L*08T OU SERVICE MILITAIRE
Le premier devoir du comte était de défendre ses sujets contre les invasions. Il avait le droit de faire la paix ou la guerre, et d'exiger Yosi et la cavalcade.
Vost ou host[ho8tis) était le service militaire dû au seigneur par ses vassaux et ses sujets. Dès que le comte avait publié son ban ou proclamation de guerre, chaque vassal était obligé de se rendre à cette convocation. Il arrivait accompagné de ses hommes d'armes, qui avaient chacun, outre les valets, deux cavaliers pour le servir, armés l'un d'une arbalète, l'autre d'un arc ou d'une hache. Autour des barons du pays se pressaient les simples gentilshommes. Duco (p> si) dit en parlant de Bernard de Laloubère, seigneur, en laGo, de la vallée d'Azun : «Plusieurs gentilshommes relevaient de lui, savoir : «les damoiseaux de Gaillagos, d'Arras, d'Ourout, d'Aysac, qui «étaient obligés de le suivre à la guerre.» En principe, ce droit d'ost et de cavalcade était réservé au comte seul. Dans le censier de Bigorre de 1^99 (fol. 1 15) le vicomte de Lavedan est reconnu seigneur de la vallée d'Azun , et cependant il est expliqué que les habitants doivent ost et cavalcade au comte s'ils sont convoqués par lui ou son député : «Far au «comte ost et cabalgade, si e quant son per lui mandatz ou « son députât. 7) Une exception à la règle était faite pour les
' Ih'oit municipal au moyen âge, t. II, p. 107.
ORGANISATION POLITIQUE ET JUDICIAIRE. Il
habitants de Sireix, village d'Azun; ils ne pouvaient être appelés que parie vicomte de Lavedan, seigneur de Beaucens, quoique le comte fût haut justicier dans ce village : rNo son citenguts sino au senhor de Beaucens ni son mandats sino per cclodit senhor, nonobstant que ladite senhorie e juridiclio haute cis'aperthia e expecta au comte.»
Ce pouvoir exorbitant de lever des troupes et dVrracher les paysans à leurs travaux pour les mener au combat reçut des bornes et fut assujetti à des règles qui variaient assez peu dans les diverses contrées pyrénéennes.
En général, le comte ne pouvait faire à son gré le choix des hommes; il ne pouvait en fixer le nombre; il ne pouvait prolonger la durée du service, ni dépasser certaines frontières. Le patriotisme de nos montagnards ne s'étendait guère au delà des limites de leur vallée.
Dans plusieurs chartes communales comme dans les privilèges de Lourdes (art. i&), le comte laisse à la discrétion des juges et des gardes de la ville , t( relinquitur arbitrio juccdicum et custodum villœ, » l'élection et la fixation du nombre d'hommes à désigner pour le service. L'article SA du for de Bigorre porte que celui qui aura reçu Tordre de se rendre à une expédition légitime est obligé d'obéir, et, s'il refuse, il est condamné à payer 65 sous au comte; il n'est passible que d'une amende de 5 sous si de son côté il combat l'ennemi. La durée et l'époque du service sont précisées d'avance et réglées par la loi de chaque localité. A Lourdes , principale forteresse du pays, le comte pouvait réclamer l'ost trois fois l'an, depuis la Toussaint jusqu'à Noël, depuis Noël jusqu'au premier jour de carême, et depuis Pâques jusqu'à la Saint-Jean. Chacun était tenu de faire provision de pain pour neuf jours; l'ordre de la marche était prévu et réglé. Le transport des bagages était à la charge du seigneur.
Daniel rapporte dans son Histoire de la milice française que les milices communales n'étaient astreintes au service militaire à leurs frais que jusqu'à une certaine distance de la ville. 11 y en avait même, comme celle de Rouen, qui n'étaient obligées de s'éloigner de leur domicile que d'une demijournée, de manière à pouvoir y rentrer le jour même. L'article 5 i de la coutume de Guiserix porte que nul habitant nq peut être forcé de suivre, avec armes ou sans armes, le seigneur ou ses troupes, hors de la vallée, pour cause de guerre, si ce n'est un jour seulement, de sorte qu'il puisse rentrer avant la nuit dans sa maison, à moins que de sa propre volonté il ne consente à aller plus loin.
Il est assez rare que l'ost ne fût dû que pour un jour. La durée ordinaire de la campagne était de neuf à dix jours. L'article 3/i des statuts des quatre vallées s'exprime ainsi : R Quand le seigneur de la terre ou ses officiers appelleront les (c hommes pour aller à la guerre en Aragon, ou ailleurs, ou ^pour une cause quelconque, il n'appellera qu'un homme de «chaque maison; et ils ne sont tenus de suivre le seigneur t^que jusqu'au port d'Aragon et au pas de Rebeil , jusqu'à Leste pinblanc et au port de Baréges du côté de Bigorre, pence dant neuf jours, à leurs propres dépens, et cela pour la dé- « fense de la vallée d'Aure. »
Une charte de 1 3 1 3 ^ rapporte une sentence arbitrale rendue par Ramon des Angles, prieur de Saint-Orens, où il est dit : ce Si le seigneur va en Bigorre et Lavedan, il doit être ce accompagné dix jours en armes ou sans armes; mais pour le ceBéarn, il doit rentrer au bout de huit jours. »
Lorsque le roi de France eut des armées régulières, les états de Bigorre furent chargés du réparùment des hommes
' Glanagei. t. VI, p. /ia.
ORiiANISATION POLITIQLK ET JUDICIAIRK. la
nécessaires. On lit dans un dénombrement du xvi' siècle, passé devant Salvat d'iharse, évéque de Tarbes, pour la réception des hommages et la reconnaissance des droits féodaux en la comté de Bigorre : ^Article i*'. Disent (les habitants de Bac^réges) qu'ils sont hommes naturels et sujets de Sa Majesté; ti qu'ils sont tenus de lui faire ost et cavalcade suivant le ré- «partiment fait par les états du pays de ladite comté.»
Les états réclamèrent toujours la conservation de ce privilège. Par arrêt du 8 février 1692, le roi défendit h tous capitaines et autres de prendre par force les gens pour aller servir, et enjoignit aux consuls d'y tenir la main. Le maréchal de Montrevel rendit dans ce sens une ordonnance qui resta déposée au coffre de Luz.