CHAPITRE XVm
Portrtit de Wellington. -~ Sa rie Mbre et régulière. — Son déslntéreseement. — Origine de sa fortune. — Sa oorreepondance tant officielle qu'intime. — Ses travanx parlementai reH; son éloquence ; Bea Idées sur le goaTemement. — Connaissance du cœur humain. — Aptitude remarquable BU travail. — Belatlonade Wellington avec m rabordoiuiéB. — Soa infinenoe mise à profit par le gouTemement anglais. — Homteurs que lui rendait la foule. — Ses nombreuses statues. -~ Place qu'occupait le duc dans les cérémonies publiques. — Anecdotes et fblts aalilanls. — Wellington , Napoléon et Uarlborough : analogies et différences qui existent entra le talent et le caractère de ces trois grands capitaines.
Wellington avait une santé robuste, un corps de fer. La nature l'avait formé pour la guerre. Sa taille était au-dessus de la moyenne (5 pieds 10 pouces). Il avait de .larges épaules, une poitrine développée, de longs bras, un poignet osseux et des mains bien faites. Ses yeux gris-clair étaient brillants et sa vue si perçante, que, même à la fin de sa vie, il pouvait voir de son château de Walmer, à Douvres, le phare de Calais. Il avait un regard pénétrant, le visage long, des traits caractéristiques, un nez aquilin, un front ouvert et développé. La partie inférieure de sa figure contrastait avec la partie supérieure, d'un cachet dur et sévère. L'expression géniale de sa
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pbysioDomie était enjouée, et l'ensemble de sa personne annonçait une origine patricienne (i).
Les habits militaires du duc étaient simples, propres, quelquefois même râpés (s). On le reconnaissait de loin à la forme particulière de son claque, très-peu élevé au>dessus du sommet de la tète.
En tenue de ville, il portait généralement une redingote bleue, un gilet blanc et une cravate de même couleur, attachée au moyen d'une la^e boucle en argent. Au milieu de l'hiver, surtout dans les dernières années, il se couvrait d'un petit manteau blanc d'une forme étrange.
Sa vie était simple, régulière, méthodique. Il conserva jusqu'à sa mort les habitudes sévères des camps. Bien des personnes ont pu voir, dans les châteaux de Walmer, d'ApsIey- House et de Stratbfield-Saye, le lit de repos de ce vieillard, le chef de l'aristocratie anglaise : c'était une couchette en fer, semblable à celles des soldats, ayant trois pieds de largeur, point de rideaux, un matelas et un oreiller en crin , recouverts de peau de chamois, et des couvertures de laine grossière.
A AValmer-Castle, où le duc résidait pendant les mois de septembre et d'octobre (3], il occupait une seule chambre. Son lit, sa bibliothèque, une grande table, trois chaises et de médiocres gravures en formaient tout l'ameublement. Sur la cheminée, se trouvaient, contraste bizarre, une statuette en ivoire de Napoléon, et une figurine en plâtre deJennyLind(i). Sur toutes les portes du château, on lisait en gros caractères cet avertissement laconique : shut the door {fermez ta porte)! Lorsqu'en 18M, la reine vint rendre visite à Wellington dans
(1) MXWILL, t. III, p. SU M Ul.
(I) Hotttofanballtrn.
(]} Il occupait ce cbltcm en m qtullld d« lord KirdEcn <M Cinq '<
(4) }rtlilnslmlana.
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ce château, elle fut atrèmement frappée de la grande simplicité qui y régnait.
Le duc se levait de grand matin, sortait avant 7 heures, déjeunait à 9, et dînait à 7 heures du soir. Il mangeait vite et peu, faisait rarement usage de vins ou de liqueurs, et ne buvait que de l'eau glacée. Après le dîner, il se retirait dans sa chambre, et quelquefois faisait une partie de whist. La lecture et l'obligation qu'il s'était imposée de répondre à toutes les lettres prenaient une grande partie de sa jouraée. Les livres préférés du duc, les seuls, AiUib, qu'il eût emportés avec lui dans l'Inde, étaient la Bible et les Commenlotres de Cêtar (i). Il aimait aussi la lecture des classiques, naguère on a vendu à Londres un Virale couvert de not«s écrites de sa main. Le comte Ellesmere affirme que le duc parlait dans les termes les plus élevés des ouvrages du prince Charles, et qu'il citait souvent ce prince comme le militaire le plus savant de notre époque.
Wellington assistait régulièrement aux offices et aux sermons de la chapelle de White-Halt (s); il faisait ensuite sa promenade au parc, ou se rendait à cheval , suivi d'un domestique, aux Horse-Guards.
Pendant la session, il se faisait conduire à 5 heures pré-
lO 'Tk!! tDlei«iUD(ricll<irned rram mf blikir MUemed Frleiul lord Uloj, who receltMlKMaUBdnkcttlinHir. ■— Ali«OK.
m tnDK dn mta, d*iu qnelqnei-UDU du Icltrti du duc, de> rémlnltcedee) da 11 llbtc. I<t«cWbr<lHO,parciciiiple,ll «crliaRl md gauTeronBeol: • Comme Dien toat-paluant
• rergwMmventMeDurMilcMHf Quf «fnipfrfi, OD la baulllet celui qui aaltnrt.MqueJ'il ■ UMi combat tu ptnrMtoirque iD£aMapr£ile*melllenreidltpMlUoiuMréiDllal D'ettiiai
• Uajoart certain, Je prie 1* loaTCniemcnt. etc., etc. ■
()) Le doc dUlt nUftetu intiul qa'on »ldal puIiM l'être, floot cllerciu comme ttfoMlpase de le» •eatlBoit* wat ce polDt Peitralt inlvant d'nac lettre «crlle le s MTrter Illl, an lltateDHt leoCril CalTert peur lui deatnder.de boDtclupeliiD*.
• I im Tei7 anilDiii npon tbli mbject, nol onlj' rrom Ibe deilre whlcb ctcit mu mua keie, t^t M minj penoni ■■ t&ere are In tUi irmj ibonld bave tbe Mtntaie or rollcloua iMtnictKn, bnt rrom a kwnrlMfe tbat It I* tbo freiteil lapport and ald ta mllllirT dUcl- VflHindordw, >
T. m. le
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— ttî —
dses à Wfaite-Hall, ontinaireDMat dans uee petite voHure à un cheval, et dont il avait donné le plan (t).
11 aimait la chasse (a) et rechM^fasit le commerce des femmes, sans éprouva' tcutelbis pour elles de bien vives passions. Avec ses amis intimes, il paraissait aimable et gai ; cependant le fond de son caractère était IVoid et plan de réserve (s).
Le duc avait hérité de son père «n v^table engouement pour la mnsii^e. Il admirait surtout les larges symphonies de Haendel et de Mozart. Personne ne suivait plus eKactement les concerts et les représmtatiens du théâtre italioi. Vers la fin de sa vie, il jouit moins de ce plaisir, ayant perdu la setisibilité de l'ouïe.
A Strathfield-Saye, Wellington s'occupait d'ara^oratioiis agricoles; les résultats qu'il obtint lui vdurebt, en I8U, dans un meeting de l'Association britannique, les fi^îcitations du savant professeur Buckland.
Les moindres progrès dans les arts et dans les sciences fixaient son attmtitm, et il aimait à se rendre compte de toutes les découvertes utiles. Le Palais de Cristal n'eirt pas de visiteur plus assidu , plus enthousiaste. Il rappelait souvent avec bonheur qu'il avait présidé à rinauguratioD du (H«mier chemin de fer.
Son train de maison était aussi simple que celui de la plupart des bourgeois de Londres. Cette circonstance, jointe à l'esprit d'ordre et d'économie que le duc apportait en toute chose, contribua singulièrement à augmenter sa fortune. Cependant on ne peut pas dire qu'il fût avare, ou qu'il
(1} lauiiroltti Lorutm-frtaii, U iipUnibn IRU.
(1) tDTOIcInneiiTcaTeuwinnllrqnibls. UpremltralClIraqnll tlfnida tnadalrclllntMa C)t Due lettre tertU de Bidijoi, le IS HpUmbre I8D*, ponr deMander 1 li rfince It permUlIoll de cbiMcr 1 TDIt-TlcIaal.
(S) Ttmalii u eorreipondince »Ee wmtrtre ta Oiirqnti WCIItilef, 411^ ippCIM Mj-wn<;ci pir eiceplloD •CDlemeat, Mtm elitr Mornlnglon. Il était pini lotlme itoc HB frtn IciH.
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tnui^ im plainr sordide à étoidre ses domaiMs. Le« per- Mones ayant vécu dans son intimilé affirmeot au cooinure fu'il fat très -généreux envera les paorrei , et qu'il doana plus, eu proportioD de ses ressources, que les autres not^Hlités de l'arîstocr^e aDglaise (i). Quant à sa probité, elle a'a jamais été mise en doute. Ses ennemis lui ont rendu jnsUce sous ce rapport ; ils lui re^procheot seulonent d'avoir trop aimé l'aient. Qu^ques-una même n'ont pas craint de le représenter comme un bonme qui voyait dans chaque ndoire une bonne aSaire pour lui {dutôt qu'un avantage poor la nation anglaise. Riw de plus inju^ que cette accu- BatioB. Il est prouvé, en eSet, que noo-seulement le duc n'a janau sollicité aucune récomjwnse {wur ses snricea, mais qu'il a même né^igé plusieurs occœîoos de s'eniidiir. poussant la déiicatease jusqu'à refusa- des allocations auxquelles il avait droit.
Quoique l'iode eM fourni À un grand nombre de généraux ^ d'hommes d'Ëtat l'occasion de s'enridiir par l'or des |nnc£< iadigànes ou par les dons de la cour des directeurs, àr Artbur WeUesley n'aocepta jajnais aucune des sommes qu'on loi «Srit, encore qu'il en eût un besoin réel, et qu'il fût de règle, en qudque sorte, de ccmsidérer ces libéralités comme des récompenses légitimes (a).
Après Talavera, ta junte suprême lui offrit le rang de capitaine général pour l'engager à reprendre l'ofTensive, conformément au Tcen des Espagnols. Il accepta le titre, mais nfosa le trûtement afieeté à cette nouvelle position (s) .
Déjà, aeténenroDent, il avait agi de même k l'égard du goaveniement portuf^.
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« Pendant toute la durée de la guerre de la Péninsule, dit un célèbre historien, Wellington abandonna au trésor public la totalité de son traitement de général en chef des armées d'Espagne et de Portugal (i). Il en lit autant du revenu attaché au domaine de Soto de Roma, qui lui avait été donné par la régence de Madrid en 1813, et de la pension annuelle de 20,000 cruzados, que lui avait accordée, en récompense de ses services, le prince régent de Portugal {a}. »
On comprendrait parfaitement ces libéralités, si le duc avait eu, dans la Péninsule, une position de fortune en rapport avec l'importance de ses services ; mais il s'en fallait de beaucoup. Lui-même nous apprend, dans une lettre du 24 août 1812, à lord Bathurst, que son traitement de général en chef ne s'élevait qu'à 91,000 francs, somme qui, déduction faite de la taxe du revenu, des aumônes et d'autres dépenses accessoires, se réduisait à 75,000 francs.
Le duc ne se plaignit point de cette situation; cependant, dans la lettre citée plus haut, il fit observer que son traitement était inférieur à celui de tous les officiers anglais revêtus d'un commandement supérieur ; il ajouta même que si l'on ne lui donnait pas un supplément pour indemnité de table, ou à tout autre titre, il serait complètement rmné (3).
Excepté dans cette circonstance, Wellington n'a jamais
(I) 11 «crlTit le iMptembTB ISll a lord Urcrpool: • J'ai peué qu'il «Ult c....—
D'tccaptcrnicanélnalnnMnt ds (onTernement poTtnpU paor le pmM de nurtehil i<d«ni qne foccaiw.... te me propoie £((lement de renoncer * U pemloB qnl atit oCerlc (p*r le prince rdient de rortutell pour i> durde de li luem actuelle.
tu Sberer {t. Il, p. IlS.) «Tilue t njunioUtn par an le total de* «mMUBMBU que Wellaf- Un refnia du» la rénininle.
