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Clfllisatlon et constitation de la famille chez les Gaulois et cbei les Germains. — Famille slave ayant jplas de ressemblance avec celle des Germains.— Clan et ciientelle des Celtes. — Comitatus des Germains.
Si Ton compare les Gaulois tels que nous les montrent César et Strabon, aux Germains que nous dépeint Tacite, on ne peut s'empêcher de reconnaître chez ces derniers une civilisation plus avancée. La classification des personnes y est mieux fixée , la hiérarchie sociale mieux organisée, la famille constituée avec plus de force.
César nous parle de plusieurs villes ou cités considérables , qui existaient dans les Gaules avant la conquête romaine (1). Une sorte de luxe au moins relatif se remarquait dans ces villes. Les réunions de chaumières ou de tentes des «Germains n'auraient pas même mérité le titre de bourgades ; car, suivant Tacite, c'étaient des enclos qui servaient de refuge aux troupeaux et aux ménages des familles groupées ensemble [t] .
{i) Comment,, lib. i etseq. Du temps d'Auguste, il y avait 115 cités gauloisefl. Dans toutes ces cités, existait un certain mouvement commercial et industriel. Suivant Pline, les Eduens inventèrent le placage, les Bituriges, l'étamage; et d'autres peuples gaulois imaginéreut la charrue à roues, les tonneaux en bois cerclé pour les vins, etc. Pliu., UisL noittr., Hb. 34, n» 8.
*i) Tacil., De mor. German,, xvi, no' 18 et 11.
Si , de ées aspects extérieurs de la vie matérielle , on passe à ce qui fait Tessence même de la vie intime des peuples, à la constitution de la famille, on trouve encore de grandes différences entre les coutumes germaniques et les coutumes celtiques.
Chez les Celtes , le pouvoir du père de famille est illimité ; il a le droit de vie et de mort sur ses enfants comme sur sa femme (1 ) . Les parents cherchent à inspirer à leurs enfants une sorte de terreur ; ils ne leur permettent pas de les aborder en public avant qu'ils aient l'âge de porter les armes. Ils ont le droit de les réduire en esclavage , ce qui semble être la conséquence du droit de vie et de mort.
La puissance paternelle n'était certainement pas aussi absolue chez les Germains (2). On trouve cependant chez eux des exemples d'enfants vendus par leurs pères (3) , et même par des mères devenues veuves. Mais , d'une part , cette vente n'avait pu avoir lieu que pour des enfant^ au-dessous de douze ans , âge auquel la loi leur accordait une sorte d'émancipation ; d'une autre part, le recueil des Gragàs , cette vieille loi de la Scandinavie, pure de toute influence étrangère, nous fait connaître que ce droit de vente n'était , en réalité , exercé que dans certains cas, tels que celui où le père insolvable livrait son fils çn son lieu et place à son créancier , dont il aurait été réduit , sans cette substitu-
(1) GaBs., Comment,, lib. vi.
(2) Heinecc, Elément, jur. (irerman., et Pardessus, LoisaL p. 455, 3« disserlalion.
(3) CapituL, lib. xi, c. 4, et Vie de S, Julien, dans Labbe, Dibliolhn manwcr.i tom. 2, pag. 575.
tien, à devenir lui-même Tesclave (1). Le silence ( autres lois germaniques à cet égard nous autorise fonder sur ce texte la conjecture de la nécessité quelque motif semblable , pour rendre raison de cet a rigoureux de la puissance paternelle.
En Germanie, le père avait sur ses enfants droit appelé mundium [Mnnd] , qui différait , dans j essence , de la paterna potestas des Romains. mundium engendrait les devoirs de la responsabiliti côté des droits de la puissance. Il impliquait une n procité dont l'idée était étrangère au Jus Quirith D'autres différences essentielles apparaissent enc dans la constitution de la famille chez les races celtii et germanique.
On peut comparer la famille celtique au cercle i trace le jet d'une pierre sur la surface des eaux d lac. Ce cercle va s'agrandissant toujours , jusqu'à que l'on perde de vue ses lignes extrêmes. De mi dans la Bretagne , la principauté de Galles , rEcoss( l'Irlande, qui gardent encore, après tant de siècles, traces de leur origine celtique , les liens de consanj nité, s'étendant indéfiniment sans se rompre pend une longue suite de générations, produisirent le ( qui a égalé, souvent même dépassé numériquement tribu arabe ou tartare.
