‹ Histoire du droit dans les Pyrénées (comté de Bigorre)Chapitre 39 sur 142 · BÂTARDISE · texte numérisé non relu

BÂTARDISE

Si nous n'avons aucune particularité à citer sur la filiation légitime, nous entrerons dans quelques détails sur la condition des enfants naturels.

En Bigorre, comme dans le reste de la France, le seigneur féodal avait le droit de bâtardise, endroit, dit Laplace ' , en vertu

' Dictionnaire dêêjwfh, p. i 39.

c( duquel ie roi ou le seigneur haut justicier succède aux bâti tards qui décèdent sans testament et sans enfants légitimes. »

On sait avec quelle rigueur certaines coutumes traitaient les bâtards, qu'elles flétrissaient par les qualifications les plus outrageantes ijils de chienne, homines dégénères, couvée de

D'un autre côté , on s'élonne parfois de voir d'illustres personnages se parer comme d'un titre de leur qualité d'enfant naturel. Guillaume le Conquérant, devenu héritier de son père naturel, ne rougissait pas de se donner lui-même le surnom de Bâtard : «Ego Wilhelmus, cognomine Ba$tardus.7> Dunois, qui acquit pour prix de sa vaillance les honneurs réservés aux princes, joignait à tous ses titres celui de Bâtard d^ Orléans.

L'idée de bâtardise ne choquait pas dans la noblesse bigorraise et on l'acceptait dans les actes publics. Un dénombrement du 10 septembre iS&i^ est fait par «noble Johannol «de Castelbajac, bâtard, seigneur de. . . ?)

Dans une sentence arbitrale du 18 septembre 1^87, Jean Aula, juge mage de Bigorre, en présence de noble Odet de Castelbajac et de noble Assibat de Lavedan, lui^ura/t, condamne le procureur et le trésorier du comte à réparer la route corntaie (cami comtau).

La haute et puissante dame de Beaucens, fille du marquis du Lyon, vicomtesse de Lavedan, héritière des quatre vallées léguées par les d'Armagnac, unique rejeton de deux races glorieuses, choisit, pour continuer l'honneur de son blason, le cher et ami bâtard du connétable de Bourbon. Cette alliance, loin de nuire à l'éclat de sa maison , ne fit que lui donner plus de lustre , car le fils du bâtard en épousant la fille de René d'Anjou devint cousin du roi de France.

Dans un réquisitoire de M. de Mesplès au pariement de

' Archives do Pnii.

Navarre nous avons trouvé une citation curieuse. C'est celle du contrat de Jeannine d*Artiguelouvc , fille naturelle du roi Antoine, père de Henri IV, avec un seigneur de Navailles. Le roi donne en dot à la future la moitié de la terre d'Angaîs et d'autres biens, en la faisant renoncer expressément à ses droits à la couronne, le cas échéant.

11 était donc dans les idées du temps qu'à défaut de parents luâles et légitimes les enfants naturels du roi, même des filles, pourraient prétendre h la couronne de France.

Les fors de Bigorre ne parlent pas des enfants naturels de l'homme du peuple, mais plusieurs chartes accordent de grands privilèges aux enfants naturels du seigneur. Ainsi, un titre constate la défense faite aux consuls de connaître des excès qu'ils pourraient commettre. Une charte de 1997 et une sentence arbitrale du 9 mars 1 3 1 0 obligeaient les habitants de Beaucens, s'il advenait que le seigneur eût des bâtards, et qu'il voulût leur faire faire des études, à payer annuellement une rente de lâ deniers morlàas, un quartaut d'avoine, une charge de foin et de paille. Il fallut un arrêt du parlement de Toulouse du 1 1 mars 16a 3 pour faire cesser un pareil usage comme contraire aux bonnes mœurs et à la religion. Cet arrêt est rapporté par d'Olive dans les Questions notables ^

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