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PROCESSIONS

L'origine des processions remonte à Constantin. Ces cérémonies religieuses étaient très-multipliées et très-honorées dans les vallées de Bigorre. C'était une obligation d'y assister, et les défaillants, selon l'expression des coutumes, étaient condamnés à diverses peines.

Ces processions étaient fondées ordinairement pour honorer la mémoire d'un saint, bienfaiteur du pays; pour implorer je ciel dans des calamités publiques; pour remercier Dieu

' Registre B, p. 76.

d'avoir ëcartë un flëau; pour célébrer Tanniversaire d'un grand événement.

Saint Ezelin, évéque de Sutn, avait succombé, en revenant d'Espagne, près de Larreule, dans la plaine de Bigorre. Aujourd'hui encore une procession, qui attire sans cesse un grand concours, se rend chaque année dans les lieux où expira, il y a tant de siècles, un saint apôtre de la foi. J'ai raconté, dans les Pilennages des Pyrinhi (p. 196), l'origine de la procession annuelle qui avait lieu, le 9 août, de Bagnères à Médous, en conunémoration de la cessation de la peste. A Lourdes une procession avait été instituée le 9 & mai , en mémoire d'un affreux tremblement de terre survenu en 1750. A Tarbes, une procession solennelle a toujours lieu, chaque année, en l'honneur de saint Lizier et de saint Missolin, qui, suivant une antique tradition, avaient sauvé la cilé de Bigorre de l'invasion des barbares. 11 serait trop long d'énumérer toutes les processions instituées dans des chapelles de dévotion, ou commémoratives de faits historiques.

L'absence non motivée à une de ces cérémonies publiques était souvent punie comme un vrai délit. Les statuts de Luz obligent les maîtres et maîtresses de maison d'assister à la procession de la Saint-Clément, sous peine, pour les défaillants sans cause légitime, de payer une demi-livre de cire et un quart de vin. Il leur était de plus imposé, comme pénitence, de dire cinq Pater et sept Ave, «afin que monsieur saint Clément K voulût intercéder pour eux dans toutes leurs nécessités, n La peine de ceux qui manquaient à la procession de la Saint- Piefre était d'une demi-livre de cire et de deux quarts de vin , (c qui sont quatre pots applicables à toute la communauté. »

Jadis certaines processions se nommaient Ukinieê ^ ; les sta-

' lÀtmÙ09; ce mot vient du grec hjah»^ «prier, supplier;» Ajtif , «prière, praffMioii.'^ (Lexique d* Alexandre.)

tuts de Luz obligeaient, les jours de litanies, tous les mattres et maîtresses de maison à suivre la procession, ce le mieux habillés « qu'il sera possible pour honorer Dieu et toute la cour céleste « du paradis. )9 Ceux qui avaient suivi exactement les offices étaient invités par les consuls à une réfection aux dépens de la vallée, ce jusqu'à la somme de 35 sous, ou plus si besoin est, te en pain, vin et fromage. 99

Les consuls qui ne s'acquittaient pas de ce devoir étaient forcés de donner chacun une livre de cire pour le luminaire «et deux quarts de vin pour le peuple. Tous ceux qui ne suivaient pas la procession jusqu'au bout subissaient la même peine et perdaient leurs droits à la réfection.

Certaines processions étaient trop nombreuses. Des règlements de Luz défendent à ceux qui accompagnent le saint sacrement d'entrer dans la maison des malades auxquels on portait le saint viatique, ee parce que, est-il dit, la foule a telttlement surchargé le poids des planchers vieux et caducs ce qu'ils ont été enfoncés, et les personnes exposées à être « blessées. »

Les registres du conseil de ville de Bagnères contiennent plusieurs délibérations sur les processions. Les plus récentes ne sont pas les moins curieuses. Le 1 o février 1 63/i , le conseil décida que les consuls exigeraient de l'archiprêtre et des prébendiers « de dire vêpres et faire la procession accoutumée tous te les vendredis, et leur annonceraient que, faute de ce faire, te on les y obligerait en justice ^t; Enfin, le 98 mai 1790, la commune de Bagnères adresse une pétition à l'évêque pour le prier d'ordonner à l'archiprêtre de faire les processions te suivant l'ancien usage ^. n

Le ce droit de procession n était un droit usurpé par les

' Registre XIII, p. 976.

> Registre V, p. 985.

simples seigneurs. Avant Tère féodale, comme aujourd'hui, l'honneur d'être reçu au seuil de l'église par le clergé, et d'être conduit processionneilement à une place préparée au chœur, était réservé aux souverains. Au moyen âge , des nobles revendiquèrent ce droit, qui donna lieu à plusieurs questions discutées par les feudistes ^

^ Voir Loiseao, Dtê Seigneuriêi , f . ii-xu.

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