LIVRE m. LA FAMILLE
[494] extérieurs da gouvernement du père. Sa parole et son geste sont des ordres.
Quant au sens figuré et dérivé demund {enla,immundium)j c'est tout simplement l'idée large, aux aspects multiples et divers, d'autorité. Le tuteur germanique aie mtindium comme le chef de famille; son autorité au moyen âge s'appelle, comme celle du chef de famille, la mainboumie^. Le père est mainbour. Le tuteur germanique est mainbour. L'autorité royale prend souvent le nom de mundium^ tantôt avec une signification vague, tantôt, et plus volontiers, quand il s'agit d'une protection spéciale : le mundium du roi sur certains monastères, sur certaines Eglises, sur les femmes dans certaines conditions de famille, éveille avant tout une idée de protection. Le sens large de la racine mimd subsiste encore au xv® siècle : les gouverneurs du duché de Luxembourg sont appelés « mambours* et gouverneurs ; » c'est dire tout simplement qu'ils ont l'autorité.
La puissance paternelle à Rome. — A Rome, le chef de famille avait sous sa puissance et généralement dans sa demeure tous ses descendants en ligne masculine. Par suite de celte vie commune, tous ses petits-enfants s'appelaient/ra^re^/)a/rMe/es'; nous disons simplement cousins germains.
Toute la famille restant groupée sous l'hégémonie du père, celui-ci gardait toute sa vie sur la famille entière sa puissance : il ne la perdait que sur ses filles mariées*, parce que celles-ci allaient habiter dans un autre groupe avec leurs maris. Le fils,
Sigirardet Arochis, dans Perlx, Legety t. IV, p. 658; Liuipr., 126, apud Pertz, Leges, t. IV, p. 160; capit. de 790 eaviron dans Boretius, Capitularia, t. I«r, p. 2fli. Cf. Schupfer di Chioggia, Degli ordini sociali del posietso fondiario appoi Longobardi, WicD, 1861, p. 11.
> Cf. Loisel, InstiL, édit. Lanrière, t. I", p. 236.
3 Qacbard, Rapport sur les documents concernant l'hi$toir» de la Belgique qui exis- Uni dant les dépôlt de Dijon et de Paris^ Bruxelles, 1843, p. 88.
3 Dig., XXXVIII, X, De gradibus, 1, § 6. Cf. une noie d'Alphonse Rrivier?] dans V Intermédiaire du 10 aeplembre 1883, col. 522.
* On sait que le mariage ayec manut entraînait seul la perte de la paissaooe paternelle. Dans cet exposé des temps primitifs je suppose une époque préhistorique où le mariage n'existe que là où il y a manut. La critique la plus récente admet celle manière de voir. Cf. Esmeio, La manut, la paternité et le divorce, p. 3.
LA PUISSANCE DU CHEF DE FAMILLE
père lui-même ou grand-père, restait sous la puissance de son propre père et n'était poiot paterfamilias : il était filiusf amilias.
Telle est la situation, tel le groupement matériel et économique sur lequel est venu se mouler, se dessiner l'institution de la puissance paternelle à Rome. Comme tant d'autres insli- [495] tutions juridiques, elle a survécu à Fétat économique qui lui avait donné naissance.
Quelque chose d'analogue se rencontre originairement chez tous les peuples. On se tromperait donc en cherchant des différences primordiales et fondamentales entre le chef de famille germanique et le chef de famille romain. Les similitudes premières sont, au contraire, très frappantes : de part et d'autre, nous apercevons clairement aux origines une famille qui possède en commun des biens sous l'autorité d'un chef, le père. Mais la notion de l'autorité du père se développe à Rome et absorbe très vite celle de la communauté de biens : cette dernière s'atrophie et ne laisse guère de trace que dans la langue juridique *.Le pouvoir du père absorbe tout : les enfants en puissance sont réputés n'avoir rien en propre. Ils ne peuvent rien acquérir qui ne soit à leur père. En Germanie, au contraire, le droit des enfants sur la fortune commune s'accuse dans les usages au point qu'on voit quelquefois les enfants se partager les biens du vivant du père*. Au moyen âge et en France, la notion du droit des enfants sur les biens du père s'afBrme d'une
* « In suis heredibus evideatius apparet cootinuationem domiDii eo rem perducere, at Dolla videatur hereditas fuisse, quasi olim bi domioi essent, qui eliam ▼ivo pâtre quodammodo domini ezistlmaotor : unde etiam ftliasfamilias appellatur, sicut paterfamilias, sola nota bac adjecta, per qoam distingaitur genitor ab eo, qui geuitus sit : itaque post mortem palris non bereditatem percipere videntur ; f ed magis liberam booorum admioistrationem consequuDtur : bac ex causa, licet non sint beredes iostituti, domioi suot : nec obstat quod licet eos ezberedare, quod eloccidere licebat » (telle de Paul dans Dig., XXVIII, ii, De liberis et posthumis, 11). Cf. lostitutes de Justinieo, II, xiz, De heredum qualitaie, 2; Ili, i, De hereditatibut, 3; Gains, II, 157; Lex DHy XVI, m, 6 (Paul).
> Cf. Grimm, Deutsche Rechtsatterthûmer, pp. 486-489 ; Thord Degnt Artikler, XXVII (24), dans Kolderup-Roseovioge, Kong Valdemar den Andens Jydske Lov og Thord Degnt Artikler, Gopenbague, 1837, p. 466. Pour la lutte contre ces tendances ▼oyez Hraban Maur, Liber de reverentia, édit. Baluxe, à la suite du De concordia de Marca, 1705, col. 1374, 1375.