V. supra, 1. I, p. 1 o'i el iga
i) Sophocle, Ajax, v. 118 el s.
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selon toute vaisemblance, au moins 3oo.000 tètes '. Celte extension de l'esclavage n'est point, du reste-, spéciale à Athènes, et l'institution se développa également dans les autres villes de la Grèce, et pour les mêmes causes.
Les besoins économiques qui répandirent et perpétuèrent l'esclavage chez lant de peuples barbares et même chez des nations modernes, s'imposèrent avec plus de force encore chez les Grecs, et spécialement chez les Athéniens, par l'iniluence des mœurs politiques. Le citoyen se devait tout entier au service de l'Etat; il y consacrait toute l'activité de son esprit par sa participation aux assemblées politiques ou judiciaires et toutes les forces de son corps par son service à l'armée. Or, pour qu'il en eût le loisir, il fallait l'asservissement de toute une classe de la population chargée de pourvoir aux besoins matériels des citoyens.
Ce qui contribua aussi à propager et à maintenir l'esclavage, c'est que cette institution non seulement fut acceptée comme un fait nécessaire par les esprits les plus éminents, maisencore trouva des défenseurs parmi les plus grands philosophes. Ainsi, pour Aristote, l'homme, qui est né sociable, n'est complet que dans l'association domestique, et cette association comprend trois êtres: l'homme qui commande la famille, la femme qui la perpétue, et l'esclave qui la sert. C'est la nature qui a donné à l'homme ce double et indispensable complément, la femme et l'esclave 2. Pour le philosophe, la relation de maître à esclave ne se trouve pas seulement dans la constitution de la famille, mais dans le fond même de l'homme considéré comme individu : c'est le
(i) On a beaucoup discuté sur le nombre des esclaves en Attique à l'époque que nous étudions. Nous adoptous ici les conclusions de Guiraud, p. 158-1^9, <|ui nous paraissent les plus plausibles, car il est difficile d'arriver aune certitude. V. sur cette question : Schuck, p. 11, raj Mùller-Busolt, 1. [V, r,p. 12 el 1945 Bceckh, t. 1, p. /,(, ; (Jilljeri. 1. 1, p. il S; Bùchsenschùtz, p. i38 e1 s.; Becker, Chariklès, t. 111, p. 20; Schœmann-Galuski, 1. 1, p. 307,398.
(2) Aristote, Polit., I, 1, §5: çûaei uiv o&v ôiciaiarat tô 'j>//.v xa\ -à SoO.ov.
rapport du corps à l'âme. L'esclave n'est qu'un corps, 7w;j.a, suivant l'expression souvent employée pour le désigner, un corps détaché du maître, comme pour lui ôter cette impression de la fatigue et de la douleur qui du corps se communique à l'âme, mais un corps tellement lié à sa nature qu'il n'a point de réalité propre hors de lui l. Suivant Aristote, l'esclavage non seulement est naturel, parce qu'il est conforme à l'organisation de la famille et à la constitution même de l'homme, mais encore est nécessaire au point de vue économique, parce qu'on ne trouve rien qui remplace l'esclave dans l'ordre des instruments animés: si la navette, dit-il, marchait toute seule, l'esclavage serait inutile, mais la mécanique, au temps d'Aristote, n'était pas ce qu'elle est aujourd'hui. D'autre part, l'esclavage n'est point, d'après ce philosophe, contraire à la nature, étant donné que les individus auxquels il s'applique, les barbares, sont des êtres inférieurs. Aristote reconnaît toutefois que cette raison ne justifie par l'esclavage né de la guerre et surtout de la guerre entre Grecs. Mais c'est une loi généralement reçue que le vaincu appartient au vainqueur par droit de conquête, et Aristote juge inutile d'examiner si cette loi est juste ou non 2.
Platon ne discute pas l'institution de l'esclavage; il s'abstient d'en réprouver comme d'en justifier le principe ; il l'accepte comme un fait nécessaire, admis partout, el se borne à donner aux maîtres quelques règles de conduite. S'il leur recommande de bien traiter les esclaves et de ne pas les irriter par une sévérité excessive, il conseille
(i) Cf. Aristote, Polit., J, :-, S 20.
