LIVRE I. SOURCES DU DROIT CANONIQUE
Le second ouvrage, correspondant au livre VII, est cette Didachè dont il a été parlé tout à Theure. Le texte n'en est pas reproduit purement et simplement. Il a été sensiblement allongé, [43] Le troisième, qui correspond au huitième livre actuel, est spécialement destiné au clergé. On rappellerait dans la liturgie moderne un pontiBcal; c'est le recueil complet de ce qu'un évêque doit observer et dire dans l'exercice de ses fonctions. Plusieurs des prescriptions de ce huitième livre sont censées émaner de tel ou tel apôtre*.
Quelques critiques pensent que le compilateur à qui est dû ce précieux recueil est celui-là même qui interpola les lettres de saint Ignace; M. Tabbé Duchesne en fait un arien; M. Funk un apoUinariste.
Canons des apôtres, Kaviveç tôv ixoŒToXwv. — Ce recueil, en son état le plus complet, contient 85 canons ou règles attribuées aux apôtres (ne pas confondre avec le recueil en 35 articles, portant le même titre, dont il a été parlé plus haut). Il est pro« bablement antérieur au iv® siècle ; car il paraîl bien qu'une allusion y est faite dans une lettre des évêques égyptiens, Hesychius, Philéas, au commencement de ce siècle.
Au VI* siècle, on ajouta les Canons des apôtres en appendice aux Constitutions apostoliques. Ils formèrent ainsi le dernier chapitre* du livre VIII des Constitutions apostoliques.
Vers Tan 800 après Jésus-Christ, Denys le Petit, Dioriysius Exiffuus, abbé d'un monastère de Rome, traduisit du grec en latin une collection de canons à la tête de laquelle il plaça les Canons apostoliques, mais, suivant les manuscrits quicontenaient
et M. FuDk, la Tersion syriaque ofTre un texte plus pur que le texte grec qui nous est parvenu, lequel serait très altéré) ; Margaret Dunlop Gibson, The Didascatia apostolorumin english^ translated from thesyriac {Hors Semiticx^ d» 2, LondoD).
* Saint Audré, saint Jacques (Pitra, Jurii eccUs. Grxcor, hitt. etmon., t. P% pp. 393, 399). Sur la controverse relative aux sources de ce huitième livre, voyez Harnack et Erwin Preuschen, Getchichte der aUchristl. Litteratur bit Eusebius, t. I«r, p. 643.
a Hefele, Bist. d$s conc, trad. Delarc, 1. 1'% p. 614 ; Waller, édit.de 1871, p. 154, — Uopinion d^Hefele sur TAge des Canons apost., que je reproduis, Q*estpas pleinement adoptée par Richlerel Dove, Kirchenrecht^ 8*édit., 1877, pp. 44, 45.
COLLECTIONS ORBGQUBS.
UD moindre nombre de canons : 50 au lieu de 85. Denysle Petit n'ajoutait pas une foi aveugle à ces canons apostoliques; car il les désigne ainsi : Canones qui dicuntur aposlolorum^ guibtis phtrimi consensum non prœbuere facilem.
A la fin du vu* siècle, en 692, un concile de Constantinople, qu'on appelle ordinairement le concile in Trullo \ déclara que les 85 Canons apostoliques avaient force de loi, et qu'il fallait les regarder comme étant véritablement d^origine apostolique.
Le synode in Trullo éieini œcuménique pour TEglise grecque, l'apostolicité des 85 Canons devint une vérité fondamenlale pour [4i] cette Eglise.
Le même synode in Trullo rejeta les Constitutions apostoliques, non pas qu'il ne les considérât comme apostoliques originairement, mais parce que le texte actuel lui paraissait altéré*.
La fortune des Canons* apostoliques fut toute différente en Occident. Ils figurent au rang des apocryphes dans le fameux décret de librisnon recipiendis, attribué au pape Gélase. Mais le passage du décret qui concerne les Canons apostoliques n'est certainement pas, lui-même, de Gélase; il doit être rapporté à l'époque du pape Hormisdas (514-523) ; c'est donc vers le commencement du vi" siècle qu'en Occident les Canons apostoliques furent officiellement rejetés, après avoir été peu d'années auparavant déclarés suspects par Denys le Petit.
Malgré la condamnation du pape Hormisdas, les Canons apostoliques ne tombèrent point en discrédit en Occident. Ils figuraient dans la collection très goûtée de Denys le Petit, que je viens de citer; ce fut la cause de leur succès. Ils passèrent dans diverses collections canoniques; et même, au xi* siècle, le cardinal Humbert, s'efForçant de mettre d'accord la condamnation d'Hormisdas et le succès des Canons apostoliques, déclarait que 50 Canons seulement étaient authentiques' (donc les 35 autres, apocryphes). Il ne faut attacher aucune importance à cette distinction : c'est un essai d'explication sans valeur réelle.
1 Da nom d'une des salles da palais de ConstaDtiDople. Cf. Herele, Irad. fr., t. IV^ pp. 208, 209.
s Can. 2 (Mansi, t. XI, col. 939-94^). 3 Adversiu timoniacos, I, viii {Patr, lat, t. 143, col. 1022).