‹ Histoire du droit privé de la République athénienneChapitre 26 sur 47 · NOTIONS GENERALES · texte numérisé non relu

NOTIONS GENERALES

Dans l'ancien droit attique, comme du reste, dans toutes les législations primitives, l'étude de l'esclavage se rattache intimement à celle de la famille ». Celle-ci, en effet, dans les idées des anciens, telles qu'Aristote nous les expose 2, a pour base non seulement l'union de l'homme et de la femme, union naturelle et nécessaire puisqu'ils ne peuvent exister l'un sans l'autre, mais aussi l'union, non moins naturelle, du maître et des esclaves, c'est-à-dire de l'intelligence et de la force. La famille, pour être complète, doit ainsi comprendre

(i) Cf. sur l'esclavage dans l'ancienne Grèce, outre les ouvrages cités ciaprès : Reitemeier, Geschichte und Zustand der Sklaverei und Leibeigenschaft in Griechenlnnd, Berlin, 1789; Saint-John, The Hellènes, t. III, p. i-3-, ; Desjardins, L'esclainige i/nns l'antiquité, Caen, 1857; Bippart, Die Sklaverei, bei den Griechen., in Prutz deutsch. Mus., 1851, t. I, p. 876 et s. ; Goell; Gnech. Privutaltellerth. p. 121 et s., et Kultarbilder aus Hellas und Rom, I, 284 et s. ; Ebeling, die Sklaverei von den aeltesten Zeiten bis auf die Gegenwart> Paderborn, 188g.

(2) Aiistote, Polit., liv. I, c. I.

des individus libres et des esclaves: o\%ia oi~éXtio- èx SoûXtov xaï IXsuGépwv l. L'administration de la famille repose, en conséquence, d'après le même auteur, sur trois pouvoirs, celui du mari sur sa femme, celui du père sur ses enfants et celui du maître sur ses esclaves 2. Aussi ces derniers sont-ils désignés, à l'époque d'Homère, par le mot olxVjsç, expression qui a été remplacée plus tard par celle d'oîxé-cai, et qui montre bien que les esclaves font partie de la maison, olv.iz >.

Cette manière de voir, qui considère l'esclavage comme une extension de la famille, se comprend parfaitement si l'on songe qu'à l'origine le maître et sa famille étaient constamment mêlés aux esclaves dans les travaux de la maison et des champs. Grâce à la communauté de travail et de vie domestique, l'esclave, initié à tous les événements de la vie intérieure, était associé à la famille comme une sorte de membre inférieur de celle-ci 4. Cette association n'existe pas seulement au point de vue matériel : elle existe également au point de vue religieux. Un curieux usage, qui subsista longtemps dans les maisons athéniennes, nous montre comment, à ces divers points de vue, l'esclave entrait en communion avec le reste de la famille. Quand le maître acquérait un nouvel esclave, on le faisait asseoir au foyer et la, par une sorte de cérémonie religieuse, la maîtresse de maison répandait sur la tète de l'esclave des noix et des figues sèches. Cette cérémonie, qui n'était point sans quelque analogie avec celle qu'on pratiquait pour la réception dans la famille de la nouvelle épouse ou d'un fils adoptif, signifiait que le nouvel arrivant, étranger la veille, serait désor-

(!) Ibul., liv. I, C. 2.

(2) Ibid., liv. I, c. 5.

(3) De même, ;> Rome, l'esclave portait le nom de fumiliaris, famalas.

(i) Celte cérémonie ne s'accomplissait vraisemblablement que pour les esclaves cmpln\ es directement ;iu service des maîtres et non pour ceux qui l'étaient dans des ateliers ou daus d'autres exploitations industrielles ou commerciales, niais elle n'en conserve pas moins toute sa signification.

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mais considéré comme un membre de la famille et en aurait la religion. Cet acte symbolique se nomme v.x-xyj^ij.x-y. '. « Mais, comme le dit Fustel de Coulanges, par cela même que le serviteur acquérait le culte et le droit de prier au loyer de son maître, il perdait la liberté. La religion était une chaîne qui le retenait. Il était attaché à la famille pour toute sa vie et même pour le temps qui suivait sa mort - ».

