‹ Histoire du droit criminel de l'EspagneChapitre 60 sur 87 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

ÀDTORITÉ ROYALE DANS LE ROYAUME D*ARÀG0N.

Mfl*»l

mmencemenl de la première partie de ce livre, ns rapporlé , avec Texpression du doute , les s relatives au Fuero de Sobrarbe. Ces traditions n <;ran(l honneur dans l'aristocratie aragonaise, l'elles se liaient à celles de la libre élection du roi de ce pays, Inigo Arista, par les chefs ; qui raccompagnaient dans son expédition sur it méridional des Pyrénées.

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Cette éleclioD se serait faite sur le champ de bataille , où ces preux chevaliers auraient vaincu les Mores. Or, les RicoS'Hombres prétendaient descendre de ces giorieurs vainqueurs , qui auraient conféré la royauté àuD de leurs égaux , comme les ^'rands seigneurs féodaux ou pairs de France avaient élu Hugues Capet en 987.

Les jurisconsultes de la couronne et surtout les Castillans ont qualifié ces prétentions avec un suprême dédain et traité de fables ridicules les traditions sor lesquelles elles s'appuyaient. Un des publicistes les plus remarquables de TEspagne, M. le marquis de Pidal,se range à cette opinion, quoique avec une certaine modérs^tion de langage :

« Si nous en croyons , dit-il , les historiens aragonais, les RicoS'Hombres d'Aragon sont aussi anciens que la monarchie , et il n'en manque pas qui les fool antérieurs à la royauté. Le fait serait vrai si Toa pouvait dans l'histoire faire abstraction des priDci-pautés diverses qui se formèrent après l'inva'Sio'* sarrasme, et qui n'étaient toutes que la continuatio' de l'antique et célèbre monarchie des Goths (i). »

Cette réponse nous parait faible : la monarchie d^ Goths avait été brisée en morceaux et entièrement d truite par les Mores. Les guerriers chrétiens qui se tai lèrent k la pointe de leur épée des principautés et d(

(1) Philippe 11^ Pérezet le royaume d'Aragon, traduit par Ma^^na tom. i, p. 28. (Paris, Baudry, 4867.;

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finies dans les provinces reconquises sur les infi- >, D*enlendaienl pas du tout continuer la monarchie isebul et de Récarède.

)Ue perpétuité de la monarchie gothique est une ^n imaginée par les absolutistes d'Espagne pour mer en quelque sorte le despotisme de Philippe II e ses successeurs. Comment pourrail-on, pour servir des termes mêmes de M. Pidal , faire abstion d'une conquête qui a dévoré presque tout le le la péninsule et qui a duré plusieurs siècles ?

est donc très-probable , suivant la tradition des ^$'IIombres\ que le premier roi de T Aragon ne fut ord qu'un chef élu par ses compagnons d'armes , \u$ inter pares. Ces pairs aragonais se seraient rvé leur part du sol conquis, et auraient fait leurs litions à la royauté nouvelle. Qu'on appelle cette litution primitive Fnero de Sohrarbe ou autrement, Ile fût écrite ou verbalement jnre'e, toujours est-il Ile dut être conçue dans un esprit d'ombrageuse îDce contre le monarque, et faite de manière à itir fortement les privilèges des grands de l'Etat et

des nobles qui s'étaient recommandés à leur mage , suivant la coutume féodale. Ce qu'on a blié sous le nom de Fnero de Sobrarbe, quand e le texte n'en aurait jamais existé, peint donc 5 exactement les mœurs et l'état social de TAragon IX* et x'' siècles.

1 surplus, toutes réserves faites contre l'authenticité e document, nous rapportons l'analyse qui en est

donnée dans la chronique du prince don Carlos, le plus ancien monument qui en fasse mention.

Il est rapporté dans cette chronique que tes Nararrais et les Àragonais, pour s'accorder sur les différends qu'ils avaient entr'eux , promulguèrent le For surnommé de Sobrarbe et firent leur établissement et leurs lois, comme émanant de guerriers qui avaient gagné la term sur les Mores. Il est dit au commencement de ce For, qu'il fut ordonné, lorsque la terre n'avait point de roi, qu'ils eussent recours aux Lombards et aux Français pour choisir dans leurs lois ce qu'il y aurait de meilleur (1).

Voici d'ailleurs le texte du chapitre I" de ce Fuero :

Cap. I. — « Il a été établi un for en Espagne afin

« d'élever un roi pour toujours , de sorte qu'aucun roi

« ne pût jamais être mauvais, puisque le peuple l'élisait

a et lui donnait ce qu'il avait conquis sur les Mores,

« à la charge qu'avant son élévation il jurât, sur la croix

« et les Evangiles, qu'il rendrait justice aux habitants

« et n'empiéterait point sur leurs fors, mais les amé-

« liorerait, réparerait tous leurs torts et tiendrait

« la terre en pariage avec les Ricos-Hombres , les

« Infançons, les chevaliers et les hommes de ville, sans

« en faire part aux étrangers, et s'il arrivait qu'il fft*

« roi d'une autre terre ou d'un lieu et d'une lango^

(I) On trouve dans la préface du texte : u Escrivieron lures Foer^^ « con con?>eUlo (\pi los Lombardos e de los Frances quanto eillos roeillc^ V podicron , etc. o De Marca, Histoire du Péarn , p. 171.

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aDgère, il De pourrait mener à son service plus de iq hoiiimes dans son pays. Et nul roi n'aurait Dais pouvoir de tenir cour sans le conseil de ses coj-ffomères natifs du royaume, ni faire guerre, iz 00 trêve avec un autre roi ou une autre reine, entreprendre aucune autre affaire dMmportance ir le royaume, sans le conseil de douze Ricostnbresoix de douze des plus anciens et des plus sages la terre.

U que le roi ait sceau pour son mandement et nière jurée pour sa vie et bannière avec son alféris porte-enseigne, qu'il entende la messe en l'église communie ensuite, et après, pour être élevé, qu'il Dte sur son bouclier, soutenu par les Ricos-Hom- 'S, criant trois fois : Real, real.real. Et alors il épande sa monnaie sur le peuple et qu'il se goe à lui'mème son épée qui est en forme de croix, ce jour-là aucun chevalier ne doit être fait, et les ize riches hommes ou prudhommes doivent jurer roi sur la croix et les Evangiles d'avoir soin de I corps, de la terre du peuple et de l'aider à conter les fors , et doivent ensuite lui baiser la io. »

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