CamnlDK rdTdla en mit la tribune ce tait Ifnord du rarlamentetdn publie, que Watnifta* avall reru(é le revenu annuel de E,OIKlllTret,iIlao< par le lonteneoMut eapa^ual aueeainuMlaUdeatfonpeinaïKinaiei, et Ma 7,000 llirea attrlbudet a U même cbarte parle ■•«vememant portoial».
(1) Le caMoetn^aralt pu encore rcfQcetU lettre, quand 11 >nno>ç*au|CnénI nataUam de préacater an nrlemant une demande de 100,lJ0ll Itrrea pour le mettre «s diat de aauleniraoonnidaulaPdnlniale.
l>bt,ni.p.IiO,aiieautre lettre od air Arthur i<
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fait QÎ fait faire aucune démarche pour améliorer sa position financière dans la Péninsule. « Je me suis fait une r^e, n dit-il, de ne m'adresser à qui que ce soit pour obtenir un « avantage personnel
<t Ma seule ambition est de bien servir le pays (i). »
On sait que l'armée anglaise trouva dans Opôrto une grande quantité de vins appartenant à des marcbands an- ^is, ainsi qu'un vaste dépôt de coton que les Français avaient placé sous la garde de leur consul. L'amiral anglais pensa que l'Angleterre pouvait pr^erer sur ces marcbancUses le droit de salvage. Wellington, consulté par le ministre résident à Lisbonne, répondit que, malgré son désir de voir les succès de l'armée tourner à son avantage matériel, et quoique lui-même dût obtenir une part dans le bénéfice, il ne croyait pas le gouvernement en droit de rien prélever sur ce qui se trouvait dans une ville portugaise, attendu que Tarmée de là Grande-Bretagne agissait comme puissance alliée, et non comme force ennemie (s).
Ce n*est pas le seul trait de ce genre que l'on puisse citer. Le duc était colonel en titre du ^ régiment de ligne, par son effectif un des moins forts de l'armée. Au commencement de 1812, on lui proposa un régiment de deux bataillons, ce qui, au point de vue pécuniaire, était un avantage réel. Hais tenant plus à commander le corps où il avait illustré les premièresannées de sa vie qu'à augmenter le taux de ses revenus, il écrivit au colonel Torrens pour refuser l'avantage qu'on lui offrait (3).
Après la bataille de Vittoria, Wellington informa son frère que peut-être il se trouvait parmi les tropbées et les objets divers envoyés par lui à Londres quelques tableaux de prix.
dlsmtooB.t.n.p.i.
[^ SDKWOOV, t. iv, p. ui.
(Il SDtKOO*, t. V, p. 4K.
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« Ces oiijets. dit-il , ayant Hé «iil«Tés p» les Fnnçtis 4eB « palais royaux, rooa intention est de les restitnw. En osntt séquence, je désire que don Lajrando «voie qoelqn'un en « Angleterre pour s'assurer de la chose et déngaer les «bjeta « qui reviennent à Sa Majesté (i). »
Parmi les traits de déHintéressement de WeUîngtm, noos rapporterons eneore celni-d : Un de ses homoMB d'aIGnfes ayant dit qull avait acheté une terre voisine de ^nthAald- Saja à 2,000 livres ao-deasons de sa valeur rérile : « Dus ce cas, repartit le duc, enToyex immédiatement ces deoK miëe livres à M. N.... »
Nous ne connaissons pas un s«b1 trait, et nous ne eroyons pas qae d'autres en ai«at cité, qui justifiait le nqirâdw d'avarice adressé au vainqueur de Waterloo.
Sans doate Wellington reçut des sommes eonsid^vbleB qu'il accepta sans aucune répognance ; mais il n'y a rien dans ce fait qui doive surprendre. C'est une tr^anciome habitude, en Angleterre, de récompenser les services puUies par des dotations importantes. Ifarlborough reçut de l'argent p«ur toutes ses vietoires; la bataille de Blenbam seule lui valut 200,000 livres. La Grande-Bretagne, pays aristooratiqM, oh la propriété donne de l'influence, confère des droits et des privilèges, ne peut être comparée sous ce rapport à la république romaine, où les généraux vainqueurs, après l'eBtito« soumission des ennemis, recevaient un triomphe, un bcnif pour le sacrifice, une robe brodée pour la c^monie, une couronne de laurier, un trophée monumental avec des inscripti(His, quelquefois une statue dans le forom, un arc de triomphe et 500 ou 1,000 médailles fkappées en commémoration de leur victoire : toutes choses qui ne rapportaient rien, mais qui, à Rome, suffisaient à la plus vaste ambition.
llj BDIWOOD. l- XI. p. U>.
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Il né faut donc pu juger la fortune de Wellington en se plaçant au point de vue d'un peuple qui n'a pas les mêmes lois, ni les mêmes mœurs que le peuple anglais. Cette forlune était très-légitime et tris-faonorable. Le duo l'obtint pour des services réels, tes plus grands peut-être qu'un citoyen anglais eût jamais riHidus à sa patrie. Hartborough , au reste, fat eneore mieux doté que Wellington, puisque, d'après les caleuls de Swift, i) reçut pendant ses gueires la somme énorme de 540,000 livres sterling. Maïs Harlborougb, cowtisan avide autant qu'ambitieux, avait sollicité une partie de ces récompenses, tandis que Wellington n'a jamais fait aucune démarche, ni autorisé personne à en faire pour obtenir SDÎt une décoration, soit un titre ou une récompense quelconque. C'est ce qui résulte clairement de la correspondance dn duc (i) et du témoignage des hommes qui ont vécu dans son intimité. Nous citerons à ce. propos la lettre suivante, écrite par Wellington à un officier anglais qui avait demandé la croix du Bain (a) : « Je ne me suis jamais employé pour u faire obtenir directement à un officier sous mes ordres les « marques de la faveur de Sa Majesté ; dles ont toujours été a accordées spontanément, seule manière, suivant moi, qui a les rende acceptables.... Quoique j'aie obtenu de nom- « brensee faveurs de la couronne, je n'en ai sollicité aucune, « et je n'ai jamais fait entendre personnellement ni voulu 1 qu'aucun de mes amis ou de mes parents se hasardât à
« faire entendre pour moi que je désirasse en recevoir
« Continuez i mériter l'honorable distinction à laquelle vous
« aspirez et si vous ne l'obtenez pas, soyez sûr que
1 ceux dont vous ambitionnez l'estime n'auront pas plus H mauvaise (^inion de vous pour cela. »
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Wellington acceptait les faveurs comme il acceptait les éloges, avec simplicité et reconnaissance, et non pas avec cette satisfaction bruyante qui fait supposer qu'on les a vivement et longtemps désirées. La fortuneetles titres lui vinrent comme ses grades, naturellement. Il aurait trouvé absurde de les refuser parce qu'il était au fond convaincu qu'il les avait mérités ; sa satisfaction personnelle était dans le t^oignage qu'il pouvait se rendre à lui-même de n'avoir rien fait pour les obtenir par intrigue ou par sollicitation.
Wellington se piquait d'être fort exact dans sa correspondance. Aucune lettre, même les plus excentriques, ne demeurait sans réponse. Seulement, comme la manie d'avoir des autographes engageait une foule de personnes à lui écrire, il avait adopté une espèce de formule de civilité applicable à toutes les situations. Vu grand nombre de ces réponses ont été remarquées par leur forme originale. Quelques-unes sont rédigées dans les termes suivants : < Le feld-maré- (< cbal duc de Wellington regrette de ne pouvoir, etc. . . , mais « il a pour règle de ne pas se mêler de ce qui ne le regarde « pas 0). »
D'autres commencent ainsi : « Le duc, etc., ne peut donner « son opinion sur telle chose dont il ne connaît rien. »
En 1S45, la reine étant venue rendre visite au vainqueur de Waterloo dans son domaine de Stratbfield-Saye, les jour-
ilijeDema mCIcd'iSilrti qui ne me res*rdeBtpwpuU<nillèr«MaL>
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Dalistœ demandèrent, conformément à un usage général en ÂDgleterre, d'être admis dans l'bôtel pour rendre compte de ce qui s'y passerait. Le duc leur écrivit : « Le feld-maré-
u dial duc de Wellington présente ses compliments à M
n et demande la permission de lui dire qu'il ne voit pas ce a que le domaine de StrathfieM-Saye a de commun avec M la presse (i). »
Un gentilhomme de Belfast avait écrit au duc la lettre suivante : « Je prends la liberté de demander à Votre Grâce si, « dans son opinion, Napoléon fut coupable d'avoir fait tuer « ses prisonniers à JatTa, et s'il existe quelque loi ou circon- « slasce militaire qui puisse justifier cette action (a). »
Ce gentilhomme reçut pour réponse : « Le feld-maréchal « duc de Wellington présente ses compliments à M. U... Il « a reçu sa lettre, et lui demande la permission de l'informer <i qu'il n'est pas l'historien des guerres de la république fran- « çaise en Egypte et en Syrie (3). »
Le duc reçut fréquemment des projets de M. Uaydon pour la réforme des beaux-arts. Il les renvoya avec le billet suivant : « Le feld-maréchal présente sél compliments à M. Haydon. « U lui demande la permission de réserver son opinion jusc qu'à ce que M. Haydon lui ait soumis un plan r^lisable. »
Un grand nombre d'auteurs s'adressèrent au duc pour obtenir sa souscription à leurs ouvrages. Il leur répondait iovariablement : « Le feld-maréchal, etc., demande à être
II) • rield-iunbit tbe duke of Wetilii(ioo preaenli Ui compliiiicnU lo 1.... nd bap lo Hj Ott h» doei nnt tev nhit tali bnuK it SLnlbaeld-SiTa k>* to do wiUi Itie paUlc pnu. ■
(t| • Biy II picue your irtce, — ) tiave like tlie llb«r(r et requeMIng foar aploion, — wu RipalMn pUltT or iwt or tbe murderariiii prlunerot Jaï*, and It Ibara laanrailU. Urrlawt^cIrcBtniuacethit nould JoiLIfr tliede«d7>
(1| rMd-aurtlul ths duka of WeUlaKtoa proacnli hli compllmaul* to 1. ■ — M ka* alM ranlndS. Va Miter, aad begileaTC la lafomi talm he 11 nol the hiitorlia oritM nanoT lka>nnckn»DMIclD Igrptaod «jrla. •
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« dispensé de souscrire à l'ouvrage en question ; s'il apf»«Bd
« que c'est un bon livre il pourra l'acheter (i). »
Les lettres officielles et les i^us importantes parmi les lettres particulières du duc ont été publiées, avec son autorisation, par le colonel Gurwood. Elles forment douze gros volumes , très-compactes , offinmt à l'histoiien un grand nombre de renseignements précieux sur les événements mémorables du XIX* siècle.
Il faut que Wellington se soit senti bien fort pour expostr ainsi devant le monde les raisons secrètes ou avouées de tous les actes de sa vie, ses idées et ses sentiments sur les hommes et les choses de son temps. Jamais peut-être une si imposapte collection de documents n'a vu le jour; et ce qui la rend surtout précieuse, c'est qu'elle se compose de lettres écrites sans prétention, par l'homme le plus simple et le plus vrai du monde, sur les lieux mêmes où les faits se sont passés (i). On peut dire que ces lettres sont des modèles de clarté et de précision. Le style en est naturel, simple, quelquefois trèsénei^que et plein de verve (3). Sir George Murray trouve
(l}Tk<4iikeb«iilDdMilM ta|[ireUiiumeuiiub>crlb«r 1« UiabooklBqBa^n;bal ir ka ■••rn* tbat il Ij a good book, he nuf becomc i purchaicr. >
<}) Valet gaBOent un lutear rranqila apprAcle la Diérita de oa racaaU.
