‹ Histoire du droit dans les Pyrénées (comté de Bigorre)Chapitre 13 sur 142 · LES CA60T · texte numérisé non relu

LES CA60T

Entre le serf et Tbomme libre, entre celui qui se trouvait dans un triste état de sujétion et celui qui jouissait de sa liberté, il existait dans nos contrées une race qu'on a classée parmi les races maudites, celle des cagots. Ce n'est pas le Heu d'ajouter ici une hypothèse de plus à toutes celles qui ont été faites sur l'origine si controversée de ces tribus nomades qui se répandirent au loin, sans jamais se mêler aux populations indigènes. Nous ne nous occupons ici que de l'état des personnes. Or les cagots étaient dans une position trèssingulière : ils étaient plus couverts d'ignominies que les serfs ceysaux et questaux; ils jouissaient de plus de privilèges, sous certains rapports, que les nobles.

Ainsi, d'un côté, ils étaient, en quelque sorte, séquestrés de la société, qui les repoussait avec dédain. Ils ne pouvaient s'unir par mariage ou autrement à des personnes étrangères à leur race, sous peine de mort^ Ils ne pouvaient se promener sans faire sonner des cliquettes pour avertir de leur approche. 11 leur était défendu de porter des armes; il leur était ordonné d'avoir sur eux une marque distinctive, ignoble, une patte de canard. Même en 16&0, un arrêt du 10 décembre leur défend de porter bottes, manteau, épée, t( ni autrement s'habiller «qu'ainsi qu'il convient à leur position, n La justice, lorsqu'elle permettait de se purger d'un crime par le serment des conjuratpurs, exigeait trente cagots, tandis que sept personnes des

' Arcli^o.-* dv l'ail.

autres classes suflisaienl. L'Eglise enfin, qui s'ouvre également pour tous les enfants du même Dieu, avait une porte, un bénitier, une enceinte à part pour tes cagots. Jl ne leur était point permis, soit dans les temples, soit dans les processions, de se mêler au reste des fidèles ^

D'un autre côté, tandis que le noble était assujetti à des hommages et à des redevances, les cagots ne devaient rien à personne. L'ancien for de Béarn leur donne le nom de c/ire»ixoM (chrétiens), terme qui, dans des temps de foi, ne pouvait être un terme de mépris. S'il a fallu dans le dernier siècle de nombreux arrêts pour contraindre les simples artisans à les admettre parmi eux, ils avaient le monopole de certaines professions. Les plus beaux châteaux construits ou réparés par Gaston Phébus, comme le château de Pau et la tour de Montanes, furent l'œuvre de cagots, ainsi que le constatent les traités passés avec eux. Enfin ils étaient dispensés du payement de la taille et de toute sorte de devoirs et de servitudes.

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