‹ Histoire du droit dans les Pyrénées (comté de Bigorre)Chapitre 17 sur 142 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

U Femnie. — Coiidilion rivile et politique de la femme au moyen âg«>

dans les Pyrénées.

L*Académie des sciences morales et politiques a couronné, il y a quelques années, un beau travail de M. E. Labouiaye sur la condition civile et politique des femmes. M. Mignet fit ressortir, avec Tautoritë qui s'attache à sa parole, l'importance des recherches relatives aui successions féminines dans le moyen Age et au caractère civil et politique que ces successions ont tour à tour présenté dans les diverses législations.

C'est une remarque de M. Michelet que les anciennes coutumes sont en général peu favorables à la femme. Si c'est là une règle, les coutumes des Pyrénées y font de curieuses exceptions. Elles traitent la fille aussi bien et quelquefois mieux que le fils de famille. Nous sonunes forcé de répandre dans le cours du livre ce que nous avons recueilli de singulier sur la capacité civile de la femme dans nos contrées. Nous aurons souvent occasion de faire ressortir les avantages et les préférences qui lui étaient accordées dans la famille de son père, et surtout lorsque, héritière, elle recevait chez elle son mari. Nous démontrerons aussi que les fors les plus anciens étaient, dans les Pyrénées, les plus disposés à étendre les droits des femmes, et que ces droits ont plus tard été restreints, lorsque la législation du pays a subi l'influence de la législation générale de la France.

Après avoir essayé de définir la capacité politique des di-

verses classes de personnes en Bigorre, il nous a paru utile de rechercher quelle était la capacité politique de la femme.

Personne n'ignore que dans Tantiquité les femmes étaient sévèrement exclues de la vie publique. Si dans le plus beau siècle de la Grèce et dans la plus brillante de ses républiques les femmes acquirent un moment une importance 'considérable, ce ne fut que par une exception passagère et au détriment des vertus de leur sexe. Et cependant la femme semblait plus près que Thomme de la Divinité; sous les titres divers de stbylk, pythonisse, vesUih, elle était l'intermédiaire obligé entre ie ciel et la terre. Les Germains, les Gaulois, l'entouraient d'une vénération toute particulière. Ils allaient chercher auprès d'elle le courage de vaincre et de mourir pour la patrie. Le nom de Velléda rappelle toute la puissance de leur héroïque ascendant.

Le vieux for de Bigorre accorde aux femmes le droit d'asile qui était attribué aux choses sacrées. Le coupable qui se réfugiait auprès d'elles était en sûreté : il était affranchi de toute peine, et n'était tenu qu'à la réparation du dommage causé. L'article 9 est ainsi conçu : « Omni temporc pax « teneatur dominabus ... ita quod si quis ad dominam conte fugerit, restituto damno quod fecerit persona salvetur. ?)

En Aragon, si un homme se permettait d'en frapper un autre devant une femme noble, il était condamné à se rendre auprès d'elle ^ accompagné de douze hommes , de lui demander pardon et de lui baiser les pieds ^ Ce respect des dames, devant lesquelles on ne pouvait sans crime commettre un acte brutal, cette peine du baisemcnt des pieds, annoncent une remarquable courtoisie envers la femme dans les montagnes d'Aragon comme dans celles de Bigorre.

' For 'A , De injunin.

Le rang suprême participait jadis, jusqu'à un certain degré, au commerce avec les dieux; aussi les femmes, réputées incapables des plus humbles fonctions, étaient-elles appelées au trône sans que les récits des temps reculés signalent leur avènement comme une anomalie. Leurs noms figurent parmi ceux des plus illustres monarques dont l'histoire de l'antiquité nous ait conservé le souvenir. Est-ce la tradition inaperçue de ces idées qui a fait respecter jusqu'à notre temps la transmission de la couronne aux filles de rois? Faut-il rechercher dans les nécessités de la conquête et de la féodalité, qui la suivit de près, la règle exceptionnelle qui a fait exclure en France les femmes de la succession au trône ? Cette question prêterait peut-être à d'intéressants développements; mais ils ne sauraient trouver ici leur place. La loi salique ne fut pas admise dans les Pyrénées, et tous les fiefs du Midi furent des fiefs féminins. Le comté de Bigorre a souvent appartenu aux femmes. On peut citer, en 1080, Béatrix I**; en 11 38, Béalrix II; en 1187, Stéphanie; en 11 99 9 Pétronille, qui épousa successivement cinq maris et dont la succession fut longtemps disputée par quatre prétendants. Les reines de Navarre, les dames souveraines du Béarn, les Marguerite de Valois, les Catherine, les Jeanne d'Albret, sont trop connues dans l'histoire pour que nous ayons à rappeler la part qu'elles ont prise à l'administration de leurs Etats.

En Béarn, lorsque l'héritière de la vicomte était nubile, son mari était élu à la majorité des voix par le^ états du pays ^

Les dames nobles jouissaient de tous les droits de seigneurie. Le vieux for de Bigorre s'intéresse au sort de la femme dont le mari est mort à la guerre. Aucun procès ne doit lui être

* Voir nos recherches à ce sujet, Château de Pau, U* 6â, Hachelle.

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intenté jusqu'à ce qu'elle soit remariée ou que ses enfants soient en âge de porter les armes. Elle est enfin affranchie de Voêt ou service militaire.

La femme avait comme l'homme le droit de voisinage [jus dmtatUy Les chartes de nos vallées constatent que les voisines [béâtes) étaient convoquées aussi bien que les voisins [bésis) aux assemblées de la vésiau; elles y avaient voix délibérative et participaient h l'administration des affaires locales.

Dans un bail à fief, consenti par l'abbé de Saint-Savin, en 1 3 1 6 , nous voyons que les voisins et voisines de Gauterets [bégis etbésies de Cautaris) furent assemblés sous le porche de l'église pour savoir s'ils voulaient accepter de l'abbé un autre emplacement pour la ville et le bourg, moyennant certaines redevances féodales. «Les susdits voisins et voisines, «porte l'acte, ensemble et individuellement, présents et con- « sentant, n'étant ni trompés, ni séduits, ni entraînés par d'ar- «tificieuses promesses, ni violentés par la force, mais de leur «plein gré et volonté, en toute connaissance de cause, ont dé- «claré donner leur approbation unanime, bxgeptj Gailhardinb «DB FRicflou : tots, exceptai la dite Gailhardine del Frexo ^. r>

C'est ainsi que dans les montagnes de la Bigorre s'exerçait, dans sa plus large extension, le suffrage universel, et que la femme jouissait des droits qu'elle ne possède plus aujoui^ d'hui.

^ Carlulttire de 5aml-5iiom , f. A7.

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