L'HOMMAGE
Le comte avait le droit d'exiger foi et hommage de ses vassaux, mais il s'engageait, en recevant leur serment de fidélité, à remplir des devoirs envers eux.
Cette promesse de fidélité du vassal envers le seigneur féodal se nommait r foi » et «c hommage v (^homagium, hùmmium, hofninatgium). Marca dit qu'il a remarqué dans les anciens titres de la Chambre de Paris trois sortes d'hommages : celui du vassal envers le seigneur, celui de fidélité envers son protecteur, celui de paix pour l'assurance réciproque des parties qui ont eu des guerres ou des procès.
Il y avait encore des hommages de dévotion. Ainsi le comte de Bigorro rendait hommage de sa terre et payait une redevance à Notre-Dame du Puy-en-Velay.
A son avènement à la couronne comtale , le seigneur convoquait ses vassaux dans son château féodal. Là , dans la grande salle, se réunissaient les barons et les gentilshommes, l'évéque et les abbés, les députés des bourgs, vallées et lieux. Le comte, levant la main droite, promettait et jurait, au nom de Dieu, sur les saints Évangiles, d'être fidèle aux Bigorrais, de rendre justice au pauvre comme au riche, sans acception de personne, de ne leur faire tort ni préjudice en leurs corps ni en leurs biens, et de les maintenir et garder en leurs fors et coutumes. Il faisait confirmer son serment par celui de quatre nobles, et fournissait quatre cautions, deux à la vallée du Lavedan et deux à celle de Baréges.
Les gentilshommes et députés, appelés ensuite à haute voix, tête nue, le genou à terre, sans armes, la main droite levée, prêtaient à leur tour hommage et serment de fidélité, nhomenadge et sacrament de fidelitat. t»
Toutes ces formules se ressemblent. Nous traduisons littéralement l'acte d'hommage prêté le 6 juin i&QO par messire Charles de Bourbon , vicomte de Lavedan , à la reine Catherine de Navarre, comtesse de Bigorre. r Ledit monseigneur, «étant a genou et tenant nos mains dans les siennes, sur le R livre de messe et le Te igkur et vraie croix dessus posée, a
(cfaii et prêté, tant pour lui que comme mari et procureur ((fondé de sa femme, hommage et serment de fidélité pour «la baronnie et seigneurie de Lavedan, reconnaissant la ^ tenir de nous en hommage , et il a juré tant pour lui que ce pour sa femme qu'il sera bon, fidèle et loyal sujet et vassal, «qu'il défendra notre vie et notre corps (wVo et menére), «notre juridiction, nos droits, autorité et prééminence; qu'il «nous évitera tous dommages, et nous donnera, quand on lui «en demandera, de bons conseils selon son savoir; qu'il ne «révélera aucun de nos secrets; que s'il apprend ou vient à « découvrir qu'il se trame quelque chose de préjudiciable , de «mauvais ou de honteux contre notre personne, nos biens «ou notre famille, il nous en informera, soit par lui-même, «soit par un de ses serviteurs, et qu'enfin il remplira tous « les autres devoirs accoutumés, t»
Le contrat passé entre le seigneur et le vassal était synallagmatique. Le vassal rendait hommage et le seigneur lui jurait d'être bon et loyal seigneur, et de le préserver de tout préjudice ou acte de violence, «e lo gardaram de tort et de force. »
A chaque mutation de seigneur, l'hommage devait être renouvelé. Le comte se transportait, pour le recevoir, tantôt dans un de ses châteaux, tantôt dans un lieu consacré par l'usage. Ainsi il recevait sous l'ormeau de Lourdes la redevance d'un épervier et l'hommage du vicomte d'Aster, qui eût été aussi près de Tarbes, résidence comtale, que de la ville de Lourdes.
La forme de l'hommage variait selon les lieux et les personnes. Dans notre Monographie de Sainl-Savin (p. 108), nous avons rapporté qu'une jeune fille, marchant en tête de la procession d'Argelès, allait à la rencontre de l'abbé de Saint-Savin et lui rendait hommage, en présence du chapitre, en lui offrant un baiser et une corbeille de fleurs.
Le baiser était un signe d'hommage. Dans un acte d'hom-
mage rendu au comte d'Armagnac, en i3i9S on lit : c^Et In ccaignum amoris inler ipsos osculum intervenit. t? Lorsque le vassal ne trouvait pas le seigneur dans son manoir, il était tenu de baiser le verrou de la porte. Les feudistes, à l'occasion de cette prescription inscrite dans la coutume de Berri ^^^ ont décidé que cette forme d'hommage devait être maintenue comme n'ayant rien de déshonnéte, «attendu que Prusias, roi ^de Bithynie, entrant au sénat romain, baisait le seuil de la « porte. »
Les archives de la préfecture de Tarbes conservent un registre notarié de la prise de possession des places monacales de l'abbaye de Larreule. Le religieux qui n'avait pas au-devant de son nom la particule nobiliaire, au commencement de l'acte, la recevait dès qu'il avait pris possession de sa charge par l'attouchement du verrou de la porte de l'église et le baisement de l'autel ^.
Ainsi que le mot hommage l'indique, le vassal devenait l'homme du seigneur. Une charte locale porte que Marquèze de Baréges est femme du comte, ^es femne deu comte. 79
Cet assujettissement personnel du vassal, qui devenait l'homme du seigneur, fut flétri de bonne heure par l'Eglise, toujours jalouse de défendre la dignité humaine. Les jurisconsultes, et notamment Dumoulin, se récrièrent avec énergie contre ce vestige de l'ancienne servitude.
Rien, en général, n'imprimait à la vassalité en Bigorre le caractère dégradant qu'elle put avoir en certains pays. Le comte prétait seiment le premier et consentait à ajouter des. garanties à sa parole. Ce qui est encore très-remarquable dans le for, c'est que, lorsque dans la plaine les nobles seuls étaient
' Glanage» y t. VI, p. a 8.
• Titre Ik»fief»i art. 3.
•' flitioire reUgieuge de la Bifjoire.
admis à prêter le serment de fidélité, tous les habitants des vallées y étaient indistinctement admis : «De vailibus vero tam «milites quam pedites accipere» (art. a). C'est que, comme le dit M. Béchard^, dans ces hautes montagnes, couvertes de vastes pâturages mélangés avec des prairies, Tair de la liberté était plus vif que dans les plaines.