Ainsi , lors du procès d'Orgétorix chez les Helvèl ce chef celte paraît devant le tribunal avec sa fami montant a dix mille hommes , sans compter ses clients Les chroniqueurs de TEcosse nous racontent les mêi
(i) Préf. latine des Grag.f par Schlegel, p. ccxxii. (2) Cses., nell.gaU., f, 4.
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choses des chefs de clan de leur pays ; là aussi , uo Gainpbell se présentait avec cinq mille hommes devant le tribunal de Glascow ou d'Edimbourg , et l'appareil de ces cortèges nombreux et armés paralysait l'action de la justice (1 ) .
La famille germanique présente un aspect tout diffé* rent; elle se compose d'un cercle dont la circonférence ne peut pas s'accroître au-delà de certaines limites fixées par les mœurs ou par les 4ois (S). Chaque branche collatérale , arrivée à un éloignement déterminé de la souche commune , devient elle-même une souche nouvelle. Mais ordinairement,* elle se souviendra de son origine , elle gardera le même culte et même elle continuera d'adorer les mêmes dieux que la branche aînée. Quelquefois, ces branches diverses de la même race s'uniront pour concerter ensemble une expédition guerrière ; presque toujours elles s'entendront pour se défendre contre une invasion de territoire ; et , suivant que cette réunion de petits cercles formera une fusion plus ou moins intime , une ligue plus ou moins permaneute, on l'appellera peuple ou confédération.
Quelques publicistes allemands ont encore admis chez les Germains un groupe naturel intermédiaire entre la famille et le peuple proprement dit : c'est la race Stàmme. Mais cette subdivision est plutôt fondée sur des hypothèses ou sur des inductions scientifiques que
(1) a Un homme, accusé d'uti crime, dit un juge et homme d'Etat du xye siècle, se présente fréquemment à la cour de justice devant laqueUe il est cité, soutenu par une telle compagnie d'amis armés, qu'on dirait qu'il veut défier les juges et le jury. » (Walter Scott, Histoire d'Ecosse, t. ii, p. 88, traduct. Paris, Gosselin, 1839.)
(2) Ces limites étaient ordinairement le septième degré de parenté.
sur des témoignages positifs d'ancieDS chroniqueurs historiens. U nous semble d'ailleurs que, du moi où les divers rameaux d'une race germanique, a s'être donné une existence indépendante, se rejoigna pour former une communauté sociale, ils forma Yéritablement une nation, ou au moins une peupl La similitude du langage leur faisait reconnaître identité d'origine, et c'était là sans doute le prei lien de ces associations qui ont leur racine , non p dans des combinaisons artificielles , mais dans la na même de l'humanité , telle que l'a créée la Provide
Quoi qu'il en soit, la facilité de séparation des fam n'empêchait pas chez les Germains une tendance cohésion sous une autre forme. Si les anneaux de ( chaîne se détachaient en se multipliant, ils ne tard<' pas à se ressouder, et l'unité de la fédération guen remplaçait celle qui résultait du parentage indéfînii agrandi des anciens Celtes.
Il n'en était pas de même chez les Slaves. Ce pe admettait, comme les Germains, le principe qui res gnait l'extension de la famille : mais il ne parait que rien vint corriger la dispersion sans cesse renaiss de ses membres, ni qu'aucun point de ralliemenl offert à leurs colonies flottantes et mutuellement jalo de leur liberté, comme autant de petites républi anarchiques.
« Lorsqu'un village slave comptait plusieurs fan: de plus de sept membres, et qu'une année fe donnait double ou quadruple récolte, il tirait de sein de quoi fonder une colonie. Les vieillards déte naient, d'après les anciennes coutumes, l'emplacei que cette colonie devait» occuper. Arrivés sur I
nouvelles terres, les émigrants attelaient à une charrue QD bœuf blanc et un bœuf noir, et le sillon, tracé ainsi aatour d'une vaste enceinte , formait la limite légale de l'établissement naissant. La colonie s^appelait Swoboda ou Sloboda, liberté. Il devait y être réservé un bois sacré pour les cérémonies religieuses , aussi bien que pour le Ding ou tribunal, et pour la discussion des affaires publiques en assemblée générale (1). »
On voit, maintenant, comment les Germains ont passé à travers ces tribus patriarcales et agricoles, protégées par leur pauvreté et leur simplicité, sans chercher à les subjuguer ou à les entraîner à leur suite comme des auxiliaires. On comprend également comment le peuple slave, impatient de toute union et de toute autorité centrale, fut si facilement dompté et réduit en servage parles Mongols, nation féroce de l'Asie, et organisée spécialement pour le pillage, la guerre et lu conquête.
