‹ Histoire du droit dans les Pyrénées (comté de Bigorre)Chapitre 63 sur 142 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

I. Jugement. Lieu où il était rendu. — II. Forme de la sentence. — Hl. Appd.

JDGEMENT. LIBD ot IL ^TAIT RBlfDU.

Dans les temps reculés, c'est aux portes des villes et des temples que les pauvres venaient déposer leurs plaintes aux pieds du juge. Quelques passages de TEcriture nous apprennent que cela se pratiquait ainsi chez les Juifs. Nos rois tenaient jadis les plaids de la porte, c'est-à-dire qu'assis sur le seuil de leur palais, ils rendaient la justice par eux-mêmes ou par leurs couseiUers. ^

Chez les Germains et chez nos montagnards, les forêts étaient l'objet d'un respect religieux. On trouve encore dans nos vallées de nombreux autels votifs dédiés au c(dieu hélre" (Jago <2eo), au dieu nx arbres, etc. L'ombre d'un arbre séculaire servit longtemps de temple aux juges du peuple. En Guyenne, le lieu où siégeait la justice conserva le nom Rd'om- «brière," umhraculum. Les chartes du moyen âge font souvent mention de jugements rendus sous le grand sapin, sous le noyer, sous le hêtre, sous le chêne, et surtout sous l'orme. A Paris, les redevances s'acquittaient sous l'orme de Saint- Gervais. On connaît le vieux proverbe : AUendez-moi sous /Wme.Un orme antique s'élevait ordinairement devant l'église, presque toujours voisine du château. C'est là que le seigneur traitait avec les vassaux; c'est là que les. habitants du lieu venaient régler leurs affaires. Plusieurs titres portent qu'ils

ont été signéi» 9tJ> ulmo, (c sous i'orinc. n L'arbre de la iibeNé na été qu'une réminiscence, une imitation de l'orme féodal. C'est sous l'orme de Lourdes que le comte de Bigorre venait recevoir l'hommage du vicomte d'Asté, qui lui devait un épervier.

Qui n'aime à se souvenir de saint Louis et à écouter ces paroles, si souvent répétées, de Joinville : (c Maintes fois avint f^ qu'en esté il alloit seoir au bois de Vincennes, après sa rx messe, et s'accostoioit à un chesne, et nous faisoit seoir au- 'c tour de li, et tous ceulx qui avoient affaire venoient à li sans « destourbir d'huissier ni d'antre, jf Nos juges dans les Pyrénées conservèrent longtemps l'usage de rendre leurs décisions au pied d'un arbre; aussi , pendant tout le moyen âge, la petite cour de Licfaarre porta le nom de cour du noyer, «cort deu fT noguer de Licharre , ?) et celle d'Ëscurés le nom de eofir des chinei, f(Cort deus cassous,» parce qu'à Licharre les juges siégeaient sous un noyer et à Escurés sous un chêne.

Lorsque le comte avait à prononcer lui*ménie sur une grave contestation, il faisait appeler les parties et réunissait les juges dans un de ses châteaux. C'est au château de Lourdes que se rassembla la tour chargée de l'affaire relative au chevalier de Bartrès.

A Bagnères, les audiences se tenaient sous le porche de l'église Saint-Vincent : c^ Con los borgès de Banheras fosscn « en lo porche de la glcysa de Sen Vincens ^ 7> Les abbés tenaient leur cour dans le cloître; les juges populaires sur la place publique : «Judices debent judicare illos. . . in uiedio loco « burgi ^,7> — « In podio Argeleriis , v porte une sentence rendue à Argelès* t^En la place commune devant la maison du Coq," dit un titre de Saint-Savin que nous avons cité.

* Titre de 1 986.

* PrivUtgêê de IjOurdFn,

250 HlSTOinE DL DROIT DANS LES PYRENEES.

(]o ne fut que très-lard qu'on s'occupa, en Bigorre, à loger convenablement la justice. On ne songea pas à lui bâtir des palais , et rien de plus dénué de toute apparence d'ornement que les édifices modestes oii siégeaient les magistrats de nos montagnes.

Sous le règne de Catherine de Navarre, comtesse de Bigorre, les juges de Vie se plaignirent d'être obligés de tenir leur audience sur un simple établi, en pleine rue, dans un lieu peu décent : (^Sus u taulé en la carrera, en loc inho- «nest^7î

La reine, considérant qu'elle possède dans la ville on lieu appelé tria salle et la place du comte,» qui demeure vacant sans utilité pour elle , et ne lui servant à rien , permet d'y construire un petit bâtiment, ce de far augun petit bâtiment,'' en forme d'auvent, ^ manière de enban , n ou autrement, comme il paraîtra plus convenable, pour servir à la cour, aux actes et faits de justice, «per tenir ladite cort et entender aux actes et «feyts de justice.»

C'était peu , et cependant tous les magistrats du pays n'en recevaient pas autant de la faveur du roi.

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