■ welllnctan.dlt-ll.acliuttoul celirlioureuHDientiulvHtl'ordractiraDalBtlqi'a; Il D'il apiiratrancUunilIgne, Il D'j'i ajauUnl ud mol da cammenUlra. ni aa mol da rdlailoa. ni on mat d'ioanutlsai ni unmDtde JuilMoattoo. va «uai fruid neoibra de laltrattaBi écrltai an rrançali, el. quoique cea leltrei renfermcDl dfi penitea et dei a»U haoram. ■UacHnt d'uD itrl* trèa-lncoirect, UeuD'aftldlA plu>al>4 qutda MiurpBryr, «aailUreran rien le lond deUpeniCDai mémeuui dlmlaaer la parlée de l'eipraaalon. wanlnsUa a'T eat conatamiiwDt rcTinï. Il aialtâciit ceiphraiei mal lonnaiitea; Il ue crora» piiaialr le droit de laa Mpprlmer ou da laa d«iul*er. Il lea a gardéei (rente aoi daeitou partanutUa- Il lu en a rellreea comme II lea r aralt dépoiaea. Il u'entand pu le ralra irlce d'sn Hl*clamenld'uabarbarlaiiie. Il veut jlra ce qu'il ait alrlen de plni. Il a ona teBoétaU lllléralra qnl pent aller de tront arec M pnibltï d'homme puMlc eldlrauBM prltd.Ccqali aultcrll, U M liMora aul«CTlt. Ceien unepaUteaia, l'tl 7 a uaa pautaaae dtMnaauétaMt Hali ca aara au damier UaMdcoaae de ce (iBallime ponr la irtritd al àa Mita l>- IleilMa korreor da meaMnie qui turent 1* rtgle de tonto h rie, ■ -^ inmt MxjnM., p. TS.
III < II* itTie la admirable and tborauiblr endiih.i prêter It la ih« ai^e et k» acaaa- • pllabed brotbar Iba marqula WelteUer. > — Kto riRL«ili, US.
• LbcM, atoqnant, eoploui and cendemad, tker tata tkalr ataad baaidatba IbbwuI cotaBanteriea. ■ — Cnuiu FaiLLiPS, c«ltbre (Tocat inglali.
• lia deipiletaat ira a monument or iiiaclljr, dETOiidneu, ptHence, o b adlanee.decWw.
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qB'aUMOBtane étonnante reasemblaoce avec eelles de Bfarlborough : a Si je croyais à la métonpijcose, dit-il, je soutiendrais que l'âme du vainqueur de BÎenheim est passée dans le corps ib héros de Salamanqne et de Waterloo (i). »
Gomme il serait difficile de faire un dioix parmi les lettres purement militaires de Wdlington, nous otms bomearona k donner quelques extraits de celles où, par exception, il mtie an peu d'ironie, d'humour ou de sentiment à ses appréciations, toujours si calmes et si mesurées.
« Au colonel Torrens,
« Sans doute, il serait à désirer que le m^te fût le sisal • « titre pour obtenir de l'avancement ; mais c'est là un degré a de perfection que le patronage militaire dans ses choix n'a « jamais pu et ne pourra jamais atteindre, je crois, dans « ancone armée. Le commandant en chef a néeessairement i des amis, des officiers d'état-major attachés à sa personne, « qui le sollicitent d'avancer leurs amis et leurs parents, > Ums, sans contredit, gens de mérite, et il n'y a personne « qui puisse résister à de pareilles sollicitations. »
En 1815, le sous-préfet de Pontoise ayant déclaré qu'il ne donnerait de vivres aux alliés que forcé par leurs baïonnettes, le duc écrivit à ce personnage avec plus d'ironie que de colère :
« Si je vous traitais comme l'usurpateur et ses adhérents « ont traité les habitants des pays où ils ont fait la guerre.
0) *olr Ru r*«Lin«, p. Ut.
« je vous ferais fusiller; mais tous vous constituez guerrier,
« et en conséquence je vous fais prisonnier (i). »
Wellington n'aimait pas les Cortès ni leurs lois empreintes d'idées théoriques. Dans une lettre au comte Bathurst, il se moque avec beaucoup d'originalité des prétentions ridicules de cette assemblée :
• rreoMi, le 17 jtiiTlcr ISll.
« Il est impossible de décrire l'état de confusion où sont « les affaires à Cadix. Les Cortès ont fait une constitution « comme un peintre fait un tableau, c'est-à-dire bonne à être <( regardée. Je n'ai rencontré aucun des membres de l'assem- « blée ni personne, soit à Cadix ou ailleurs, qui regarde la f « constitution comme la réalisation d'un système d'après « lequel l'Espagne sera ou pourra être gouvernée. Les Cortès « se sont dépouillées du pouvoir exécutif, mais elles ont « nommé une régence pour l'exercer. Cette régence est dans « te fait leur esclave... Cependant , les Cortès et la régence « ont si bien arrangé leurs aflàires, qu'elles communiquent « seulement entre elles comme notre souverain avec le Pa^ <> lemént, par un discours ou message, ou comme le Parle- « ment avec Sa Majesté, par une adresse. Aucun de ces deux K rouages ne sait ce que l'autre fera dans telle ou telle ciru constance. Leur autorité ne s'étend pas au delà des murs (I de Cadix ; je doute même que la régence en ait au delà des u murs de la salle où elle délibère. Je sais que chaque pouce voir se méfie de l'autre, quoique les membres de la régence « soient des créatures de l'assemblée. La régence soup^nne '< les Cortès d'avoir l'intention de s'emparer du pouvoir exé-
Dttpalcliti,i.XU,p
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« cntif, et les Cortès se défient de la régence, à ce point que a les députés influents, tout en reconnaissant la nécessité de s'éloigner de Cadix , ont pris la résolution de rester, a alléguant pour motif que le peuple de Cadix leur est défi voué, tandis que celui de Séville ou de Grenade, par a exemple, ne manquerait pas de se soulever contre eux si la « régence le désirait.
K le voudrais bien que l'un de nos réformateurs vînt à « Cadix pour apprécier l'avantage qui résulte d'une assem- « blée populaire et souveraine se donnant le titre de Majesté,
d'une constitution écrite et d'un gouvernement exécutif
1 qu'on traite i'Altesse, agissant sous le contréle de Sa t Majesté l'Assemblée.
B À dire vrai, il n'y a d'autre autorité dans l'Ëtat que les « journaux diffamatoires, et ils tiennent réellement sans « pitié dans leur dépendance les Cortès et la régence. »
Dans certaines circonstances, Wellington savait émouvoir et toucher par la simplicité même de son langage. Annonçant au général Cameron la fin glorieuse de son fils : « Vous « r^retterez et pleurerez toujours, dit-il, sa perte; mais « j'espère que vous puiserez quelque consolation dans la « pensée qu'il a succombé en faisant son devoir, à la tète I de votre brave régiment, aimé et respecté de tous ceux qui l'ont connu, et dans une action où les troupes anglaises « ont surpassé, s'il est possible, tout ce qui avait été fait « jusqu'alors (i). »
On peut encore citer, comme très-remarquable dans ce genre, la lettre suivante, écrite à la mère des trois Napier, pour l'informer que son fils George avait perdu un bras à Tassant de Gudad-Rodrigo : < Hère de tels fils, je suis sûr " que vous vous attendez à ce qu'il leur arrive quelquefois
(1) UHr* dn IS mil 1*11, Ccrtlc iprti I* Ik
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« des malheurs.... ; malgré votre vive aSecUon pow «ux, « je Miifi certain que vous avez uoe trop juste notion de Tim- K piHtaiice des distinctions qu'ils acquièrent jouraelleDMnt « pw leur bravoure et leurs services, pour que eu malheurs a fassent impression sur vous » Vérit^le lettre de Romain adressée à une femme ^Murtiate.
La correspondance intime du duc renferme quelquefois des exfMresstcms peu mesurées, triviales même sur le compte des joumalistefl et des hommes d'Ëtat anglais. Dans l'une, il ^pelle ironiquonent les directeurs des journaux, des j/eru excessivement utiles et sages (i) ; dans une autre, il les désigne sous le nom de coquins et de racaille (rascaily); dans une autre encore, il qualifie le ministre de la guerre d'Ëspt^e, auteur sqpposé d'un libelle contre Graham, le plut indigne de tous les got^ats, etc., etc.
Les deux lettres suivantes sont tout aussi dures pour les ministres anglais. On sent qu'elles fureiU écrites dans un de ces accès de mauvaise humeur, heuFeosemoit fort rares chez le dac.
a Au colonel Torrens,
« UeintMiant que nous avons travaillé comme des ai^w « à l'êrrangemoit qui vient d'être conclu, le gouveracneot a ne s'en soucie pbis, parce qu'un journaliste ou quelque « ami dansie Parlement ne l'approuve pas... »
a Au maréchal lord Beresford,
• NrU, 7 uAt IBlt.
n La bataille de Waterloo a été certainement la plus ter^
(1) ttttn da 1 «epUmbre ISll, au gi«4ral BtiMnek.
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« rible qili ait été livrée depuis bien des années, et celle qui « a donné aux alliés les résultats les plus importants. Ces > résultats, éludant, vent être compromis par la con- ■ dnile abominable de quelques-uns d'entre nous et du gou- » vemement lui-même, qui, je suis peiné d« le dire, se K ri^e beaucoup trop sur l'opinion de ces gradins de joor-
« Quant à nos affairesen Portugal , je vous recommande K de donner votre démission et de partir immédiatement. Il « est impossible au gouvernement de maintenir des officiers « anglais dans l'armée portugaise, quelque minime que soit « cette dépense, si le gouvernement de Lisbonne refuse de « prêter l'assistance de son armée pour la cause de l'Europe. « Envoyez donc ce gouvernement au diable de la façon qui « conviendra le mieux à votre dignité, et qui produira le plus « d'effet pour ouvrir les yeux du prince sur la conduite de « ses serviteurs »
Quoique Wellington écrivit beaucoup, fût trJè-laborieux et très-patient, il détestait les longs mémoires et les longues dissertations.
Ayant été obligé, en 1827, de se prononcer dans un conflit entre ofiSciers de diverses armes, il se plaignit dans les termes suivants du grand nombre de dossiers qu'il avait dû lire :
K Si les officiers en service au dehors n'ont pas pitié les < uns des autres dans une correspondance de cette nature, « je les supplie au moins d'avoir quelque pitié pour moi qui
Wellington assistait régulièrement aux séances de la Chambre des Lords, et prenait souvent la parole.
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Il se faisait remarquer par l'attention bienveillante avec laquelle il écoulait les orateurs les plus médiocres, ceux même qui avaient l'habitude de ne produire que des ar^meots rebattus dans la presse ; circonstance d'où l'on pouvait conclure que le duc ne lisait pas régulièrement les journaux quodidiens (<).
Les discours de Wellington étaient nourris défaits, mais plus solides que brillants. Il ne les débitait ni facilement ni simplement. Quelques-uns ont le défaut d'être emphatiques et violents, comme les harangues de Cromwell. Il exagérait son opinion pour la faire mieux comprendre.
Sa correspondance prouve qu'il savait rendre compte des événements avec une grande lucidité; sous ce rapport, l'orateur chez lui était inférieur à l'écrivain . On trouve même dans les discours prononcés à la lin de sa vie une certaine abondance de redites et de contradictions. À celte époque, il faisait aussi de fréquentes pauses, nécessitées par une difficulté de prononciation survenue avec l'âge. L'éloquence de Wellington n'avait rien de commun avec celle de Burke, de Shéridan, de Mackintosh, de Brougham et de Ganning, appartenant à l'école fleurie des classiques; elle rappelait au contraire assez bien celle de Pitt, de Liverpool, d'Aberdeen, de sir Robert Peel, sacrifiant la forme au fond, te brillant des images à l'exactitude des faits, l'harmonie des périodes à la solidité des raisonnements. Néanmoins, les discours de Wellington eussent été peu remarqués, n'était l'influence de son nom et de sa haute position sociale.
M. Francis dans ses Oralors of the âge, a parfaitement caractérisé l'influence du due et la nature de son éloquence.
« Obligé de parler, il ne dit pas plus que la circonstance
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n'exige impérieusement. Il exprime les sentiments réels de son âme. Ses conclusions révèlent une tète froide et une expérience sans égale. Vous pouvez voir tont d'abord qu'il agit aanseffort et sans aucun désir de produire de l'elTet. Il monte à la tribune par devoir et non par goût; il ne cherche pas les occasions de parler, et il est toujours prêt quand l'occasion se présente. Son discours fini, il semble déchargé d'un fardeau désagréable, et il se rassied aussi brusquement qu'il s'était levé, sans s'inquiéter si ce qu'il a dit plaît ou déplaît
à son auditoire (i) »
11 y a de la vigueur dans ses pensées et une grande simplicité dans son langage. Sobre de paroles, il ne donne rien ou presque rien à l'imagination. Certain de produire de l'effet toutes les fois qu'il parle, il n'a pas besoin de recourir à ces effets oratoires sans lesquels d'autres ne parviendraient pas à se faire écouter. Voilà tout le secret de son influence. Mettez ses discours dans la bouche de tout autre pair, et ils iront frapper sans résultat les voûtes silencieuses de la chambre. Il en est du reste ainsi de toute chose. Bien des proclamations de Bonaparte ne sont admirables que parce que c'est Bonaparte qui les a faites. Il y a des beautés réelles et des beautés de situation. De quelque nom qu'on signe YÈnéide, ce sera toujours un chef-d'œuvre ; les discours de Wellington, au contraire, disparaîtraient dans te fatras des vieilles archives parlementaires, s'ils n'étaient signés du nom d'un . grand général, d'un homme d'Ëtat illustre.
