CA8AL
Il existait dans nos plaines couvertes de vastes landes, sur nos montagnes envahies par de profondes forêts, des solitudes immenses, qui furent lentement et diQicilcment repeuplées après les désastres des invasions. La Bigorre regretta souvent d'être sur les frontières de rEspa^jne.
Le seigneur d'un village, l'abbé d'un couvent, cherchaient h attirer les populations autour du château ou du monastère. Ils faisaient des concessions aux nouveaux arrivants; ils leur accordaient des droits étendus sur les bois qu'ils ne pouvaient exploiter et sur les terres qu'ils ne pouvaient cultiver en entier. La condition ordinaire de la cession d'un terrain était d'y bâtir un casai : ctTali conditione ut ibi casalem construeret et coope- «riret^. »
Les acquéreurs du casai étaient assujettis à des redevances modiques : c'était souvent le tribut de 1 5 deniers, d'une poule et d'un agneau pascal. Les métairies concédées étaient quelquefois données à moitié fruits.
Que doit-on entendre par le mot casai, fréquemment employé dans les chartes de Bigorre et si répandu dans le pays, que les noms de plusieurs familles tirent de là leur étymologie, comme Cazalet, Casalis, Casaux, Casaubon, etc. Casai (^casale)^ d'après Du Gange, signifie un lieu vacant oii l'on peut bâtir :
' Baluze, l. I, p. /i83.
- Oirtulaire dp Sfiint-Snvin.
rIocus vacuns iibi casse œdificari possunt *. ") Casalaria, ctisalia, signifiaient aussi un emplacement convenable pour élever des maisons : cclocus casis œdificandis idoneus. t) M. Beugnot^ définit ce mot : ferme, métairie, village. « Un fief, dit ce savant dis- «tingué, se composait d*un ou de plusieurs casaux. Les Latins adonnaient le nom de casaux à des terres cultivées, n des « fermes, ou à des villages habités par des Syriens ou des <c Arabes; mais comme l'emploi leur en paraissait dans ce cas '^pcu exact, ils ont souvent le soin de prévenir que cette locu- ((lion n'est applicable que par extension aux établissements «de la Syrie*.»
Les coutumes de Fezensac expliquent casalia par terras par^ ùculares. En Armagnac le mot casau, quand il s'agit de mesure (le fonds, s'entend de l'étendue de terre dans laquelle on peut semer quatre mesures ou un sac de blé. Casai en Bigorre était souvent pris dans le sens de métairie : ctCasale quod habebant ff in villa de Arras cum terris et vineis et arboribus, et omnibus
«fsibi pertinentiis Ut ipsum cas:ilem semper tenerent et
R terras et vineas laborarent et medietatem fructuum earum «Sancto Savino fideliler tenerent \ 9
Le propriétaire d'un casai était soumis à des devoirs qui variaient selon les lieux; une charte de 1916^ rapporte le don fait à Saint-Pé par Raymond de Goarraze d'un casai qui devait 9 sous par an : « qui casalis facit pro censu duos solidos ^ annuatim in festo Omnium Santtorum. »
Enfin il est fait mention, mais c'est rare, de casaux affranchis et devenus libres. Gaston, fils de Cenlulle, comte de Bi-
' Gloê$aire, édit. 1 86a , p. a 1 1 .
* Auite* de JéiniêoUm, in-folio, t. III, p. 56 a.
' Voir Guillaume de Tyr, 1. XX, c. xx; — Atiises de Jérmalem, l. I, p. a 18.
* Charle de i 1 58. ( Cariulaire de SaintSavin , p. 38. )
* Cffrftf^trf df Saint'Pé^ p. 899.
gorre, donne, en 1090, à Saint-Pé, un casai qu'il avait reçu libre d'Amita surnommée la Reine : t( quemdani casalem a quace dam Aniita qus regtna vocabatur liberum in eodem castello «accipiens^»
CAPCA8AL.
On a beaucoup écrit à Dax, deiSaSàiSaS, sur les capcasaux, mais nous trouvons très-peu de chose dans les six vo* lûmes publiés sur ce sujet par MM. de Borda, Ramonborde et Bourgoing.
