CHAPITRE PREMIER
I. Origines des droits el usages fcodaui. — II. Redevances de dévotion. Chartemagne dans les Pyrénées. Médailles de Saint-Savin. Beurre de Saint>Bertrand. Dtner des cordeiiers. Tarif des legs pies. — III. Redevances biiarres. Beaudouin. Raoul. Le seigneur de Visquer. Le seigneur de Bordeu.
ORIGUftt DBS DROITS BT OSlOtt PBODADX.
Le législateur moderne a proscrit à jamais toas les droits et usages féodaux.
Parfois Thistorien , par un patriotisme mal entendu , a cherché à en abolir la mémoire en négligeant de constater les vestiges d'un système odieux. Si ces vieux usages, dans les derniers siècles, avaient dégénéré en déplorables abus, il ne faut pas oublier que souvent leur origine fut pure et légitime.
Recueillons les souvenirs déjà presque effacés de la législation féodale , curieux reflet des mœurs d'un passé qui n'est plus et ne peut plus revenir.
Nous ouvrons une route non frayée encore ; nous n'avons
ni la prétention d'avoir tout découvert, ni le désir de tout dire. Nous avons cité et nous citerons souvent le vicomte de Lavedan, dont le fier donjon, encore debout, appartient aujourd'hui à Son Excellence M. Achille Fould. Un heureux hasard nous a permis de consulter les archives des Lavedan, que l'on croyait perdues. C'est d'ailleurs au milieu de hautes montagnes, dans les lieux les moins accessibles à la civilisation , que la féodalité s'est le plus longtemps maintenue.
Comment mettre de l'ordre dans un chaos de droits et devoirs seigneuriaux qui avaient tantôt un caractère général, tantôt un caractère purement local , qui variaient d'un siècle au siècle suivant , d'un village au village voisin ?
Nous allons essayer de rechercher l'origine et la nature des droits féodaux; nous parlerons ensuite de ceux qui pesaient sur les terres, sur le commerce, sur les récoltes, sur les animaux, enfin de ceux qui frappaient la personne elle-même.
Quelle fut l'origine de ces droits? Le comte, pour prix de services rendus à la France, les barons et les nobles, pour prix de services rendus à la province , recevaient souvent des concessions considérables moyennant de minimes redevances. Les populations rurales, ^considérant, ainsi que cela est écrit ((dans une de nos chartes, que leurs ancêtres avaient été mal- ^ traités jadis par certaines gens, 79 se plaçaient sous la protection d'un baron assez puissant pour les défendre. Les serfs, pour obtenir leur émancipation, les paysans, pour obtenir quelque droit de dépaissance ou quelque terre à cultiver dans les forêts et les landes du seigneur, s'engageaient à payer à perpétuité une rente en argent ou un tribut en nature.
Souvent de riches seigneurs, en bâtissant des châteaux qui ont donné naissance à des villes, passaient un contrat avec des individus pauvres qui devenaient propriétaires sous certaines conditions. Nous pourrions en citer plusieurs exemples.
Le à avant les calendes du mois de mai de Tan 1 1270, Géraud d'Aure fit dresser des coutumes^ par de Hoo, notaire, et quatorze particuliers jurèrent sur les saints Evangiles, sous peine de 1 marc d'argent de la monnaie de Morlaas, d'être feu allumant dans le château de Lannemezan. Parmi les èonventions stipulées, indépendamment de concessions de terrain et de droits d'usage, Géraud permet à ces futurs habitants de marier leurs filles comme ils voudront et de promouvoir leurs fils à la cléricature sans lui en demander l'autorisation. De leur côté ils promettent de lui donner, ainsi qu'à ses successeurs, ce qui serait juste et raisonnable pour marier sa fille, «pro marine tanda, 99 pour le voyage en terre sainte, pour le cas où il serait fait prisonnier, pour le jour où il serait créé chevalier. Les conditions durent paraître avantageuses. De nombreux paysans vinrent successivement accepter les mêmes conventions et se fixer autour du château auquel la ville de Lannemezan doit son origine.
Plus tard, quand les invasions furent passées, le seigneur devint moins utile, mais, comme il était devenu plus puissant, il abusa de sa puissance. Le peuple oublia les services rendus à ses pères, et ne songea qu'aux charges qui pesaient sur lui : il se sentit opprimé, il murmura. Lorsqu'on eut besoin de son concours , il le marchanda. Il réclama des exemptions et des privilèges. Les concessions accordées à une commune rendirent jalouses les communes voisines. Les rigueurs de certains devoirs féodaux furent peut-être plus adoucies dans nos contrées qu'ailleurs, parce que nos montagnards avaient plus de fierté naturelle et d'indépendance dans le caractère.
' Archives de la préfecture de Tarbe». — Ghaaire, lettre L, p. 365.
REDEITANCBS DE Dl^VOTION. — CHàRLEIIAGNE DAR8 LES VYfÀniES. llioAULES
DE BAINT-SAYIN. BEURRE DE SAINT-BERTRAND. DÎNBR DES CORDBLIBRS.