LES MEUBLES ET LES IMMEUBLES
lique*, n'a plus quitté notre droit*. Elle y a joué un rôle coasi- [617] dérable. Elle est toujours présente dans notre Code ciWl".
Le moyen âge français disait volontiers héritage * pour inn^ meuble. Ce vieqx sens du mol se retrouva dans le Gode civil*. Quant aux meubles, nos pères les appelaient aussi cateuxj catisc , chatek .
Les conditions économiques changent avec les siècles. Ce qui est immeuble aujourd'hui ne le fut pas toujours. La maison était chez nos aïeux nomades latente ou la case, et la case était meuble, non immeuble. Elle se transforma peu à peu en maison fixe et immobile; mais cette transformation fut lente. Au xvm" siècle et encore au xix', on pouvait vpir à Moscou sur une grande place le marché au^ maisons. Elles étaient là, couchées à terre sous les regards des amateprs : acheter une n^aison, la transporter, la monter, l'habiter, c'était l'affaire d'une semaine \ Si la maison reste matériellement meuble pendant de longs siècles, elle reste juridiquement meuble beaucoup plus longtemps encore ; car c'est le propre des notions juridiques' de ne suivre le mouvement économique que péniblement et lourdement.
^ Voyez loi Saliqae, lit. lix, De alodit, édit. Bebrend, pp. 77, 78.
* Voyez DoUmmeol Grand coutumier, II, xiv, édit. de Cbarondas le Caron, Paris» 1598, p. 116 et SUIT.
s Code civil, art. 516. Rapprochez coatnme de Paris, art. 88.
^ Pour le mot héritage employé au sens d'immeable, voyez Beaamanoir, cb. zzm, XXXV, 2; mes Etablissementt, t. !•', pp. 47, 226, 333, 354, 3^9, 497.
s Voyez notamment Code civil, art. 637.
« Voyez Beaumaooir, cb. xxiii, édit. Beugaot, 1. 1"**, p. 332 et suiv.; édit. Salmon, t. I*r, D* 670 et suiv. ; mes ElablUsemeiUg, t. I^'', p. 505. Toatefois « aocuDs sages » ne prennent pas meublet et cateux exactement dans le même sens; voyez notamment Boatillier, Somme raral, liv. !«', tit. lxxiv, édit. de Lyon, 1621, p. 742.
^ Goze, Voyage en Pologne^ RutsUy Suède, Danenarky traduit par Mallet, t: !«*, Genève, 178C, pp. 308, 309. Paris, La chronique de Nettor, t. II, p. 131.
> J'en dirai autant de Part. 11 suit souvent de très loin les transformations économiques : « L'architecture funéraire des Lyciens prU naissance dans les pays riches en forêts où se conservèrent intactes les formes traditionnelles des tombeaux construits en bois, puis taillés danji la pierre. » Certaines formes anciennes de Tart égyptien sont nées de l'emploi du bois. Enfin, les anciens édifices ronds de la vieille Rome ne dérivent-ils pas des cabanes rondes faites de jongs enUrelacés qu'habitaient les paysans de l'antique Italie? On pourrait multiplier les observations de ce genre* Voyez : Dieulafoy, L'art antique de la Perse, l^ partie, p. 55; É^errotet Chipiez, Hittoire de l'art dam VantiquUé, t. I«r, p. 511.