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LIVRE III. LA FAMILLE

moyen de faire emprisonner son fils majeur de vingt-cinq ans : il pouvait obtenir du roi une lettre de cachet. Lorsque le grand Mirabeau fut incarcéré en vertu d'une lettre de cachet' et sur la demande de son père au château d'If, il avait vingt-cinq ana sonnés.

La loi des 16-24 août 1790 organisa à nouveau le droit de correction paternelle : la détention de l'enfant dut être décidée par le tribunal de famille et confirmée, avant l'exécution, par le président du tribunal du district.

Notre Code civil s'est sensiblement rapproché de l'arrêt de règlement de 1673; la limite de vingt-cinq ans posée en 1673 a été abaissée à vingt et un ans*.

Relèvement de la femme. — J'ai tracé l'histoire de la puissance du mari et du père ; j'ai montré la femme et la ménie tout entière soumises à cette puissance. J'ai pu suivre ainsi à travers les âges les origines de notre puissance maritale.

Mais sous cette autorité un peu rude la femme n'a point été avilie. Des mœurs simples et imprégnées de l'esprit chrétien, une association vraie entre les époux, je ne sais enfin quel souffle civilisateur ont transformé peu à peu, sans y jeter la révolution, l'état domestique.

Ce courant régénérateur remonte très haut. J'en aperçois les [MSI prémices chez les Burgondes' et chez les Wisigoths*, ces nobles Barbares si largement ouverts à la civilisation et au progrès.

Le roi de la famille s'est peu à peu rapproché de son premier serviteur et l'a associé insensiblement à son autorité : ainsi se sont lentement formées les mœurs modernes. Ne respirent-elles pas déjà en ces quelques coutumes tout à fait exceptionnelles» qui remettent l'autorité paternelle conjointement et soli-

* 12 8eplembre 1774. Mirabeau était né le 9 mars 1749 (Joly, Lêt procès de Mira- 6eav, Paris, 1863, pp. 71, 83; L. de Loménie, Les Mirabeau, t. !•', p. 568).

s La majorité civile ayant été almiasée à vinjct et un ans par le décret du 20 septembre 1792 (décret du 26 sept. 1792, tit. iv, section !'«, art. 2). 3 Lex Burg,j lix, lzxzv, dans Pertz, Leges, t. III, pp. 559, 568.

♦ Lex Visig., IV, ii, 13; 111, i, 8; IV, v, 1.

s Chartres, 103. Châteaaoeuf-en-Tbimerais, 133. Dreux, 93. Montargls, ch. vu, «rt. 3. Vitry, 63. Cette tendance remonte très haut : je la rencontre à Schlestadt, dès Tannée 1292 (statuts de Schlestadt de 1292, dans Winkelmano, Acla imperU

LA MAJORITE

dairement au père et à la mère? en ces testaments fréquents dans le midi par lesquels un père léguait en mourant à sa veuve ses biens avec sa puissance sur les enfanta*? Elle était honorée et respectée, la mère qui pouvait recueillir un tel legs. Elle n'était point avilie sous l'autorité maritale, cette autre femme du xviii* siècle qui, chaque soir, bénissait son fils, chef d'une famille nombreuse. — (Et dans les veines de ce fils de cinquante ans, à genoux sous la main de sa mère, coulait avec le sang l'orgueil tumultueux de la race des Mirabeau'!)

Si les mœurs anciennes préparent déjà la douceur de nos mœurs modernes, ne leur restent-elles pas supérieures en dignité? Le respect y cimente admirablement les affections et les liens de la famille

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