Le génie politique de V^ellington était inférieur à son génie militaire. Il ne possédait même pas certaines qualités nécessaires à l'homme d'Ëtat, et qui sont le résultat d'une éducation particulière, ou d'une longue initiation aux aflaires publiques. Il lui manquait aussi l'expérience des débats et des
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intrigues parlementaires, autre élémoit de succès qu'on n'acquiert point dans les camps. Habitué aux grandes et nobles luttes du champ de bataille, il dédaignait l'emi^i des petits moyens auxquels doivent recourir quelquefois les plus grands ministres.
Plus habile k vaincre qu'à éluder les obstacles, il convoiait aux situations difficiles, mais n'avait pas l'habileté nécessaire pour gouverner en temps de paix un peuple avide de liberté, peu sympathique aux idées comme aux formes militaires. I) ne possédait pas non plus cet ascendant irrésistible du talent et de la parole, qui donne k certains hommes le pouvoir de diriger vers un but commun la mardtt de tout un parti. Nature sérieuse et froide, il ne savait parler qu'à la raison ; or, dans bien des circonstances, c'est â FimaginatioD qu'il faut s'adresser. Le duc avait d'aillebrs ^r le gouvernement des idées tontes militaires , qui répngnai«it à la majorité des hommes politiques de l'Angteteire. Maiotenr l'ordre, assurer rexécution des lois, venir eo aide à la ceuronne, telles étaient tes nécessités auxqueHes il suberdomait et sa conduite et ses convictions.
Quand Vauban offrit à Louis XIV de servir y» nége de Turin comme simple volontaire, sous les ordres de la Fenillade. Sa Majesté objecta que la dignité d'un maréchal de France ne s'accommoderait point de cette position. L'iHuMre ingénieur répondit : Ma dignité est de servir CÈtat. Cest ce qu'eût répondu Wellington en pareille circonstance. Semir, bien servir était son unique ambition.
Ses idées, ses répSgnances, ses s^nnpathies, ses înt^to particuliers, tout s'effaçait devant cette liaute considéntioB. Aussi ftit-il constamment à la disposition de tous les ministres qui jugèrent le concours de son înfiueiice et de «es talents nécessaire au bien de l'État : tory avec les tories, whig avec les whigs, et conservant néanmoins toujoivs intact le fond de ses croyances. Le ministère Aait pour loi an poste
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ji défendre, tMtôt bon, tantât mauvais, toujours honoraUe. Homme du devoir et Anglais par excellence, il se souciait peu d'être bien avec les partis. Aucun ne l'adopta franchement. Les coBservateurs le trouvaient trop libéral et les whigs trop conservateur. Malgré cette situation exceptioni)elle,ou à cause même de cette situation, il rendit à l'Angleterre des services que n'auraient pu lui rendre des hommes d'Ëtat plus heureusement doués que lui.
U vida la grande question de l'émancipation catholique, fit faire un pas décisif à la liberté du commerce , aimpliôa notablement les rouages de l'administration, et introduisit une économie toute militaire dans plusieurs branches des services publics (i). Il avait un bon sens remarquable; ses coDseiU étaient presque toujours marqués au coin de la pré* voyance et delà raison. Louis XVUI et Ferdinand VII eussent été bien inspirés en les suivant.
La correspondance de Wellington fourmille d'appréciations justes sur les gouvernements, les affaires et les hommes de l'époque, et il serait difficile d'en citer une que les faits n'aient pas confirmée plus ou moins.
Il savait parfaitement calculer la valeur des obstacles, faire la part des intérêts, des passions, des circonstances. Il jugeait fort bien les hommes et se trompait rarement en leur assenant un rôle d'après leurs qualités et leurs talents supposés. La première fois qu'il vit le prince d'Orange au feu, il prédit qu'il ferait un jour honneur à la profession des armes (i). Les combats de Salamanque, de Sauroren, le passage de la Nivelle et la campagne de 1815
it)Ti>MJr<flKUr,p. iitellU.LeduceiWTintmBdeioDiDttlrAMcniploTttilMMlBlnltlnUoaxIWlMkuneMried* dlfclpllM mlLiliIre, nuit cet «hI, dit le IHmolrct\Uplui tinl, uBou M pifi MU produira d« réinKat.
(1| Ce rat » Bulnildo et t Aldei da Foula. (ToJr la lettre du zg wptembra Itll.it lord
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confinnèrent cette appréciation, que depuis tout le monde a ratifiée.
Wellington était un infatigable travailleur. A peine arrivé dans l'Inde, il émit sur l'administration et sur la conduite du gouvernement des idées qui annoncent une connaissance parfaite des intérêts de ce pays et du caractère de ses habitants (i).
Il s'occupait d'une foule de choses et ne négligeait les détails d'aucune. Sa correspondance est pleine de notes et de mémoires rédigés sous la tente avec autant de soins que s'ils eussent été faits à loisir. On trouve, par exemple, sous la date du 25 novembre 1803, plusieurs lettres (formant dix pages de petit texte) sur les questions épineuses que soulevèrent les négociations avec Scindiab ; et sous la date du ' 11 mai 1814, onze pages du même texte, qu'un bon copiste aurait de la peine à transcrire en un jour.
L'attention du duc était surtout éveillée par les questions militaires. Toutes les institutions qui pouvaient contribuer à former de vrais soldats étaient sûres de trouver en lui un défenseur empressé ; mais toutes les réformes tendantes k modérer la sévérité du code pénal, k rendre la vie de caserne plus douce, à restreindre dans un sens libéral les lois du recrutement ou de la milice, rencontraient plus ou moins d'opposition de sa part (t). Il n'aimait pas plus les réformes militaires que les réfoimes civiles. Tant qu'il eut la direction de l'armée, on n'apporta aucun changement à la tenue des troupes anglaises (3). Il considérait ces modifications comme
(I) SDBWOOB, t. I,p.lcl3(SBHH, l.t,p-BeiIO; WiUHL(T^,0«lp««Mr, LI.p.US.
|l) Il oit Jiuta de dlr« gcpradiot que depuli iBlt, le miilmum de M paloa da ItaM nil parti à 90 coopt, que le leinpi de •ertlce tnt dlmlouA, que l> tnape fat CTBtwt«lil»»inBl CMCnite, etqoelaTle do «ridât tpnnin de noliblei unCllontlanii Mita eboeu qal a'Ml pn M nire qattoc le couenteBieut dn doc, pnliqtw le tecréUlra et le mialitre da li laeire euleot obllféi de le coMollar [eu u qiullté de commuiilut «a sber).
(ï) Lortqo'en lui propoH un nmieaa modtle de ne pIqj Idfer et pJai cemBiode^ D répondit onGlellement : • The kaipHCk queilliin bid tiMU eihiuiled. ■
„G'ooi^lc
'k V* s frivoles que véritablement utiles. Un lieutenant-colonel
^ 53* régiment lui ayant proposé des modîBcations à l'uni-
\ ^e de ce corps, il lui répondit : « Je désire vivement qu'on
lie fasse aucun changementà l'uniforme ni aux règlements. % Tout est maintenant comme je l'ai trouvé il y a vingt ans ; « si nous nous mettons à faire des changements, il n'y aura « plus rien de stable, car les fantaisies n'ont pas debomes. » l*aroles sages et dignes d'être écoutées! A peine cependant le duc eut-il fermé la paupière, que l'esprit d'innovation appliqué aux futilités de l'habillement se Bt jour dans l'armée anglaise comme partout ailleurs, et l'on vit alors des hommes fui n'avaient jamais guerroyé soutenir qu'avec l'habit rouge "^ Footenoy, de Salamanque et de Waterloo, il serait impossible de faire campagne. Le duc, vivant, tenait en respect ces généraux de parade. Il n'en faut pas conclure cependant qu'il rejeta sans examen toutes les idées nouvelles. Son bon sens lui faisait distinguer parfaitement la limite qui sépare les innovations pratiques, utiles, des misérables subtilités d'un caporalisme inintelligent. C'est ainsi que tout en rejetant les nouvelles gibernes, les nouveaux sacs et les nouvelles tuniques, il s'empressa de faire adopter pour toute l'infanterie le fusil Minié, la seule de toutes les améliorations récemment admises qui ait produit un résultat avantageux dans la dernière guerre de Crimée.
Nous ne citerions pas ce fail, si des écrivains militaires anglais n'avaient reproché à Wellington d'avoir par ses idées arriérées fait plus de tort à l'armée dans les dernières années de sa vie, qu'il ne lui avait fait de bien dans les premières : accusation injuste, et qui retombe lourdement sur les petits esprits qui l'ont formulée.
Le duc de Wellington n'eût pas été le duc de Wellington si, au lieu d'encourir le blâme de ces faiseurs, il s'était condût de façon à mériter leurs éloges!
L'année anglaise atteignit, sous l'habile direction du vain-
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queur de Salamanque, au plus haut degré de perfection qu'il était possible d'atteindre avec les éléments dont'elle se composait. Jamais avant lui on n'avait vu de machine aussi bien réglée.
Mais le gouvernement laissa se détraquer pen à peu cette machine, en revenant sur les diverses améliorations que le duc avait introduites dans l'organisation générale et dans les services particuliers (i) ; de sorte qu'au début de l'expédition de Crimée, les régiments anglais ae trouvèrent notablement inférieurs à ce qu'ils étaient du temps des guerres de l'empire; résultat que Wellington avait prévu, annoncé en quelque sorte, mais sans pouvoir convaincre ni ses compatriotes ni le gouvernement de la vérité de ses assertions. Néanmoins, tels qu'ils se sont présentés sur tes champs de bataille d'Alma et dlnkerman, ces régiments étaient dignes encore de leurs aînés, empreints des idées d'ordre et de discipline que Wellington avait inculquées aux vétérans de la Péninsule. A leur tète se trouvait un dés lieutenants du duc, modeste et brave général, formé à son école et dont le nom est venu clore dignement cette liste glorieuse d'officiers ayant puisé leur première instruction au\ grandes guerres de l'empire : lord Keane, lord Gough, lord Combermere, sir A. Campbell, lord Hardinge, lord Straffort, sir Harry Smyth, sir Colin Campbell, sir Edward Paget, sir Henry Fane, sir Charles Colville, sir Collin Hatl^et, sir William Cotton, sir Thomas Bradford, sir Geoi^e Walker, sir Edward Bames, sir Robert Dick, sir Frédéric Adam, lord Saltoun et sir John Macdonald. Tous ces généraux, qui depuis 1815 ont rendu d'éminents services à l'Angleterre, sont des élèves de Wellington : grande et noble école qui se perpétuera de génération en génération.
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avec la bravoure et le patriotisme héréditaires de l'aristocratie anglaise t
Le respect profond, universel dont le duc de Wellingtou était eotoiiré fut très-utile à la couronne dans les moments difficiles. Lorsç|u'un ministère était culbuté et l'opinion publique vivement émue, on disait: « Sa Majestés fait chercher le duc, » et ces simples paroles suffisaient pour calmer les esprits.
Sa haute position, l'indépendance de son caractère et l'éclat de ses services lui donnaient comme médiateur et comme arbitre une influence considérable. Ce qu'on n'eut souffert de personne, on permettait au duc de l'exprimer hautement; aussi le gouvernement eut-il souvent recours à ses bons offices pour aplanir de graves difficultés, ou mettre d'accord des hommes d'Ëtat momentanément brouillés. C'était à la fois un homme de bon conseil et de bonne compagnie. La couronne et le peuple le considéraient comme un des piliers de l'État, et les familles comme une sorte de patron et de divinité tutélaire. Souvent même il faisait l'office de prince royal, en patronnant des oeuvres de charité ou en présidant des meetings.
