LIVRE I. SOURCES DU DROIT GERMANIQUE
Capit. VI. Incipit : Si guis' puerum régis aut libertum^ etc.^ Il est probable qae ce eapitulaire émane aussi de Chilpéric 1''''.
Capit. VII. iDcipit : In nomine Domini, Incipiunt capitula legis Salicœ. De capitula primo legis Salicœ^ id est de mannire. De /toc capitulo judicatum esty etc.^. Ce document est de Louis le Débonnaire et doit être attribué à Tannée 818 ou 819.
Quelques-uns de ces capitulaires ont été insérés dans tel ou tel texte secondaire de la loi Salique elle-même. Si nous les considérons tous comme distincts de la loi, c'est parce que nous nous référons exclusivement au texte le plus ancien^ au texte en 6S titres.
Je n'entreprends pas Pénumération de tous les textes accessoires, mais je dois signaler encore les prologues et les épilogues.
Prologues. — Il y a deux prologues principaux et trois petits prologues abrégés. Tous ces textes sont incontestablement de date postérieure à la rédaction en 65 titres. Les deux grands prologues contiennent une sorte d'historique enthousiaste de la rédaction de la loi. Le premier prologue débute ainsi (ce passage est trop curieux dans la forme et trop célèbre pour que je ne le cite pas in extemo) :
« Gens Franoorum inclita, auctoreDeo condita, fortisin arma, firma in pacis fœdere, profunda in consilio, corporea nobilis, incolumna candore, forma egregia, audax, velox et aspera, ad catholica Gde conversa et inmunis ab herese, dum adhuc teneretur barbara, inspirante Deo, inquirens scieucise clavem, juxta morum suorum qualitatem desiderans justitiam, custodie/is pietatem, dicta verunt Salica lege per proceris ipsius gentis qui tune tempore ejusdem aderant rectores, electi de pluribus viris quatuor his nominibus : Wisogastis, Bodogastis, Salegastis et Widogastis, in loca nominancium Salchamœ, Bodochama), WidochamsB, qui per très mallos convenientes, omnes causarum origines sollicite discuciendum tractandis de singulis judicibus decreverunt hoc modo. At ubi, Deo favente, rex Francorum
« Ibid., p. 157.
3 Ibid,, p. 160.
LOI SAUQUB.
Cblodoveus, torreas et pulcher, et primus recepit catholicam baptismi et quod minus in pactum habebatur idoneo per proconsolis régis Chlodovehi et Hildeberti et Chlolarii fuit lucidins etnendatum. »
« Vivat qui Francos diligit Christus, eorum regnum custodiat! Redores eorum lumen suœ gratiœ repleat, exercitura prolegat, 6dei munimenta tribuat, pacem, gaudia et felicitatem tempora dominancium Dominas Jésus Cbristus pietate concédât, etc., etc. »
Cet hymne enthousiaste, voilà à peu près tout ce que le public connaît de la ioi Salique, et voilà aussi ce qui en donne le moins la physionomie; car, sauf la langue qui est aussi barbare de part et d'autre, rien ne ressemble moins à la loi que ce pro- [101] logue, où se lit, si je ne m'abuse, toute l'ardeur juvénile d'un converti. Ou je me trompe fort ou celui-là même qui a écrit ces lignes brûlantes, est un païen d'hier qui vient d'arriver à la foi chrétienne.
Epilogues. — Il y a deux épilogues bien postérieurs, eux aussi, à la rédaction en 65 titres et même à plusieurs autres rédactions; car ils nous donnent à leur tour des renseignements historiques sur la loi et ses continuations.
Sous ce rapport, ils ressemblent aux prologues, mais ils sont plus circonstanciés et plus détaillés : aucun enthousiasme ; aucun lyrisme. On pense que ces épilogues ont été écrits vers l'an 550.
Les épilogues jouent, bien entendu, un rôle considérable dans les considérations critiques par lesquelles on s'efforce de déterminer l'âge des diverses parties des textes saliens. Mais je donne ici des résultats, je n'entre pas dans la discussion.
Gloses mal bergigues. — Au premier rang des difficultés dont est remplie l'étude de la loi Salique, il faut citer ce qu'on appelle les Gloses malbergiques. Plusieurs manuscrits de la loi Salique sont hérissés de mots barbares, restés longtemps inintelligibles. Ces mots barbares sont précédés très souvent de cette espèce d'étiquette : malb. ou malberg;ce sont les Gloses malbergiques.
