LIVRE lY. LBS BIENS ET LES CONTRATS
lieux. Non! Les tenanciers n'ont pas monté par tous pays : beaucoup n'ont pu suivre la longue route que nous venons de parcourir nous-même et sont tombés avant la victoire.
Ainsi peut-être se compensent dans Tordre économique les injustices et les erreurs des hommes : ici les petits sont frappés ; ailleurs les grands. Cependant le troupeau humain, meurtri, blessé, ne dévie pas très sensiblement et continue sa marche douloureuse vers l'inconnu.
Ces longs pactes du travail avec la terre, à peu près proscrits parla loi, ne vont-ils point renaître*? Un nouveau cycle écono- [728] mique, comparable à celui qui s'est fermé il y a bientôt cent ans, ne va-t-il pas s'ouvrir sous nos yeux? Comme à la fin de l'empire romain, la terre abandonnée appelle les bras courageux qui contracteront avec elle de durables alliances. La terre, celle bonne mère, source de tous biens, serait-elle appelée une fois encore à enrichir et à doter tous ces prolétaires qui demandent une part du capital ? Ah ! si cela était, puissent-ils trouver, au sein de notre société renouvelée, une fortune comparable a celle de leurs devanciers, lesquels, partis du servage et de la détresse sont arrivés, après mille ans de christianisme, à la liberté et à la propriété !
BiBLioGRAPHiB. — [Boncerf], Les inconvéniens des droits féodaux^ Londres et Paris (condamné au feu par le Parlement). — [Boncerf], Mémoire sur les rentes foncières dues aux gens de mainmorte et les avantages que l'Etat peut en tirer, en autorisant les débiteur à les racheter, conformément
i Sur les projets de loi conceroant Temphytéose et sur la loi récemment votée, Toyez ci-dessus, p. 664. Tocilesco, Etude hist, et juridique sur l'emphyiéotê, p. 350 et suiv. Sur Tutilité actuelle des baux à longs termes, voyez Grandeau, Production agri. coUt 1885. La rente foncière perpétuelle et nou rachetable existe en Tunisie : Tétat de la propriété foncière ainsi grevée est désigné sous le nom tTenzel. Cet état de choses est consacré par une loi récente (projet de loi, art. 14, dans Hevue atgérienne et tunisienne de législ,^ février 1885, Alger, 1885, i^^» année, p. 45; loi du 15 mars 1892, portant modification & la loi foncière en Tunisie, art. 358, 3d8, ibid,^ avril 1892, 3« partie, p. 135). — 11 est malheureusement rare que les peuples forts qui, en vertu de Todieux a droit de conquête, » s'établissent chez les faibles, consacrent et respectent quelque chose : leur mode de civilisation n'est guère qu'une brutale application de lois et dénotions juridiques qui perdent toute valeur ou même deviennent très dangereuses et très nuisibles, en changeant de milieu. On pourrait peut-être signaler chez nous, en ce moment, quelques faibles symptêmes d'une entente pins profonde des choses.