Une de ses statues le représente à cheval, serré dans son manteau et cheminant tranquillement au pas. C'est ainsi qu'on le rencontrait dans les rues, ou dans le parc, allant faire sa tournée de visites ou se rendant à la séance des lords. Les voitures s'arrêtaient pour le laisser passer; tout le monde se découvrait respectueusement devant lui, et il passait en louchant l^èrement son chapeau. Les étrangers se pres-
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saient en foule sur ses pas, les gens du peuple ]ui donnaient des témoignages naïfs d'estime et d'admiration, et les dames anglaises, dans les soirées où il paraissait, l'accablaient de prévenances et de respectueuses attentions. La reine le distinguait entre tous les personnages de la cour, et le traitait comme un membre de sa famille. La déférence du duc pour sa souveraine n'en fut que plus grande, et c'était une chose touchante que la respectueuse admiration de ce vieux serviteur de ta monarchie pour cette jeune femme couronnée qu'il avait vue au berceau (i). En s'inclinant devant elle plus bas que les autres, il tenait à prouver que plus un homme a d'influence et de titres, plus il doit s'enorgueillir de relever par sa soumission le prestige de la majesté royale. Dans les grandes cérémonies, il avait une place à part; à l'ouverture du Parlement, il se tenait en uniforme de feld-maréchal, debout à la gauche de la reine , sur la marche la plus élevée du trône; entre ses deux mains brillait le lourd glaive de l'Ëtat, qu'il maintenait droit devant lui avec l'attention scrupuleuse d'un factionnaire qui présente les armes. « Le peuple et la reine, dit un auteur français, placèrent Wellington sur la seconde marche du trône, parce qu'ils savaient qu'il respecterait toujours la première. L'empereur ne comprenait point le caractère de cet homme. En le voyant monter d'échelon en échelon, il croyait qu'il ferait comme lui et ne s'arrêterait pas. On raconte qu'il disait à Sainte-Hélène : Nous verrons maintenant ce que fera Wellington. C'était mal le connaître: Wellington n'aurait jamais passé le Rubicon, et il pensait si peu à se faire roi, qu'il ne se croyait pas même capable d'être premier ministre Cette simplicité plaisait
(I) • Hou* n'ât«iu linula œné d'admirer le Uctexqota *Tec lcqa«l le doc de WelUaf Im uvalt Mibller M propn nIeuT tawpi'li H ironi'itt ea préience de il mne. Uert ■ M retMiL ■tlantlon a penonnn et ('effiçiit compMtement, • Ittuitratad Lonton-ÏÏmi, w Mp-
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à la Dation et lai valut, jusqu'au dernier jour de sa vie, les lémoîgnages du plus grand respect que jamais citoyen ait recueillis(i). » « La dernière fois que nous avons eul'occasion de le voir, dit M. Lemoine, c'était en 1852, dans la galerie royale de la Chambre des Lords. II y avait là un millier de spectateurs, qui tout à coup se levèrent par un mouvement unanime. C'était le vieux duc qui venait d'entrer ; il traversa la longue galerie paisiblement, sans hâter son pas, et tous les assistants restèrent debout et silencieux jusqu'à ce qu'il eût disparu par l'autre issue. Il y avait quelque chose de grand et de touchant dans cet hommage si simplement rendu, et si simplement accepté. »
Du reste, le duc de Wellington avait fini par s'abandonner tout naturellement à ce culte de ses compatriotes. Il était si parfaitement exempt de charlatanisme, qu'on ne pouvait l'accuser de rechercher les ovations ; il les acceptait parce que c'était encore son devoir. Il avait été le général, le ministre, le protecteur, le conseiller de l'Angleterre; il en était devenu un des monuments, et comme tel, il n'avait pas le droit de se refuser aux hommages du public. Il se laissait donc regarder, et acceptait les témoignages de respect comme quelque chose qui faisait encore plus de plaisir aux autres qu'à lui-même ; il sentait d'ailleurs qu'il donnait à ses compatriotes la satisfaction de se contempler dans sa personne. Robert Peel avait expressément demandé à être enterré sans pompe ; Wellington n'a exprimé à cet égard aucune volonté ; il s'est regardé comme la propriété de sa souveraine et de son pays, et a laissé son corps à leur disposition. Il aurait cru être ingrat envers ses compatriotes, s'il leur avait été l'occasion de faire une démonstration nationale avec ses funérailles.
u le Joumat an Dtbalt.
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Un poëte anglais, Edouard Bulwer (i), l'a peint d'après nature dans les lignes suivantes qui méritent d'être citées :
« Le voilà qui passe, son chapeau bien serré sur son front
a ferme, la taille roide dans son habit boutonné Il n'a
« point le trésor des riches natures, ni le généreux soleil des a âmes Mubérantes ; au mot du commandement ses passions n font halte; en lui chaque vertu, chaque faute estégalement « disciplinée.... Quand il s'échauffe il raisonne encore.... A « ses yeux, l'Ëtat est un camp, le monde est un champ de « manoeuvres. Et cependant comlûen il reste pur à côté " des autres conquérants, ses semblables ! Froides sont ses « lèvres, mais elles n'ont point le sourire du mensonge; « rigide estson cœur, mais le signe de l'honDeur y est gravé:
« aucun crime ne lui servit de piédestal et l'étemel Afoi
« ne fut pas son mobile. »
II n'y eut jamais d'homme qui répondît mieux aux instincts, au caractère et aux habitudes du peuple anglais. Laborieux, patient, simple, fidèle, exact en toute chose et ne cherchant qu'à se rendre utile.
On a dit avec raison que s'il était appelé au conseil de Dieu dans l'antre monde, ii s'occuperait encore du meilleur moyen de faire marcher le gouvernemeot de Sa Majesté. Bi» servir fut son unique ambition : c'était un grand homme, mais surtout un grand Anglais !
Les anecdotes, disait Rivarol, sont l'esprit des vieillards, le charme des femmes et le plaisir des enfants. Il disait vrai
sans nul doute, mais limitait trop le cours de celte petite monoaie de l'histoire, dont tant d'illustres écrivains, depuis Plutarque et Gicéron jusqu'au duc de Saint-Simon et à madame de Sévigné, se sont plu à enrichir leurs œuvres. Comme les maximes, les anecdotes fixent ta vérité dans l'esprit; tel mot nous ouvre un nouvel horizon intellectuel, tel épisode nous dessine, d'un trait énergique, le profil d'une physionomie célèbre; seulement en ceci, comme en toutes choses, il faut se gard^* de l'abus, éviter la banalité, rechercher futile.
C'est en nous plaçant à ce point de vue que nous terminerons la biographie de Wellington par quelques traits caractéristiques, empruntés aux sources les plus dignes de confiance.
11 parait que l'iron Hnke n'eut pas toujours la gravité imposante qui te (it remarquer jusque dans la Chambre des Lords; un de ses condisciples, lord Skelmersdale, prétend que jeune Wcllesley fut l'un des plus ardents promoteurs des plaisirs du collège. M. Robert» frère du révérend Sydney- Snilh, a gardé de lui un auti-e sonvenir beaucoup moins agréable, et qu'il se plaisait néanmoins à rappeler. C'est sur lui, en effet, que sir Arthur remporta sa première victoire; voici dans quelle circonstance. Le jeune Robert (alors Bobus Smith) se baignait un jour dans la rivière quand Arthur, passant par là, trouva plaisant de lui jeter des pierres ; Bobus menaça l'agresseur, mais celui-ci ne tenant aucun compte de ses avertissements, il fut obligé de sortir de l'eau et d'en- ^ger la lu^e en vrai Spartiate, sans armes et sans vêtements. L'avantage de la position était évidemment pour le jeune
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Wellesley ; aussi Bobus, malgré la bonté de sa cause, fut-il promptement obligé de mordre la poussière. Inutile d'ajouter que le bulletin de cette victoire ne figure pas dans le recueil deGurwood (i).
Pendant son séjour à Angers, le jeune Wellesley eut l'occasion de fréquenter quelques maisons où il fut mis en contact avec des représentants distingués de l'aristocratie française. « Cette société, dit lord EUesmere (un de ceux qui pendant trente ans vécurent dans l'intimité du duc], lui fut d'une très-grande utilité, et contribua peut-être à lui donner des notions aussi exactes sur l'état des esprits en France. »
 peine nommé enseigne, sir Arthur fut attaché au lord lieutenant d'Irlande en qualité d'aide de camp. Il vécut dans cette position moins en homme d'étude qu'en homme de plaisir (t). Ses ressources, qui n'étaient pas considérables, se trouvèrent bientôt épuisées ; de telle sorte qu'à son départ pour l'Inde, il fut obligé de recourir à la bourse d'un bourgeois de Dublin pour apaiser ses créanciers. On ne reconnaît pas encore ici l'homme d'ordre et de travail qui devait un jour remplir le monde de sa renommée.
La vie sérieuse du duc ne commença que dans les camps : jusque-là, il ne s'était pas élevé au-dessus de la réputation d'un gentteman ordinaire.
Sa première école fut celle du malheur. Pendant la campagne de 1794, il apprit à connaître toutes les fautes qu'un général doit éviter. C'est ainsi qu'un célèbre compositeur
I inlrei, par lord Illuheri, p
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envoyait ses élèves dans les plus mauvais concerts pour leur apprendre « comment il ne faut pas chanter. »
Presque tous les voyages de Wellington en mer furent signalés par d'affreuses tempêtes. Il montra dans ces occasions un sang-froid et une présence d'esprit inaltérables (i).
Nous avons vu qu'à Talavera (s), à Fuente-Guinaldo (s), au début de la campagne de Waterloo {*} et dans d'autres circonstances critiques il fit preuve de la même impassibilité.
Le général Alava raconte qu'il trouva le duc, à la fin de la journée des Quatre-Bras, assis sur le bord d'un chemin, dans l'attente de renseignements exacts sur la position de Tennemi et sur l'issue de la bataille de Ligny. La première chose qu'il dit, en apercevant le général espagnol, fut : a Mon cher monsieur, étiez-vous la nuit dernière de la partie < de madame de Richmond? > Alava, qui avait entendu circuler des bruits fâcheux sur le résultat de la journée, fut mtièrement rassuré par ces paroles (s).
Ceux qui ont observé Wellington de près dans la mémorable journée du 18 juin attestent qu'il ne trahit aucune émotion, lorsqu'il se trouva pour la première fois en face de ce puissant génie et de cette incomparable armée française, qui avaient triomphé jusque-là de tous les efforts de l'Europe coalisée.
Le célèbre physiologiste Virey a raison de dire : « Le « sang-froid qui réfléchit au milieu des dangers tient à la a supériorité de la puissance intellectuelle. »
Wellington était doué d'une mémoire tenace qu'il con-
II) UT4 tLLU>M«. p. IT.
OIT. I,p,ïM.
W t. II, p. 381, Ml.
(i) Urt ILLItlIE», p. O.
serva jusqu'à la un de sa vie. « Je me rappelle, dit lord Ellesmere, la lecture qu'il me fit d'une note sur la défense de rinde, rédigée pour le gouvernement dans une des circoustances les plus critiques où se soit trouvée la colonie. Cette note, qui embrassait les trois présidences et contenait uoe foule de détails précis, avait été écrite sans le secours d'aucun dictionnaire ni d'aucune carte géographique (i). »
Les épisodes que le duc se rappelait avec le plus de satisfaction étaient relatifs à ses premières campagnes. Les fatigues et les privations qu'il avait endurées sous les zones brûlantes de l'Inde, les aventures romanesques de cette lutte grandiose et bizarre tout à la fois, qui reporte l'imagination aux temps d'Alexandre et de Cyrus, étaient racontés par lui avec une complaisance où se peignait la satisfaction que laissent à notre âge mûr les douces émotions de la jeunesse et les premiers triomphes de noire amour-propre.
