‹ Histoire du droit privé de la République athénienneChapitre 27 sur 47 · L ESCLAVAGE · texte numérisé non relu

L ESCLAVAGE

avec la guerre pour recruter les esclaves. Une autre source de l'esclavage, moins odieuse et aussi plus honorée, c'était la naissance, le maître ayant sur les enfants de ses esclaves le même droit que sur les parents. On pouvait, en troisième lieu, se procurer des esclaves au moyen d'un contrat d'achat semblable à celui dont nous parlerons à l'époque historique. Enfin l'esclavage était quelquefois volontairement subi en cas de meurtre et à titre d'expiation : on se vendait, comme pour dépouiller le vieil homme en perdant sa personnalité juridique, et les dieux eux-mêmes en donnèrent plusieurs exemples '.

La condition des esclaves se ressent, à l'époque homérique,de leur origine et de leurs occupations. Issus de familles ayant occupé une situation semblable à celle de leurs maîtres, quelquefois d'une famille royale, partageant avec leurs maîtres les charges de la vie intérieure et de la vie des champs, les esclaves avaient alors une situation assez douce relativement, et on ne trouve, dans les poésies homériques, aucune trace des traitements durs et méprisants dont plus tard les exemples se multiplient. Si, théoriquement, le maître a sur ses esclaves une autorité absolue et peut se faire justice par les coups ou même par la mort, en fait, cependant, les mœurs viennent corriger la rigueur du droit. Hésiode 2 recommande de traiter les esclaves avec bonté, et Homère 3 nous montre le vieux Laërte partageant presque en tout la condition de ses serviteurs. Les esclaves font, en quelque sorte, partie de la famille, ainsi que le prouve le cas d'Eumée qui, acheté des pirates, a été élevé par la femme de Laërte avec sa plus jeune fille. Ce qui devait d'ailleurs contribuer à adoucir la condition des esclaves par la confusion des rangs et le partage des fonc-

(i) Wallon, I, p. 6<j, 70.

(2) Hésiode, Op. et (lies, 605.

(3) Homère, ()</., XXIV, 22G.

lions domestiques, c'était leur petit nombre relatif. L'esclavage était encore, à cette époque, un objet de luxe, n'étant guère en usage, et encore dans des proportions assez modestes, que dans les maisons des grands; les propriétaires sans esclaves n'étaient même point rares « .

L'esclavage entraînait pour les femmes des conséquences spéciales : achetées ou captives, elles ne pouvaient refuser de partager la couche de leurs maîtres. Toutefois, ainsi que nous l'avons déjà observé 2, en en donnant la raison, les fils qu'elles donnent à leurs maîtres sont libres, comme leurs pères, et ceux-ci les traitent comme tels. On ne voit point, dans l'Iliade, Teucer, fils de Télamonet d'une captive, exposé aux injures dont l'accable plus tard Ménélas, dans Sophocle 5. Les héros d'Homère ne connaissaient donc point la loi d'après laquelle l'enfant suit la condition de sa mère.

Si, à l'époque homérique, on ne rencontre que peu d'esclaves relativement, le cadre de l'esclavage s'élargit considérablement pendant la période suivante. La cause en est d'abord clans les invasions et les conquêtes multiples qui firent des peuples vaincus autant de milliers de captifs. La cause en est aussi et surtout dans les modifications profondes qui se produisirent en matière économique. L'esclave n'était plus nécessaire seulement au service domestique et à la culture des champs; il devenait indispensable pour les nombreuses industries el pour le commerce qui se développaient chaque jour davantage. Ainsi, dans l'Ai tique, où il existait, eu moyenne, aux ve el rve siècles avant J.-C. 3o.ooo citoyens milles, la population servile comprenait,

(i) Hum ire, Od., w . 263 el s.

(2) Cf. Schiick, p. 5 el ^. ; Guiraud, p. 71 et s.; Schœmann-Galuski, t. J, (■. 18, 50 ; W allon, p. 70 el s.

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