'adoption spirituelle. Il est souvent question dans les chansons de geste du don du parrain à son filleul : fillolage : le ûUolage est comme le signe matériel de cette adoption'.

L'institution du parrainage a développé, dans certaines contrées et dans certaines familles, ce sentiment d'union entre les classes auquel l'état économique général et le sentiment religieux étaient jadis bien plus favorables qu'on ne le croit communément. Ainsi, en Bretagne, les plus nobles familles choisissaient souvent le parrain et la marraine parmi de simple» paysans. On trouve ailleurs bien des exemples analogues : « Le bon père que Dieu me donna, dit Montaigne,.... me donna à tenir sur les fonds à des personnes de la plus abjecte fortune,, pour m'y obliger et attacher. » Buffon, à la naissance de son fils, lui choisit pour parrain le plus pauvre homme de Montbard et pour marraine une mendiante. Montesquieu fut tenu sur les fonts par un mendiant de sa paroisse, c< à cette fin, dit un papier du temps, que son parrain lui rappelle, toute sa vie, que les pauvres sont ses frères. » En 1503, un pauvre pèlerin allemand du nom de Henri, fut le parrain de Henri d'Albret, le futur roi

< Hefele, HUL det conc, Irad. frtnç., t. V, pp. 8, 569. Walter, Lehrbueh, § S79. DuobesDa, Originet du culte chrétien, p. 324. Cf. décision da pape Jean VI, apad JafiTé» Begetta, é^it. Wattenbach, p. 245, n» 2137 ; Décret de Gratien, Tertia Pars, De contecratione, Dist. IV, c. 44, 51, 52; saint Thomas, Summa theol., Pars Tertia, Qusstio LXVII, art. 5; Concile de Trente, Sessio VII, Debaptitmo.

* Corblel, ihid,, t. !«', pp. 352, 353; t. 11, p. 177. Je ne puis citer tous les textes relatifs aux patrini; le canon 19 du concile d*Arles, reproduit dans un capitolaire de 826 ou 829, est intéressant : on y exhorte les pairini « ut. . . quos de fonte lavacri suscipiunt, erudire summopere studeant » (Boretius, Capilularia, t. !•', p. 313). Il, s'agit certainement de Tinstruction religieuse. Cf. Burchard, Decretonm libri XX^ lib. I, c. 94, interrog. 73, édit. de 1549, p. 20.

s Cf. Du Gange, v'* Filiaticum, Filiolagium. On voit dans une chanson de geste, Âimeri de Narbonne donner en fillolage toutes ses terres au détriment de ses propres fils (renseignements fournis par mon regretté ami, Gaston Paria).

Page 1