Son visage se colorait d'une rougeur soudaine, et son geste, d'ordinaire si réservé, devenait vif et brusque lorsqu'il rappelait à ses amis les principales circonstances de l'assaut de Seringapatam et de la guerre des Mahrattes, ou lorsqu'il racontait ses entrevues avec les princes indiens et les mconstances mémorables de son expédition contre d'Hoondiab Waugh, cet aventurier qui s'appelait le rot du monde, et qui à la fin, surpris et tué, fut traîné au camp des Anglais sur un affût de canon !
Revenant un jour de la chasse avec Wellington, lord Ellesmere lui demanda combien de pièces d'artillerie il avait prises
11) tSTdI(.lIBi(»i,p.30et;i.
anxF^nçais dans te courant deses guerres. « Environ 5,000, « répondit le duc. A Oporto, après le passage du Dooro, « je pris tout le parc de siège de Soult ; k Vittoria et à Wa- « twioo, je m'emparai également de toute l'artillerie de <> Joseph. Nais ce qui e^ plus extraordinaire, ajouta-t-il, « c'est tfueje ne pense pas avoir jamais perdu v» seul canon. « Après la bataille de Salamanque, trois de mes pièces atta- « cbées à la cavalerie portugaise furent capturées dans une K petite affaire près de Madrid, mais nous les refurîmes le jour suivant. Dans les Pyrénées, lord Hill fut obligé de u jeter 8 ou 9 canons dans un précipice, mais ceux-là aussi a fiirrat repris, et aucun d'eux ne tomba entre les mains « des Français (i). » ^
A Waterloo, le duc de Wellington resta 17 beurra et demie à cheval, sans changer de monture. Le coursier qui accomj^it ce tour de force s'appelait Copetihagtie. Il avait alors 8 ans. Les dames anglaises qui dans la suite furent admises à le visiter lui arrachèrent des crins pour en faire des bagues et des broches. Malgré ce douloureux tribut payé à l'enthousiasme britannique, l'illustre Copenhague vécut jusqu'en 1855. Son vieux maitre le fit «ittrrer avec les honneurs de la guerre, et entoura smi champ de repos d'une grille en fer qui existe encore dans le domaine de Strath&eld-Saye.
Noos ne croyons pas donner une mauvaise idée du caractère du héros de l'Angl^erre en rappmlant oe trait. Un wtre capitaine, FVèdéric le Grand, avait eu pour ses animaux 'domestiques la même reoonnaissance.lt existe en effet iPots- 4uB un mausolée élevé par le roi de Prusse i son cheval
(I) lord iLLUMiu, pige SI.
César, et des moDuments funèbres consacrés à ses levrettes fHonc, Amourette, Biche, Superbe et Pax.
Sur le champ de bataille de Waterloo, le commandant de l'artillerie anglaise vint informer le duc qu'il savait l'endroit où se trouvait Napoléon et son état-major : « Si Votre Grâce me te permet, dit-il, je pense que j'en descendrai quelquesuns. K Non, non, fit le duc, les généraux en chef, dans une grande bataille, ont autre chose à faire que de tirer l'un sur l'autre {<). »
Après le combat de Gbitlian-Wallah, on demanda à Wellington le nom de trois officiers capables de remplacer lord Gough ; il répondit : « Sir Charles Napier, sir Charles « Napier et sir Charles Napier. » Toute flatteuse que fut celle distinction, sir Charles refusa, pour des raisons particulières, le poste qui lui était offert. Informé de cette circonstance: Puisqu'il en est aiim, dit le duc, je partirai moimême (IbcD I must go my self)-
Wellington, à l'exemple de la plupart de ses contemporains de l'aristocratie anglaise, n'avait pas contracté la ridicule habitude de fumer, devenue aujourd'hui un besoin factice autant que nuisible pour toutes les classes de la société. On raconte cependant qu'une fois 11 fut dans la nécessité de payer son tribut à la mode naissante. C'était au milieu d'une réunion de généraux et d'officiers d'état-major à Portsmouth. Le duc de Cumberland, depuis roi de Hanovre, proposa au dessert, sous forme de motion, que tout le monde fumât la pipe. On applaudit fort à cette excentricité, et les instrumenta du
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plaisir des uns et du supplice des autres, furent apportés en cérémonie; quelques-uns des convives n'avaient jamais fumé. Parmi eux se trouvait AVellington : il fallut qu'il s'exécutât comme les autres, et lui-même raconta avec beaucoup de i;aieté comment il s'était tiré de cette épreuve difficile ; « J'é- « lais, dit-il, assis derrière ma pipe, et je lâchais des bouf- « fées de tabac avec un sentiment de surprise visible. Cepen- « dant je ne perdais pas de vue la contenance du reste de la a société. Après quelques minutes, plusieurs des novices se « retirèrent précipitamment; je me dis alors à part moi, a pourvu que cela finisse bientôt !.. »
Cela finit, en effet , mais d'une manière fort désagréable pour le ducquisupportaii, sans comparaison, beaucoup mieux la fumée du champ de bataille.
A un dîner de Cambacérès, le maître du logis, un des gourmets les plus distingués de France, demanda à Wellington comment il trouvait un mets recherché qu'on lui avait servi : ■ Excettenl, dit le duc, mats je ne fais réellement pas attention à ce que je mange. — Juste ciel ! exclama Cambacérès, pas attention à ce que vous mangez! Pourquoi donc êtes-vous venu ici? »
Wellington aimait les enfants. Un jour, recevant à Aspley- House la visite du 61s de son valet de chambre, il le retint à dîner et lui fit les honneurs de son musée de tableaux et d'objets d'art avec une gravité plaisante. Arrivé dans là galerie des statues, le duc lui dit : « Quel est celui de tous ces per- « sonnages qui ressemble le plus à ton maître d'école? n Le gamin chercha du regard, hésita un insUnt, puis au joyeux ébahissement du duc, il s'écria en montrant le buste de Wellington (le seul qui n'eût point de moustaches) : « Voilà celui « qui ressemble le plus à mon maître. »
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La hieaveillance, l'esprit d'équité, la réserve habititeUe du duc m le prémuninsai^nt pas to^jou^8 contre çortains n«uvemeuts de brusqu^ie. Up officier ayant, à l'eiipir^tiQQ d'un congé de s» mois, solUeité une |^lo9gation, 4n ntomeat où son régiment allait partir, il lui répondit : « SeH or asit » Vendez votre charge ou partez.
Une autre fois, des employés du trésor étant venus lui annoncer qu'ils ne pouvaient établir les comptes d'après le mode prescrit par le duc (alors preoûer ministre], celui-et leur répondit sècbemeDt : » Si vws ne piwfi pas les faire, je « pou» env^rm vne rfomoîn^ de sergents p^y^urs qm Us fe- « ront...., » Inutile d'ajoutor que les comptes furooit établis dans un bref délai et de la manière presçritfi.
L'immense popularité de Wellington se manifestait sous les formes les plus diverses, mais avec la même intensité dans toutes les classes dont se compose la population des trois royaumes.
Un vieux gentilhomme écossais demanda un jour ft être reçu par le duc : « H. Robertson, dit celui-ci , que désirez- « vous de moi, je ne puis vous accorder que dix minutes. » Le patriarche répondit : « J'ai attentivement suivi la car- « rière de Votre Grâce, depuis son début dans la vie mili- « taire. Je suis maintenant, oommç vous voye?, un b-èsrvieil « bomme; bientôt je quitterai ce monde, mais je s«na que t je ne pourrai rejoindre mes ancétrea en paix sans avoir cpn- « temple Votre Gr^ce. Je suis v&m d'Ecosse dans cç sevi « b\it; mon désir est maintenant satisfait; je repartirai de- 1 main matin. — Monsieur (ioberteop^, dit )e duc, après les « honneurs que j'ai reçus de mop souverain, nfia ne m'a été « plus sensible que le ooi^pliment que vqi)s v«a«s de me « faire. Restez à dîner avec moi- — Hçrçi* repartit |e vi^^ tt lard, j'ai vu Votre Grâfie, je po spub^te [4w ne^^ »
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Disant ca» parvlas, il fit un pntfiuul salut et w retira (i).
Une antre fois, se promeDant dans une ville manufactulièpe, le duc fat accosté par un vigoureux ouvrier qui lui demanda la permission d'échanger une poignée de main avec lui : « Certainemmt, retondit le duc, je suis toujours heu- B «a» de serrer la mtdn d'un honnête homme (s). »
On raconte que le fils d'un de ses anciens compagnons d*armes lui dit un jour : « J'ai une faveur extraordinaire à dea muider à Votre Grâce. J'aime une demoiselle dont je suis « aimé et que j'obtiendrais, j'en suis sûr, si ses parents me « voyaient faire un tour de salon avec le plus grand général K de l'Angleterre. — N'est-ce que cela, dit le duc, donnez- « moi votre bras et marchons. »
La famille de la demoiselle n'hésita plus à choisir pour gendre un homme qui paraissait si avant dans la faveur de l'illustre guerrier.
Ce trait indique bien l'espèce d'influence que le duc exerçait sur ses compstriotca, et la bonhomie charmante de son caractère.
Il ert iw ebapitre déUcat à traiter dans la vie das ^nds b«nue8 et qiû eapwdaat se peut être eeviplétemHU négligé, c'est le chapitre des mœurs. Wellington, par sa simplidté et fur son aiufcérité, teaà sous ce rapport la tâche du Ino- Sraph* IkoUq. Il n'a jiMaûs, es efibt,que nous sachions, donné prise à la chronique galante. Ce n'était pas un homme â bonnes fortunes. Les moins discrets lui attribuent à peine
(1) KmmtaïUI millfr^imMH.
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deux ou trois préférences passagères (i). H y avait même daos sa galanterie quelque chose de lourd et de gauche qui trahissait UD manque complet d'expérience. Ainsi, voulant, comme tout le monde, et peut-être un peu plus que tout le monde, faire sa cour à la belle madame Récunier, il lui écrivit des billets qui durent faire sourire la gracieuse amie de Châteaubriant. L'auteur des Mémoires d'Outre-Tombe nous a conservé celui-ci :
• nrU,llliaTmms.
« J'avoue, madame, que je ne regrette pas beaucoup que « les affaires m'empêchent de passer chez vous après dîner, « puisque, chaque fois que je vous vois, je vous quitte plus « pénétré de vos agréments et moins disposé à donner moo « attention à la politique.
« Je passerai chez vous demain, à mon retour de chez « Tabbé Sicard, en cas que vous vous y trouvassiez, et malgré « l'effet que ces visites dangereuses produisent sur moi.
« Votre très-fidèle serviteur,
« WUUNGTOH. »
Le duc était trop simple et trop sérieux pour chercher à briller par des mots à effet, ou des reparties heureuses. On cite néanmoins un petit nombre de traits d'humour, venant de lui :
Un gentleman dînant à Aspley-House, dans un moment d'rapansion, se permit de demander au duc s'il n'avait pas été
qBtar de ViUrliH) pcndtntion i<ioar eaFraocc. c a Im4r er IM eomt of Lomi xrtll, pronTC , du m
IM iTratorM de ce feBr*. La cniImm de M ei
l'inUe va ■ réT«l« celle m«uiennire.
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surpris à Waterloo? — Non, répondit Wellington, mais je le suis motnlenonf.
Lorsque les commissaires du gouvernement provisoire vinrent lui annoncer, en iSiS, que Napoléon avait abdiqué et que l'empire était fini, le duc leur dit : « Je le savais depuis
Un évéque de Nova Scotia, ayant demandé an gouvernement que les soldats fussent astreints à lui présenter les armes, le duc, consulté sur ce point, répondit : a La seule « chose que les soldats doivent i l'évêque, c'est d'écouter ses R sermons. » (TAe only attendom the sotdiers are to pay the fnshop are to this sermons (i).
Wellington ayant acheté une vue de ta bataille de Waterloo, peinte par William Allan, fit venir cet artiste aux Horse- Guards pour lui payer son œuvre. H. Allan trouva le duc en personne, occupé à faire des piles d'argent. Comme c'était une besogne assez longue, l'artiste se permit de dire : « Votre « Grâce aurait moins d'embarras si elle voulait me donner <t simplement un bon sur son trésorier. »
Fâché d'être interrompu dans ses calculs, le duc répondit avec humeur : « Eh ! croyez-vous, monsieur, que je veuille « faire connaître aux gens de Coutt ^c'était le nom du « banquier) la folie que j'ai faite? » (And do you suppose y woukt allott} Coutt's people to know what a fool I had been?) Cette boutade fut rapportée par le peintre lui-même, qui en rit de bon cœur.