(2) Ci', sur les opinions it'Aristote concernant l'esclavage : Buchsenschulz, p. 108 et s.; Becker, Chariclès, l. 111, p. .'î et s.; Schûck, p. 18; Wallon, I, l>. :\y> r\ s.; Dareste, Science du droit, p. 219 et s.; Schiller, die Lehre des Aristoteles von der Sklaverei, Erlangen, 1847; Uhde, Aristoteles quid senserit de tervis ri liberis hominibas, Berlin, 1856, et les autres auteurs cités par rlermann-Blumner, p. 8i, noie 3.
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également de ne leur parler que sur le ton du commandement et de ne pas hésiter à les corriger quand ils le méritent i.
Quelques voix bienveillantes s'élevaient bien de temps en temps pour réclamer, en faveur de l'esclave, les droits de l'humanité méconnue '2. Mais ces voix étaient sans écho ; ce qui dominait, dans l'esprit des théoriciens comme dans l'opinion de la foule, c'était un mépris systématique de l'esclave, et Xénophon lui-même, malgré toute son humanité, demandait à l'art de dresser les animaux des moyens applicables à l'esclave. Celui-ci n'est considéré que comme un outil, cpyavsv, comme une propriété, b ccuAc^ y-.f^.y. ■:: '* ; c'est même « la première des propriétés et la plus nécessaire » 4.
11 ne faut toutefois rien exagérer. L'esclave, chez les tirées, ne fut jamais regardé exclusivement comme une chose. On était obligé de reconnaître qu'il est un être humain et qu'il est de la même nature que les autres hommes : « Ils sont hommes, dit Aristote lui-même, et ont leur part de raison » 5. S'il est une propriété, c'est une propriété qui a une âme,-/.:?ip ti ej^u^ov, et, comme nous le verrons, cette considération n'a pas été sans exercer une influence notable sur la condition juridique des esclaves.
L'esclave, dans le droit grec, est généralement désigné sous le nom de Sojâoç, expression qui ne se rencontre pas dans Homère, et dont l'étymologie est d'ailleurs assez incertaine. 6 Lorsqu'on se réfère de préférence à la situation de l'esclave dans la famille du maître, on emploie l'expression
1 1) Platon, Letjes, VI, p. 77D. Cf. sur ce point de la philosophie de I'ialon : Wallon, I. p. 363 el s.
(2) Cf. Philémon, in Stohée, Floril., LXII, uS.
(3) Aristote, Polit., 1,2, p. 485.
fi) Aristote, Economiques, I, 5.
;,) Aristote, Polit., I, 5, § 3.
(G) L'Etymolog. magn. et l'Etymolog. Gud. la font dériver de Se», o3"j<o, ovt)j 00)0;. Cf. Biichscnscluitz, p. io4, note 1.
ôfxéTïjç. C'est dans le même sens que les Athéniens se servent quelquefois, pour désigner les esclaves, de l'expression r.xtieç, qui s'applique également aux mineurs en puissance paternelle. D'autres dénominations plus spéciales sont d'ailleurs usitées suivant les occupations diverses des esclaves, comme celles de ftepaîcovTeç, B'.âxcvc.j ùirrçpéTat, «/.ôacuOsi, £ïdtjj!,ov£ç, àfAç^oXoij TCpàrcçXot 2.
(i) Athénée, VI, p. 2G7 b, fait cette différence entre les deux termes : otaçépav Se (pr,(7( Xpûrrt7i7ro; Soû).ov oîxéto'J 8tà to to'j; txizzlvjftipovç uiv SoûXoy? ert etvat, olxÎTa; 6k toÙ; ;j.y] xr,; -/.TqGttaç àçeiuivouç. 6 yàp ocxiY/iç, <?r\ai, So-jXoî èv XTr,(7£'. zaTaTETxyuivo;. Cette différence s'explique par ce motif que l'affranchi demeure encore dans un certain état de dépendance vis-à-vis de son ancien maitre, mais sans faire désormais partie de sa maison.
(2) Cf. Pollux, III, 78; Athénée, VI, p. 2G7.— V. Buch?enschu(z, p. io4, note 1 ; Wallon, I, p. 470.