On a longuement disserté sur Tétymologie du mot capca$tiL M. de Borda prétend que ce mot dérive de cap, c^téte, chef, c( principal, t» et de caiau, «(jardin. » 11 soutient que les Romains, de qui nous tenons nos lois, nos mœurs, nos usages et surtout notre culture , donnaient à leurs métairies le simple nom de jardin, et qu'à leur exemple nous avons donné ce même nom aux nôtres. Pour prouver que le mot hortus signifiait c( héritage, » il invoque plusieurs auteurs, Virgile , Varron , et Pline, qui dit que, dans la loi des Douze Tables, on ne trouve pas le mot villa, mais le mot hortus pour signifier héritage : «In ctxu tabulis legum nostrarum nusqjuam nominatur villa, semc(pcr significatione ea hortus; in horto vere hœrcdium.9»
M. Ramonborde se récrie vivement contre l'extension donnée à la signification du mot casau, qui veut dire c^jardin?) et non c( héritage. 7) 11 trouve Tétymologie de capcasal dans cap, ((principal,» et case, («maison. t)
Selon nous, le mot casai vient plutôt de casa y ((maison,?^ que de hortus, «jardin. »
(^est h tort, en effet, qu'on a confondu le casai avec le mot
' CartuUiire de Sainl-Pé, p. 375.
béarnais casaû, t^jardîn. v II est souvent question, dans le texte de certaines coutumes, comme celle de Soûle, de bétcs casalières, c'est-à-dire d'animaux domestiques qu'on ne nourrit pas dans les jardins. Dans les vieux titres le mot casai n'est jamais pris dans le sens de casaû, t jardin. " Enfin l'origine du mot caml ne doit pas être recherchée dans l'idiome béarnais, puisqu'on le retrouve jusque dans les Assises de Jérusalem. Capcasal vient évidemment de cap et casai, «casai principal. 99 Les capcasaux passaient pour les maisons les plus anciennes de chaque paroisse. On lit dans la collection de Denizart : ^Capcasau, '^niot usité dans les diocèses de Dax, d'Aire, et vraiscmblarblenient dans d'autres lieux de la Gascogne, pour distinguer ries maisons anciennes et, s'il est permis de parler ainsi, les T maisons primitives de chaque paroisse. Le mot capcasal, cap^ ftcasau, ou, comme on le prononce, capcasaou, dérive de deux R mots : tf^ji^-premier, principal, et casaou, demeure ou habitait (ion [casa ; et lorsque, par la suite, les propriétaires des capn casaux ont voulu diviser quelque capcasal trop étendu pour rJe travail d'une seule famille et en donner la culture à deux n familles, ils ont bâti dans l'enclos du capc;isal une maison, •«en y ajoutant une certaine portion de fonds cuUivé, et cette «nouvelle maison est nommée ahiton.n L'ahiton« «petit lieu,» ajout, est donc un dénombrement du capcasal, avec lequel néanmoins il ne forme qu'un seul et même objet pour les im* positions royales, pour la dime, pour le droit sur les communaux et pour les assemblées capitulaires de la communauté.
Certains propriétaires ont encore défriché des communaux de landes, plus à portée de leurs capcasaux, par achat ou concession des communautés, ou en vertu d'autres titres légitimes. Ils ont formé des enclos et bâti des maisons , et ces nouvelles maisons ainsi que les terrains défrichés qui en dépendent sont appelés novelins ou capcasaux novelins. Le droit de
capcasai était un droit réel; l'article t8*dcs statuts de Saint* Vincent-de-Xaintes autorise tout habitant à vendre son droit de capcasai à un étranger, mais après Favoir offert à ses consorts, qui avaient la préférence. La règle ancienne excluait toute personne étrangère à la paroisse de la jouissance du droit de capcasai. Ce droit conférait certains privilèges, notamment celui d'obtenir une charretée de bois de chauffage pour chaque noce, chaque baptême, ou pour une longue maladie.
Il existait en Bigorre des capcasaux. D'après un ancien manuscrit, on entendait par capctual ou capcoMU une étendue de terrain que le seigneur accordait à son emphytéote pour y bâtir sa maison , à la charge de certaines redevances en argent, en grain et en volaille.
ce II y a, dit Larcher, une autre sorte de capcasai, c'est la tcdtme que le curé primitif se réserve, par espèce de précite put, sur le terrain primitivement concédé au vicaire perpé- «tuel, et, lorsque celui-ci ne peut pas vivre avec la quarte, il « choisit le fonds d'un particulier; c'est ce qu'on appelle excusât, yr
La loi du â5 août 1793, abolitive des droits féodaux, mentionne expressément dans son article 5 les capcasaux.