Les lettres et les discours de Wellington renfennent quel-
{I) mtulnslonlaiia, p. 71.
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qu*6 apboriéines, pM-mi lesquels nous arotts remarqué les suivants :
M Un grand pays ne doit jamais faire une petite guerre. »
« Soyez discret sur tontes les affaires pour échapper à la nécessité de faire mystère de quelques-unes. »
« L'historique d'une bataille ne difl^ pas beaucoup de eehii d'un bal. »
a Quand la guerre est finie, ranimosité doit cesser. »
« Quand un homme peut rendre des services à l'État, toute distinction de culte doit être écartée et le bien publie Mul pris en considération (i). »
« Le pire des coupables est celui qui viole une loi, n'importe la provocation qui le fait agir. »
« Je n'admets pas le droit d'un pays i intervenir dans les afhires d'un autre pays ; la non-intervention doit être la r^e, et l'intervention seulement l'exception à la r^le. »
« Le fondement de toute justice est U vérité, a
« Ecrire une lettre anonyme est la plus vile action donl un homme puisse se rendre coupable. »
« L'enthousiasme du peuple est une très-belle chose sur le papier; jeneluiaijamais vu produire que du désordre.»
K Des troupes qui n'ont ni paye ni nourriture sont dangereuses seulement pour leurs amis. »
(I) rMrljizwni,t.
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« Il n'y a ^u« les soMats bien payéi qui obsorrent uâe discipline exacte. »
« Bon sens vaut mieux qu'haUleté. »
« Lalhéoriede toute législation est fondée Sur la justice. »
« Si le monde était gouverné par des prineipéS, t^ien ne senH ^Ins facile que de Conduite mèihe le» pltis gtaàdes idilires. »
« Celui tfn vent qu'une chose soit bien faite, doit la faire lui'Btaie (i). »
Il est difficile de faire le portrait de Wellington sans esquisser au moins celui de l'^Dpereur.
Entre ces deux hommes prédestinés, qui ont conduit l'un et l'autre de grandes armées à la victoire, il n'existe pour ainsi dire aucuns rapporte de talents, de caraetère, de génie. A chaque trait de l'un, correspond une différenee chez l'itutre. Néanmoins tous deux ont réussi, parce qu'ils surent combiner leurs opérations en tenant compte des étémeuts et des moyens dont ils disposaient, du caractère du peuple qu'ils servaient, de la diversité des institutions auxquelles ils devaient se conformer.
Napoléon , à la tête d'une armée anglaise, eût rencontré dans la nature même de son génie des difficultés insurmontables, et Wellington, appelé au commandement des troupes enthousiastes d'une république conquérante, n'eût pas été dans une situation moins délicate.
L'un frappe l'imagination et ne procède en quelque sorte
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que par des prodiges; l'autre s'adresse à la raison, et ne réussit que par des moyens ordinaires.
Il n'y a pas une proclamation de Bonaparte oii la gloire ne soit exaltée et le devoir oublié; il n'y a pas un ordre du jour de Wellington qui fasse même allusion à la gloire et dans lequel se trouve autre chose qu'un appel fait uu devoir et au patriotisme (i).
K Une imagination prodigieuse, insatiable, aspirant à l'infini, à l'impossible, tes facultés les plus vastes et les plus flexibles; dans l'esprit une étendue sans bornes, mais aussi -une singulière mobilité d'idées et d'impressions ; tels étaient les principaux caractères du génie de Napoléon. Un jugement solide, une raison froide, une merveilleuse justesse de coup d'œil, tant sur le champ de bataille que dans le cabinet, le bon sens le plus pénétrant et s'élevant à une puissance qui devient du génie, une persévérance que rien ne pouvait ni lasser ni distraire ; dans les plus grands périls une constance inébranlable ; voilà quelques-uns des traits qui font du duc de Wellington une si grande figure dans l'histoire du dixneuvième siècle.
« C'est à pas de géant que Napoléon parcourt une carrière qui devait le conduire pour un moment au faite des choses humaines. Par la rapidité de son ascension, il éblouit le monde, et tout chez lui prend le caractère d'une magique improvisation. Son rival, au contraire, s'est élevé avec une lenteur patiente et modeste, par la réflexion courageuse. Seulement il n'a jamais reculé, il s'est toujours porté en avant, avec une mesure heureuse, et sa gloire a suivi une progression qui a su échapper au revers.
ll|TolrALitoii,t.X,p.491el4Sa.oaracoDlequaw<)lIlii«ton,tFrapo* do iMb*emtlMi fille pir X. de cdtiimdId, que Dulle put la mat de gloir* m te Irou*! InicTlt diM m d<|i«etae« (abiemUon que soni ne treuvadi pai trè*-«UGte), aurait dit :-'lt aV Uat P*H£de dnwtr et il peu de «lofnqne parce que la glolra éUlt mon tiir el MdevMr ■••
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« Parier vivement àl'iinagination des hommes, lesfasciner, exciter leur enthousiasme, travailler par tous les moyens à leur inspirer une admiration mêlée d'un peu de terreur, c'était là l'étude constante de Napoléon qui, au besoin, ne dédaignait pas les artifices d'une habile mise en scène.
« Toujours simple, le duc de Wellington ne s'est jamais proposé que de parler à la raison. Dans aucune circonstance il ne se produisait d'une façon théâtrale. Le devoir était sa seule règle, et la seule aussi qu'il imposât aux autres. Il avait horreur du charlatanisme et du mensonge. Il ne chercha jamais à exalter ses soldats ; mais, dans de rares occasions, il leur rappela qu'ils avaient à donner tout leur sang, parce que tel était leur devoir.
« On se rend compte d'après cela de la diversité d'éloquence et de style des deux généraux. Dans les proclamations de Napoléon, surtout dans celles des campagnes d'Italie, on ^uve un orateur puissant, qui, à la manière des anciens, grave dans l'esprit de sublimes images. Les ordres du jour, les dépèches et les rapports du duc de Wellington sont rédigés avec une froide et austère simplicité. Rien n'y est donné à l'effet, à la phrase : tout y est positif et vrai (t). »
Aux talents du général. Napoléon joignait le génie de l'homme d'Ëtat. Ambitieux par tempérament autant que par réflexion, hardi comme le sont ordinairement tous ceux qui aspirent à jouer le premier rôle en temps de révolution, il dirigea de bonne heure ses regards vers le pouvoir. Entouré du prestige de ses victoires d'Italie et d'Egypte, il rentra furtivement en France et se sentit assez fort pour renverser un gouvernement incapable de se soutenir lui-même. De nouveaux succès justifièrent celte audacieuse usurpation. Puis l'espoir de trouver la stabilité dans la force et dans l'éclat du
ID dutMu* tuMetun». I
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— «espouvoir , otigagferent la Dation à placer 1b couronM de saint Louis sur le front de ce soldat heureux. Durant qninze années de suite, la France et l'Europe se courbèrent devant lui.
Ce n'était pas assez pour « ce génie de Titan voulant escalader le ciel (i) ! » Après avoir dompté les homiiies , il s'imagina que les éléments et la fortune elle-méine pouvaient être domptés par lui : son ambition alors ne connut plus de bornes. Il perdit la conscience de la faiblesse humaine, et erat indigne de lui de ne tenter que les choses possibles.
Dès I8i2, pour nous servir de la belle expression de Jnvénal, « il étouffa dans l'univers. »
Si Wellington s'était trouvé dans les mêmes circonstances, non-seulement il n'aurait pasréussi àjouercerAle; maisiln'y aurait pas même songé. Rien, ni dans son caractère ni dans son intelligence ne le rendait propre à devoir un factieux célèbre, un général avide de conquêtes, un despote regrettant dé ne pouvoir, comme Alexandre, se faire passer pour un fils des dieux (9).
Wellington était l'homme du devoir par excellence, fleurait pu dans on moment donné devenir Honk, — jamais Cromwell !
Cependant bien qu'exempt de cette ambition qui fait aspirer an trône, — sublime et nécessaire dans quelques circonstances, plus souvent coupable et funeste, — il avait les qua- Rtés supérieures qui assurent à certains hommes une grande et durable influence sur les destinées de leur pays. Les guerres de la Péninsule ont fait ressortir ces qualités d'une maûière remarquable.
Napoléon trouvait dans l'exercice d'un pouvoir abaoht, i^
(11 rtiulcnn blilorlODi ont rapports que nipoléOD, iprèi là clrénHwM do uer*. )
Ila«c«l«ita, irice
raponsable, M dans l'appui d'une nation belliqueuse, des ressources qui ventiient en aide k ses combinaisons strttégi* fan , Uadit que Wellington vit 1«b siennes incessamment oontrviies par l'action de pouvoirs jaloux l'un de l'autre, par les manauvres des partis, Tirrésolution des ministres, i'ioeapacité militaire et la profmide antipathie de la nation Mglaiie pour la profession des armes.
Ghca Napoléon, le législateur elle général marchaient d'accord; ~ chez Wellington, il y eut jusqu'à la fin dissidence, lotte et souvent rupture entre ces deux attributions. Obligé de respecter les lois et les institutions de son pays, il reneenira des difficultés inconnues aux généraux français, et dnant lesquelles toute résistance eât été vaine.
Comme chef d'armée , il dut obéir à des hommes d'État qui n'entendaient rien aux aG^ires militaires, et qui cependant avaient la prétention de les diriger, prétention f\inest« autant que ridicule, mais conforme à l'esprit des gouvernements constitutionnels. Dans ces gouvernements, où rien ne penl-étre fait sans le concours des chambres, où tout projet doit subir l'épreuve de la discussion publique, oii les ministres les plus capables doivent justifier leurs convictions avant de repousser celles de leurs contradicteurs, où aucun intérêt ne peut être lésé, aucun principe méconnu, aucun droit violé, aucune influence politique froissée, même en vue d'un puissant intérêt national, — dans ces Ëtats, le chef de l'armée doit discuter sans cesse avec les ministres responsables et lenr fournir des éléments de justification et des éclaircissements de toute espèce dont l'ennemi seul profite. Hommes, chevaux, argent, matériel, plans d'attaque et de défense, tout devient matière à discussion, et pour peu que les demandes de crédit éprouvent des retards ou que les ministres soient entravés par le mauvais vouloir des chambres, voilà une armée sans ressources, un général réduit à vivre d'expédients, une campagne différée, entravée, perdue!
Wellington a rencontré tous ces embarras dans la Péninsule et on doit grandement lui en tenir compte (i).
Napoléon, au contraire, exécutait ses résolutions à l'instant même et sans contrôle. La presse n'avait sous son règne que ta liberté de l'éloge , le Corps législatif et la nation que le droit d'obéir. L'empereur eût demandé à ta France son dernier bomme et son dernier écu , que la France les lui eût donnés sans observation. Elle ne voyait plus et ne pensait plus et n'agissait plus que par lui, tant l'influence du maître étaitgrande et son autorité formidable! Aussi avec quel sacces Napoléon exploita cette esclave soumise! Dominateur en tout, son génie ne se fut point façonné à la contrainte ni résigné aux humiliations que Wellington eut à subir, sans avoir même le droit de se plaindre. Si le héros de la Grande- Bretagne avait eu le caractère bouillant et susceptible du vainqueur d'Austertitz, on peut affirmer qu'il n'aurait obtenu aucun succès en Espagne. Autre chose est de commander à une nation militaire, à des troupes homogènes, animées d'un même esprit, — et autre chose d'être sous la direction d'un conseil de ministres, le général subordonné d'un pays sans moeurset sans institutions militaires, de combattre à la télé d'une armée composée de plusieurs espèces de soldats, divisés entre eux, enfin d'obéir à trois gouvernements de nature différente.
