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LIVRE lY. LES BIENS ET LES CONTRATS

tard, la faiblesse et la désorganisatioa du pouvoir centrai firent

que^ chacun songeant à sa défense, les chefs de maison armèrent

leurs serviteurs et s'entourèrent précisément de buccellarii, sorte

[631] de clientèle libre et, si je ne m'abuse, ordinairement barbare'.

Nous suivons, sans méprise possible, Texistence de ces clientèles pendant les premiers siècles de la période franque. C'est au viii* et au ix* siècle que le système de la vassalité et du séniorat acquit une importance et une valeur générales.

On le voit, les habitudes et les mœurs gallo-romaines ou germaniques ne répugnaient en aucune façon à la décision prise par l'empereur Charles le Chauve, qui, en 847, ordonna à tous ses sujets de se choisir un senior^. L'empereur voulait systématiser un usage déjà très répandu. Au reste, ses ordres ne furent pas suivis partout : quelques hommes libres restèrent hors rang sur leurs terres; et ces terres furent appelées plus tard les alleux.

La recommandation. — L'acte par lequel un homme se constitue le vassus d'un senior^ c'est la recommandation, cornmendare^ se commendare. On dit aussi se tradere^. Tacite fait allusion à un acte usité chez les Germains qui parait bien être la recommandation de ces temps-là *• Elle existait chez les Bre-

mœarsxomaines elles-mdmes n^étaieot donc pui très éloignées des usages barbares : M. Gailhiermoz eût pu faire remonter cequej*appelle, moi, un parallélisme, ce qu'il considère comme une origine, beaucoup plus haut qu*il ne fait. Voir Naudet, De la noblesis chez le» Aomaifif, 1863, p. 146 et suiv., et ne pas perdre de vue le passage de César, dté ci-dessus.

1 a Omnibus per civitates et agros habendi bucceUarios vel Isauros armatosque serros licentiam volumus esse prœclusam. Quid si quis prêter base, que nostra mansuetudo salubriter ordinavit, armata mancipia sea bucceUarios aut Isauros in suis pradiis aut juxta se habere tentaverit, post exactam centum librarum auri condemnationem, viodictam in eos severrimam proferri sancimus » (consL de Tan 468, dans Code de Justioien, IX, zii, 10).

s Capit. de Mersen, de 847, c. 2 (Pertz, Le^M, t. !«', p. 395 ; Borelius, t. I«r, p. 199).

3 Grégoire de Tours, IV, 47, éd. Guadet etTaranne, t. I«r, p. 254 ; Form. Turvn, (Sirm.), 44, dans Rozière, t. i«^ p. 69. n« 43 ; dans Loersch et Schroeder, Vrk, T^tr Geschichte des deutschen RechUs, I, Primirechi, 2« éd., pp. 1, 2, acte n* 1. Ci. Wails, DevUche Verfoinmgsgeschiohte (2«édit.;, t. II, p. 194 et suiv.; Rotb, Fend, und Unlerlhanverb.y pp. 208-214, 269.

4 « lilum defendere, tueri, sua quoque forUa facta gloria ejus assignare prscipunm sacrameotum est » (Tacite, Germ,, 14). J*estime que nous possédons une formule très voisine de celle qui devait être «sitée en Germanie ou en Gaule. Cest une formule, à mes yeux toute barbare qu^employèrent les habitants d*une ville de Lusilanie

YA8SALITK ET 8ÉNI0RAT.

tons insulaires; et nous en retrouvons le nom {kemen, ke- [632] menet) chez les Bretons continentaux*. Tout indique qu'elle était usitée chez les Gaulois*. De la recommandation des temps mérovingiens et carolingiens procède Thommage des temps féodaux : l'hommage, hominium^ acte par lequel je me reconnais l'homme de quelqu'un, n'est autre chose qu'une recommandation solennelle. Celte recommandation se renouvelle chaque fois que l'hommage est prêté par le vassal à son suzerain.

Les recommandations initiales ne cessent pas au x^ siècle; nous pouvons les suivre au moins jusqu'au xiii* siècle 'et même bien en deçà. Elles varient singulièrement d'importance : il en est d'insignifiantes, qui, dès l'origine, ne donnèrent lieu à aucune solennité. Ces recommandations modestes n'ont jamais pris la forme de l'hommage*. Ainsi, au xv* siècle, un pauvre homme se dessaisit de ses biens en faveur d'un couvent, d'un parent, d'un ami, à la charge par le preneur de le nourrir, vêtir et enterrer*. Cette humble lettre de rendue procède évidemment

poar témoigner de leur fidélité à Caligula (BruDs et MommseD, Fontetjuris Romani aniiqui, 5* éd., p. 236). Cette formule rappelle d'une manière frappante lea hommages du moyen âge et semble le développement de la phrase de Tacite que je viens de citer. Elle doit 6tre ibérienne ou plus probablement gauloise, car les Lusitans font leur apparition dans l'histoire comme débris des Kempses, population ibère yaincne, an sein do laquelle les Gaulois firent, en Espagne, leur principal établisse- ' ment (H. d'Arbois de Jubainyille, Les premiirs habiianii de l'Europe, pp. .36, 326;.

1 Cf. Â. de Courson dans Revue de légitlaiion ei de juritprudenee, nouvelle collection, année 1847, t. II, p. 391 avec la note 3; A. de Courson, Carlul. de Vabbaye de Redon, p. ccxl. Le mot kemerit veut bien me dire M. H. d'Arbois de Jubainville, dérive tout simplement du latin commendare et n*est pas breton; mais, poursuit M. H. d'Arbois de Jubain ville, la recommandation exisuit incontestablement chez les . Irlandais, chez les Gaulois, chez les Bretons.

^ « In Gallia, non solum in omnibus civitatibus atque in omnibus pagis partibusque, sed pêne etiam slngulis domibus, factiones sunt. Earumque faetiooum principes sunt qui summam auctoritatem eorum judicio habere ezistumantur, quorum ad arbitrium judicinmque omnium rerum consilioramque redeat. flaque ejus rei causa antiquitus institutum videtur, ne quis ex plèbe contra potentiorem auxilii egeret. Suos enim opprimi quisque et cireumveniri non patitur : neque, aliter si faciat, uUam inter suos habet auctoritatem (César, VI, 11, édit. Oehler, 1855, p. 108).

s Boutaric, Des origines et de l'établissement du régime féodal, pp. 19, 20.

4 On peut conclure de la rubrique d'un acte de 1090 que la recommandation en cette circonstance donna lieu aux liens du collibertage (Chevalier, Cartulaire de Noyers, 1812, p. 227.

s Ch. de Robillard de Beaurepaire, Notes et docvments eoneemant Vétat des campagnes de la Baute-Normandie, pp. 204, 20S.

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