LIVRE IV. LES BIENS ET LES CONTRATS
cipe Nulle terre sans seigneur prend contre elle une énergie terrible, puisqu'il n'est plus limité, -comme en ce qui concerné l'alleu, par la réserve : à moins de titre contraire.
La franche aumône va donc s'effondrer. EII/3 est à la merci de toute convoitise; car la directe existe nécessairement quelque part : il ne s'agit que de la trouver. Les coffres-forts vides en quête de directe ne manqueront pas; et Ton verra, par [706] exemple, tel grand seigneur, parfait galant homme peut-être, savant désintéressé, voué aux plus nobles études \ se faire adjuger la directe et tous ses proQts sur les terres d'une abbaye, parfaitement indépendante jusque-là de sa seigneurie. Grâce à la théorie de la directe, piller son voisin n'est plus que l'exercice d'un droit.
Le régime nouveau fut préparé par cette longue lutte contre t alleu. — Ainsi s'élaborait à l'ombre des principes féodaux une partie du régime nouveau qui devait proclamer Tégalité de tous les citoyens et de toutes les terres sous le même impôt. Ce principe nouveau était si bien entré dans les esprits et déjà si mûr que le clergé et la noblesse l'acceptaient à l'avance, à la veille de 1789*.
Merlin proclama, en 4789, le triomphe de l'alleu. Il crut on feignit de croire à une réaction victorieuse de l'allodialilé contre la féodalité. Est-il donc au pouvoir des hommes de réagir ainsi et de triompher d'une force historique six ou huit fois séculaire ? L'alleu était vaincu. Le mort ne ressuscita pas. Nous nous trompons gravement, en répétant, depuis 1789, que toutes les terres sont devenues allodiales. Tout au contraire, l'évolution fiscale, menée de concert par la royauté et la féodalité, a été sanctionnée, consommée et régularisée; toutes les terres paient aujourd'hui le relief ou les lods et ventes, car elles sont
1 AfTaire du marquis de Coartanvaux contre les religieux de Molosme (1778}. Cf. Denisart, Collecl, de dédt. nouv,^ t. IX, pp. 34, 35; Heurion de Paosey, Dûstrt. fiod., t. II, p. 88; Biographie univ, (Michaud), t. IX, 1855, pp. 374, 376.
3 Avis des pairs du royaume de déc. 1788, cité par de Beaucbesue, La vie et Madame Elisabeth, l !«', p. 280. Cf. Combier, Doléances de 1789, Laon, 1877, p. 16; vœu du clergé de la Haute-Marche, dans Duval, Cahiers de la Marche et AssembUe du (iéparlement de Guéret, p. 42.