‹ Histoire du droit dans les Pyrénées (comté de Bigorre)Chapitre 60 sur 142 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

I. (iazaiUe, \m\ à cheplel. 11. Du iiantissonitMil. - III. Dos liypttllièffiif's.

a Ai AILLE, BAIL À CHEPTEL.

«La gazaille, dilNoguès, est un traité de société qui se con- "tracte entre deux personnes dont l'une donne pour un certain '<' temps à l'autre un certain nombre de bestiaux pour en avoir Tsoin, les nourrir et héberger en bon père de famille, et les <T rendre au bailleur à la (in de la société, à la charge et con- «dition que le crott d'iceux ou le produit en provenant soit « partagé par égales portions entre le preneur et le bailleur, rf (/est ainsi que cela se pratiquait dans le pays de Lavedan. Dans la vallée de Baréges, le bailleur fournissait tous les bestiaux composant la gazaille, et cependant, à la fin de la société, il ne lui était pas tenu compte des bestiaux qui avaient péri de mort naturelle ou par cas fortuit : les animaux existants étaient partagés par moitié.

L'article ai de la coutume porte : (cEn gazaille de bétail, «quel qu'il soit, on est obligé, en cas de perle, de rapporter la te moitié de la chair et de représenter la peau au gazaillant. t?

Cette disposition n'était pas rigoureusement observée. Elle était souvent d'une exécution impossible. Dans un pays de hautes montagnes, les bétes roulaient quelquefois dans des précipices, d'où il eût été difficile et dangereux de les retirer; quelquefois aussi elles étaient dévorées en entier par des animaux féroces.

DU NÂNTISSBHBNT.

Le contrat de gage se retrouve chez les peuples les plus anciens, notamment chez les Hébreux. Les créanciers se faisaient donner comme garantie de payement des valeurs mobilières et immobilières. On sait ce que les Romains entendaient par le pigntAs, qui ne conférait aux créanciers que la possession et non la propriété delà chose remise comme sûreté de la créance. Les contrats de nantissement et d'hypothèque passèrent dans la législation gauloise tels qu'ils étaient dans la législation romaine. Au moyen âge, le gage était plus apprécié que l'hypothèque«

L'argent était rare en Bigorre. Les redevances féodales ne se payaient guère qu'en nature. Les amendes , en matière criminelle, devaient être acquittées en argent; mais le débiteur qui, malgré l'étendue de ses biens, ne trouvait pas de fonds è emprunter, donnait souvent en nantissement un im* meuble jusqu'à payement final. Une charte de Saint-Pé nous apprend que Ramond, fils de Garcie de Gassou, tua un garçon cordonnier de l'abbé Guillaume; le père du meurtrier ne put point payer les 90 sous d'or qui étaient dus à l'abbaye pour l'homicide; il abandonna h Saint-Pierre la moitié de l'église de Barlest pour en jouir à perpétuité jusqu'à ce que quelqu'un de sa race pût acquitter les 90 sous.

Le nantissement immobilier était un moyen d'agrandir encore les vastes domaines des seigneurs et des abbés surtout. Le monastère avait souvent un trésor plus considérable que celui du château. Plus d'un chevalier des Pyrénées , partant gour les croisades , donna en gage à l'abbé du couvent voisin une partie de ses terres pour avoir de l'argent. On lit dans le rarlulaire do Saint-Savin qu'un seigneur de,nos montagnes,

partant pour Jérusalem» ctabiens in Hierusalem,» donnait ses biend en gage pour une somme de loo sous. Des générations s'écoulaient quelquefois avant que la chose engagée pût être retirée. Le préteur, qui avait utilisé l'immeuble, n'était pas toujours pressé de le rendre. C'était une abondante source de procès.

Ces contrats étaient d'un si fréquent usage en Bigorre que, dans les moments d'extrême pénurie, on n'hésitait pas à engager une terre vicomtale et même le domaine du comte. La comtesse Pétronille dans son testament déclare que, depuis trois ans, elle a donné le comté de Bigorre à Simon, comte de Leicester, à la condition qu'il lui fournirait une somme considérable; i5,5oo sous morlàas lui restaient dus; ellesuppUe le comte, au nom de Jésus-Christ, de vouloir remettre cette somme à ses exécuteurs testamentaires afin qu'ils l'emploient selon ses dernières dispositions.

Quelquefois le prêteur voulait retenir le gage; quelquefois aussi il était pressé de le faire vendre pour en avoir le prix ; il était obligé en ce cas de se conformer à des règles de procédure dont nous aurons à parler ailleurs.

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