Dans le droit grec, de même que dans les autres législations de l'antiquité, il est impossible de connaître l'origine de l'esclavage et de saisir le moment où il est né. Si loin que nous reportent les documents que nous possédons, on le trouve établi. Il est vrai que, si l'on en croit Hérodote 3, l'institution de l'esclavage aurait été inconnue dans la Grèce primitive. Timée 4 dit également que les Grecs anciens ne se servaient pas d'esclaves achetés à prix d'argent 5. Mais il suffit de

(i) Lcxic.Seguer, (Bekker) 26g, 9 : y.a7a-/-j'7u.aTa s'oyâSî; -/.ai ipotvixeç -/.al jcâpva à)./ a TOtx-jTX èoojS'.u.» -/.até/sov ai ■/.■'jp:xi tûjv oV/.wv y.atâ t'. ïbo^ IttI rà; y.îja/à; tù)v aptt èwvr,ui-vwv ôVjXmv jrapa8ï)Xo0crai, ô~: eut yXvxIa xoù r,2Éa TipâyjxxTa z;.GZi:r~)/Jioi.<svt . Schol. Aristoph., Plutus, 768 : <rû*pcetTat 6k ta -/.aTay-j-TU-aTa àiù> çotviy.Mv. v.ou.-jfiM'j, TpwyjÀiajv, îa/âocov y.ai xap&av, arcep rçproxÇov o't arfvôouXou yjptw; 6î IXéyovTo, otî SoOXov rjyopaÇov" ë^lpov yàp a-JTÔv im xr,v éarfav xat xaOlÇovKÇ /.ara t?,; y.î^a/.f,; y.aTÉ/sov x&XXufiia. Cf. Aristophane, /oc. c«7. ; Pollux, III, 77; Harpocration et Suidas, v° ya-ra/^ij-iara ,' Démosthèae, /« Stephan., I, § 74; Schol. ad Hermog., /n Rket. gr. (éd. Walz) V, p. 529. Dans Eschyle (Agamemnon, v. 1035-1038) on voit également une mère de famille recevoir une nouvelle esclave et l'accueillir en ces termes : « Entre ici, puisque Jupiter veut que dans ma maison tu partages les ablutions d'eau lustrale avec mes autres esclaves auprès du foyer domestique. » Cf. Becker, Charïkles, TEL, p. 33 ; Hermann-Blûmner, p. 82; Gilbert, I, p. 189; Dareste, Plaid, ciu., t. If, p. 292, note 29.

(2) Fustel de Coulanges, Cité antique, liv. II, c. 5, et Nouvelles recherches, p. hl* — Cf. B. W. Lcist, p. 478 ; Ciccolli, p. g4.

(3) Hérodote, VI, 137, dit, en parlant de l'époque où les Tyrrhéniens ont construit les murs d'Athènes : o-j yàp eïvai toCtov tov ypdvov (rçtat ttw o\jùi ~.u7.n: aXXawn "Y.i't.r^: oiy.ÉTx;. Mais ce témoignage est contredit par un autre qui atteste l'existence d'esclaves au temps de Cécrops : Philochoros, in Macrob. Saturn., I, 10. Cf. Biïclisenschiitz, p. 105.

(4) Timée, fr. 67 (édit. Didot.)

(5) On pourrait en conclure, a contrario, que les Grecs avaient îles esclaves

parcourir les poèmes homériques pour se convaincre de la fausseté de ces assertions, car l'esclavage y apparaît déjà comme un fait ancien, consacré par la coutume et se perpétuant par les divers modes en usage chez tous les peuples de l'antiquité '.Ces assertions ne peuvent être inspirées que par les souvenirs de l'âge d'or, c'est-à-dire d'un temps où la terre produisait d'elle-même les moissons, sans que le travail humain fût nécessaire. S'il n'y avait point alors d'esclaves, c'est qu'on ne travaillait pas. Mais, dès que la loi du travail fut imposée à l'homme, l'esclavage dut apparaître en même temps que la propriété. Ce qui est vrai seulement, c'est qu'à l'époque héroïque, d'une part, l'esclavage occupe dans la société une place beaucoup moins grande que plus tard et, d'autre part, les hommes libres ne sont point encore séparés des esclaves par l'abîme qui s'est creusé ultérieurement.

Les sources de l'esclavage sont, à l'époque homérique, la guerre, la naissance, l'achat et le crime. La source principale, c'est la guerre, ainsi que le rappelle le nom général qui sert, à désigner les esclaves, c;x<^ 2. Le massacre des hommes, le pillage et l'incendie des maisons, la captivité des femmes et des enfants, telle était la coutume pratiquée lors de la prise d'une ville. L'esclavage n'était même point seulement la conséquence de la guerre, il en était souvent aussi la cause et, au temps d'Homère comme aux époques postéru- nres, on envahissait un pays et on en prenait les villes pour faire de:, captifs -K La piraterie concourait, du reste,

.|u*ils s.; procuraient par la guerre ou la piraterie, ou bien encore qu'ils avaient des esclaves «le naissance ou des esclaves par abandon volontaire de leur liberté. Cf. Bûchsenschûtz, p. io6j Fustel de Coulanges, Nouvelles recherrlies, p. 46, noir 1 .

(1) Fustel de Coulanges, loc. rit. t'A'. Richard, De servis apad Homerum, p. i4; Bûchsenschûtz, p. 105J Guiraud, p. 71 ; Wallon, t. I, p. 00; Hermann- Blûmner, p. 83.

(a) 1 >e 8(j ■/.'.). dompter.

I I) Wall. mi, I, p. 66, ''.7,

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