Chez les Celtes, au contraire, qui résistèrent si longtemps aux Romains, et qui, en Àrmorique et dans une partie de la Bretagne, ne subirentjamais leur joug, nonsealement la famille tendait indéfiniment à s'accroître, mais elle se fortifiait encore par des institutions qui lui senaient de complément et, pour ainsi dire, d'appendice : je veux parler de la clientelle, sur laquelle César nous a laissé de si curieux détails.
Les clients des chevaliers. gaulois (^^ymf^s^ étaient de deux sortes : les soldurii et les ambacti. Les premiers appartenaient à l'ordre de la noblesse ; les seconds, à la classe du peuple. Ces chevaliers avaient toujours,
(1) Cours de liickiewicz, Revue des Deux-Mondes, du 15 décembre 1813, et Ewers, dos alleste Rechl der Russen, Hambourg^ 1826.
autour d'eux, un nombre de clients proporlionué à Tétat de leur naissance , ou aux ressources de leur patri* moine (1 ) .
L'espèce de pacte réciproque qui unissait au patron les clients appelés soldurii, rappelle un peu les liens féodaux entre le noble vassal et le suzerain. César nous montre le guerrier Àdcantuanus accompagné de six cents de ces soldurii; puis il ajoute : « Telle est la condition « de ces hommes, qu'ils jouissent de tous les biens de « la vie avec ceux auxquels ils se sont consacrés par un « pacte d'amitié. Si leur chef périt de mort violente, ils ^ partagent son sort, et se tuent de leur propre main. Il « n'est pas arrivé, de mémoire d'homme, qu'un de ceux « qui s'étaient dévoués à un chef par un pacte semblable « ait refusé de mourir aussitôt que ce chef était « mort (â). »
Comme pendant à ce tableau tracé par Jules César, Tacite fait une belle peinture du dévouement des Comite$ ou compagnons des chefs germains. Si ce dévouement semble avoir quelque chose de moins absolu, de moins i imposé, si l'on peut s'exprimer ainsi, que celui des f clients gaulois, il n'en est pas moins noble et moins complet. « Ce n'est point une chose honteuse, dit-il, de « faire partie de la suite de ces guerriers, arrivés au « commandement par l'éclat de leur naissance ou de « leurs services personnels. Il règne môme dans ces « associations une sorte de hiérarchie, régléa par celui « qui y préside et qui les forme. » Tacite explique
(1) dis., de Bello gaUicOt lih. vi, cap. 15.
(2) Id., Ibid., 1. III, c. 22. Voir aussi ce qu'il dit de la fldélilé d(s rlients de Lilnvirus. fd., ihid., vu, 40.
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encore que le prince ou chef choisit lui-même son cortège, comitatum, parmi les jeunes gens que recommandent à son suffrage une noblesse insigne ou les services signalés de leurs pères. Le comitatus, composé, par chaque chef illustre, pour le temps d'une guerre, ou même, quelquefois, pour la durée de sa vie militaire, avait donc un caractère d'amovibilité qui différait profondément de la clientelle gauloise : celle-ci , comme la clientelle romaine , était demeurée sujette à une transmission héréditaire. Pour les ambacti (1) cela est évident : on pourrait le contester pour les soldurii, dont le dévouement était plus volontaire et plus libre. Cependant César ne fait pas de distinction entre les uns et les autres. Du reste, la différence entre la clientelle des Celtes et le comitatum des Germains s'explique assez naturellement : elle tient non-seulement à la plus grande extension de la famille chez les Gaulois, mais encore à leur état de civilisation plus avancée. Quand les Germains, si longtemps mobiles et presque nomades , s'installèrent , soit au-delà, soit en deçà du Rhin, leur comitatus finit aussi par se lier à la propriété foncière et par devenir le régime féodal (2), après avoir passé par une série de transfonnations successives : et, peut-être même, le vasselage devint d'autant plus facile à établir dans les Gaules, qu'il y réveilla ces traditions de la clientelle , à peine effacées par l'occupation des Romains ; car nous trouvons
(1) Les Ambactes étaient plébéiens, et les plébéiens étaient, dit César, per^ servorum loco. Ils devaient donc être pris dans les terres du chef, parmi les colons, comme les sefgneurs du moyen-âge choisissaient des hommes d'armes parmi leurs serfs.
(2) Au temps de Tibère, Julius Florus soulève les Trévires; ses troupes étaient en grande partie composées de clients et &obœraU : Vulgus obœralorum aut clienlinm armacepU, dit Tacite. Ann,f lib. m, c. 42.
encore des traces de Texislence de ces institutions avaient persisté longtemps après la conquête, au m dans les campagnes.