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A quelle langue appartienneut ces notes ou gloses? Quelle en est la valeur? Ce fut là une grosse difficulté. On se fourvoya un montent en songeant au gaulois. Jacob Grimro, dans sa préface à l'édition de Merkel, a ouvert la voie, et Kern s'y est avancé avec succès : les Gloses malbergiques sont écrites en dialecte francique, c'est-à-dire dans la langue même des Saliens. Elles semblent à de bons critiques avoir pour objet de faire entendre à un Salien telle ou telle expression latine, de commenter tel passage. Juges et plaideurs appartenaient à la nation franque. Le besoin d'une interprétation dans la langue des Francs se faisait forcément sentir : de là les Gloses malbergiques*. [102] Ce fait considérable que nous devons à la philologie, il eût été possible de le conjecturer a priori, La loi Salique, en effet, est écrite dans une espèce de quasi-latin plutôt que de latin, qui nous autorise à dire que les rédacteurs eux-mêmes traduisaient du francique en latin et, à tout le moins, ne pensaient pas en latin. Les Francs étaient encore assez barbares pour que la langue latine fût pour eux un instrument mal connu et souvent rebelle.
L'étude de ces gloses reste très difficile parce que nous ne con-
* Joignez, 6i-aprè8, p. 103. —Exemple des Gloses malbergiques : le tit. 26 de Téditioa de Merkel et de Bebrend traite de rafFrancbisseraeiit de lites et d'esclaves fait par ua autre que par le mattre. Le premier paragraphe s'oecupe des lites : « Si quis homo iagenuuB alieaum letum extra coDsiliam domioi sui ante rege per dinario dimiseritet coovictus fuerit Malb, maithô : the atomeo, Ztto, hoc est iv m dinarios qui faciuot solidos cculpabilis Jadicetur. » M. Keru discerne dans cette petite Glose malbergique la formule môme de raffranchissement et traduit : S'il dit :je Va/franchis, Utê, Woïci le mot à mot : maithô : s'il dit (la conjonction si n'est pas exprimée : maithô est tout simplement la troisième personne du singulier du subjonctif présent). On pourrait traduire en serrant le texte de plus près : qu'il dit, ou qu'il dise. The^ toi (accus, sing. du pronom de la seconde personne] ; atomeOj j'affranchis (première personne du singulier du présent de l'indicatif du verbe a-tômian). Le § 2 du même titre de la loi s'occupe de raffranchissement d'un esclave par celui qui n'en est pas le propriétaire : « Si quis vero servo alieno per denario ante regem dimiserit cui fuerit adprobatum, precium servi domino et insuper Malb. mallhô : the atomeo, theo, boc est solides xxxv culpabilis judicetur. » Ici encore, d'après M. Kern, nous avons la formule d'affranchissement, mais la formule d'affranchissement d'un esclave, et voici la traduction : s'il dit: je Vaffranchis, esclave, — J'ai choisi ces exemples, parce que ces deux phrases ont été analysées grammaticalement avec grand soin par M. H. d'Ârbois de Jubainville dans la Bibliothèque de l'Ecole des chartes (compte rendu des travaux de Kern, t. XLT, pp. 608-616). Cf. un texte plus pur de cette glose dans Nouv. revue hist. du droit, t. XX VI, p. 336.
GLOSBS MALBBR6IQUES.
naissons le vieux francique que par à peu près et parce que ces mots francs eux-mêmes nous sont arrivés fort corrompus, ayant été recopiés ou par des clercs gallo-romains ou par des Francs romanisés qui ne les comprenaient plus.
Les modernes* ne se sont pas contentés de traduire^ en tâtonnant, les Gloses malbergiques. Ils ont voulu aussi saisir la valeur de ce mot malb.^ abréviation de malberg : on pense que maU berg correspond à peu près au mot IdMn forum.
Je dois ici mentionner une conjecture fort remarquable de Kern. Ce critique est porté à croire qu'avant la loi latine en 65 titres dont nous avons parlé jusqu'ici, les Saliens ont possédé une rédaction plus ancienne de la loi en langue franque. Le quasi-latin de la loi Salique ne serait le plus souvent qu'une [103] traduction de cette rédaction perdue et enfin les Gloses malbergiques elles-mêmes seraient des fragments du texle original, auquel il fallait bien recourir quand le latin était insufGsant ou obscur. Ces fragments seraient, d'après M. Calmette, des incipit de chapitres ou d'articles*.
Dernière conjecture : le mot malberg serait le titre même que portait la loi Salique dans la rédaction en langue franque. Elle se serait appelée Malberg^ en latin Fonim.
Il convientd'ajouterquedes considérations très difiFérentes, émises par d'autres critiques et absolument indépendantes de la philologie, portent à penser qu'une rédaction plus ancienne et perdue a précédé la rédaction en 65 titres que nous possédons. Ce texle perdu ne serait-il pas précisément la rédaction en langue franque?
Mais ce sont là des conjectures sur lesquelles je ne veux pas insister.
Diffusion et persistance de la loi Salique. — Sans parler de la Hesse et de la Franconie, où dominèrent les Francs, il convient de signaler la Lombardie, oii ils pénétrèrent avec Pépin le Bref et Charlemagne; nous les y rencontrons et nous pouvons les suivre jusqu'au Tyrol. Leur droit fait sentir son influence chez les Alamans, chez les Bavarois et même en Angle-
1 Caimelte, Observations sur Us Gloses malbergiques de la lex Salica (Extrait de la Bibliothèque de CEcole des chartes^ t. LX, 1899).