De quelque manière qu'on apprécie l'influence de ces positions respectives, il est certain que le général anglais fît tout ce qu'il était possible de faire avec les ressources dont il
(I] Aïoni-noui beiDin de filre obicricr iiae li deralère cip«dltl(iu dei IngUlt diu 1i Crlmit » iilelDcmenl connno^ Ici t«aeiion> qui rrtetdenL. Lei rCiultiti de celle eipèdltM* lenlun nouveiu Itmalfnit' en rueurdcU tuptrlDrlUmlIllaJre du duc de WetUtiiMn.lt. en effet, bien iiuerirmCede lord Kaglin etdu g«neril SlmpMU lOtpluiunplemeatpDBnBede tDutei cliotei que nel'arilL«ie l aucune «poque r>rin«B de li Knlaïute . elle Cprati» de* mlitrci eL du ddcaptloni laumbnlilei, réT<iCe> par dei enqnttet gnclcuei, et attr tba tei nninimenniitllliicarledet cbelt, iniTlcet de t'admlattlnUon •' tlluev^BBoe dadtparlcBcnit de l« (uerte.
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disposa. Si le génie de la guerre consiste à savoir appliquer judicieusement sur un théâtre donné les piincipes de la strat^ie, à tirer le meilleur parti des ressources morales et phy* siques dont on dispose, Wellington a montré autant de génie que l'empereur en eût montré à sa place. Chaque situation exige des qualités particulières, et la gloire se mesure bien moins à (a grandeur des résultats obtenus qu'à la nature des moyens employés. Envahir avec400,000 hommes l'empire de Russie n'est pas plus difficile que de débarquer9,000 hommes dans la baie du Hondego pour délivrer la Péninsule. On peut donc très-bien comparer les talents des deux généraux, dont l'un, comme Bonaparte, a bouleversé le monde, et dont l'autre, comme sir Arthur Wellesley, a pour seuls titres d'avoir conduit, après sept ans de guerre, 35,000 Anglais de Lisbonne à Toulouse, et de Waterloo à Paris.
Il est certain que sous le rapport du génie de ta guerre, Wellington était inférieur à Bonaparte, le plus grand général peut-être qui ait jamais existé. Ses conceptions étaient moins vastes et moins rapides. C'est lentement et péniblement qu'il élaborait ses plans de campagne. Bonaparte, au contraire, faisait les siens avec la facilité de l'improvisateur et la confiance de l'homme qui croit à son étoile. Dans l'action, il avait une vigueur et une décision dont Wellington approcha bien rarement. Sur le champ de bataille, cependant, le général anglais fut aussi habile et plus habile peut-être que l'empereur ; il possédait à un haut degré ce coup d'œil prompt et cette aisance à mouvoir les masses qui distinguent les tacticiens éminents. Salamanque, Orthès et Waterloo peuvent être comparés sous ce rapport aux plus belles batailles de la république et de l'empire.
Comme stratégiste Napoléon est incomparable. Après lui, i une assez grande distance, viennent parmi les contempo- «ins, le prince Charles et Wellington. L'un et l'autre ont f^it preuve de talent; ils ont combiné leurs opérations avec
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beaucoup d'iotelliguicei mais, il ne faut pas perdre de vue qu'étant arrivés après Napoléon, ils ont natur^ement profité des admirables leçons et des glorieux exemples du maître.
Pour l'empereur, comme pour tous les ambitieux illastres, la gloire du succès excusait l'indignité des moyens employés. La mort du duc d'Enghien, le coup d'Ëtat de Bayonite, l'iBvasioQ du Portugal, l'anoexion de la Hollande k l'empire français, le blocus continental et mille injusticea partioulières furent à ses yeux autant de nécessités d'ÊUH : mot funeste, qui depuis des siècles a été invoqué pour justiâw tous les crimes, toutes les spoliations, toutes les lâchâtes que l'histoire flétrit.
Nous aimons à rappeler que rien, ni dans les actes, ni dans la vie de Wellington, n'autorise à penser qu'il approuv4t cette infâme théorie de la nécessité des crimes aous prétaxte de roMOn d'État...
Lorsque Napoléon, après avoir rallumé la guerre en Bu* rope, tomba sans défense entre les mains des générawi alliés, Blucher invoqua la roùon d*Ètal pour le faire fosiUer à la place même où avait péri le duc d'Enghien ; mùa WellingtoD, bien qu'il jugeât l'empereur le plus dwffer«wt enoemi du repos public, refusa de s'associer à cet acte de représailles, déclarant qu'il ne ferait jamais l'oflice de bour* reaul
Soyons juste et disons qu'avec moins d'audace et de géuie, Wellington fut plus moral dans le choix des moyens (i), plus
(I) H. TtalBrt.qD'aan'iceuMripidl-tlrelHiiUlell'anipenDr. lifnile qd fnnd pa«M« d* t*lu qnl aacBuot inraiMnl li oionlltl d« l>»ipar*iir : !■ Mor*t du MUrM vM( t l*<fird de u pnpn timlllc.du rtpporU ralalflAi, deinenaopiea JB><rtipv«aD frdn ttU le <(im(Miir ,- cette mailrae plqilaan («ta loToqttéa ; A la jMtrr* uni *tl moral, M ce m*t
it la nnttrait pluWt i la nar .' • l'eaploanaie or(an1>' aatour d* a** lertUaBc* M de Mi panât*, ealn le* perldet eonirlla dDanA 1 Tailertand pour nj at wiw * NtAnipRl*
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serupuleu^t observateur de ses eogagemenls, plus honoite homme enfin que l'incopiparable vainqueur d'Austerlitz. Il eut aussi plus de patience et de ténacité; un jugement plus calme, et quelquefois plus éclairé. Dans la guerre de la Péninsule notamment, il fit preuve d'une sagacité et d'une prévoyance dont les lettres de l'empereur n'offrent que des traces passagères.
Dès le premier jour, il vit tout le parti que l'on pourrait tirer de cette guerre ; et pendant longtemps il soutint seul la possibilité de défendre le Portugal, de délivrer l'Espagne en occupant Lisbonne, et de faire concourir les succès de la Péninsule à la ruine définitive de l'empire français. Napoléon, aa contraire, fut d'avis que l'Espagne ne se soulèverait pas, et que si elle le faisait, on n'aurait aucune peine à la soumettre. Sa correspondance avec Joseph fourmille d'appréciations inexactes et de prédictions non réalisées.
Le 27 août 1808 il écrivit à son frère : « Avant le mois < de janvier vous aurez 100,000 hommes, et dans toute « l'Espagne il n'y aura pas un village insurgé- » Or, quelques semaines après, Joseph était ramené derrière l'Ëbre p»e TuiBurrection victorieuse.
Au moment de partir lui-même pour l'Espagne, il s'écria devant le Corps législatif : « Dès que je paraîtrai au delà des « Pjfrénées, le Léopard épouvanté (Perchera l'Océan pour « éviter la honte, la défaite ou la mort (i), » et le Léopard finit par conquérir l'Espagne et par mettre le pied sur le territoire français
(I) DjciHin pninaucA le S iltcumbr* IHXt : • HipoMoD, dit ■. Tliian , intprlHll prMOBdé- MU ta tmipei mtrldlonilai, leur* «riBaler*. lanri cbafi ; lia fUult pu bataceap ptai Acoi dci Umpaa inflalui at oc conildtrall pii lei Ispa(nc> pigi dlOlcIloi I lonmatlre «KMCdabTM.» fHUt.mCmialatttd* l'EnpfK, p. WI.|
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En recevant le corrégtdor de Madrid, il annonça avec emphase : « que les Bourbons ne pourraient plus régner en Es-, pagne, » et les Bourbons y régnent toujours, et lui-même a été détrôné par un Bourbon !
« Aucune puissance, dit-il encore, ne peut exister sur te « continent, influencée par l'Angleterre, » et l'Angleterre a fini par assurer l'existence de l'Espagne et du Portugal , par établir, au nord delà France, le royaume hostile des Pays- Bas, et par exercer sur le continent une influence prépondérante!
En 1807, il écrivait à Joseph, roi de Naples : « C'est une « honte que les Anglais puissent nous résister sur terre ; » et après huit ans de résistance les Anglais enlevèrent l'Espagne à 500,000 Français!
A Waterloo, toujours dans les mêmes sentiments à l'égard de celui qu'il avait appelé « un général de cipayes, » l'empereur dit à Soult : « Parce que Wellington vous a battu, « vous te croyez un grand général, » et ce jour-là Wellington remporta sur lui une victoire plus décisive que celles d'Iéna, d'Austerlitz et de Wagram !...
Napoléon s'est souvent trompé dans ses jugements sur les hommes et les choses de son temps. Cambacérès vit plus loin que lui dans les affaires d'Espagne, et H. de Bourbonne apprécia mieux les résultats probables de la campagne de Russie. Que de malheurs il eût évités à la France, en acceptant les conseils de ces serviteurs dévoués que l'ambition n'avait point encore aveuglés ! En Espagne, les fautes succédèrent aux fautes : le captif de Sainte-Hélène en a fait luimême l'aveu (i). Le blocus continental, pour être une vaste
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emceptÎDD) n'en fut pas moios désastreuse, parce qu'elle transforma en alliés de l'Ang^rre tous les coopériateuFS du Uoeus, minés et froissés par cette mesure , et aussi parce qu'eUe domià naissance à la guerre de Russie, cause indirecte de la perte de l'Espagne et de la chute de l'empire fraïKais.
La brouille de NapoléMi avec la Prusse l'obligea à rechercher l'alliance moins sûre et moins avantageuse de l'Autriche (i). Enfin, sa confiance aveugle dans l'amitié d'Alexandre et dans la fidélité de la maison des Hapsfaourg fut la source principale des dée^tioas et des désastres qui marquèrent la fin de l'ère impériale.
Ces faits et le spectacle des maux que l'ambition de Napoléon attira sur la France, donneront à la postérité une opinion moins élevée du génie politique de l'empereur. Tout système de gouvernement doit être jugé d'après ses résultats. Or, l'empire a succombé malgré le génie de son fondateur, et c'est ce qui protestera éternellement contre sa gloire, toute brillante qu'elle soit.
Wellington, simple général, n'a pas eu les destinées du monde dans ses mains. Serviteur obéissant d'un État de second ordre, il partit avec une armée si faible et si peu estimée que la junte des Asturies refusa son secours, préférant de beaucoup un subside en numéraire. Cependant, avec cette petite àrinée et l'appui des troupes irrégulières d'Espagne, le duc se maintint pendant sis ans au milieu de tous les obstacles que la politique et la guerre purent lui opposer; il battit dans vingt rencontres les meilleurs soldats elles plus habiles généranx de l'empire (s); il éleva la réputation des armes de
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T. Ul. IB
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l'Angleterre à uee bautevr {midigieiue; il ehiasa les FVinçtis de la Péninsule, et à la 6n trion^ ie l'emperear lai*«aèine. Quand il revit ses foyers après sept ans d'absenee, la Grande- Bretagne était devenue, gr&ce i son génie UKlitûra, une pai» aanoe eontinentale de premier ordre.
Ces résultats, obtenus avec des qualités moins briUvIes que eellesde l'empereur, et des resseorcai moins étendues (i), assurent à Wdlington une gloire impérissable. Nul ne songera, sana doute, à le mettre sur la mtoe ligne q«e le conquérant françait ; mais l'histoire impartiale le f4*c<Ki cnlaineranit au second rwg des homes de ce nèêk.
L'Angleterre place Wellington au-dessus de Marlborwigh, et il n'y a rien dans cet honneur qui doive sQiprendre. Avec un génie naturel moins développé, Wellington a okteno, en effet, des résultats plus importants, sans recevoir ni le même appui des généraux alli^, ni le même secours des troupes auxiliaires. L'un eut pour coopérateurs les Cuesta, les Blue* les Ballesteros, et pour soutieu les faibles et turbulmteB a^ mées d'Espagne; — l'autre eut pour eonseïller le prince Eugène, le plus beau génie militaire de son tanps, et poar auxiliaires d'excellentes troupes allemandes et hoUandaisea. L'un eut à conduittre sur toute espèce de théâtres, dans les déserts brûlants de l'Inde, dans les froides gorgée de Pyré* nées et dans les fertiles .campagnes de la Belgique; — l'autie u'w^ que sur le théâtre limité des Paya-Bas et dans la belle vallée du Danube
Les adversaires de Wellington s'étftîent illostrés sons le nom de Victor, Marmoot, Soult, Hasséna, Napoléon;-
(t) Ilnetuitpaioiibnar DoUmmflDtqiie U réralvUMi tnuiiitÈB Mpa I roa^ nu ■ ■naéelne«niimMc,tudli que ilrartbnr WelhM«r cobbwç* U inem M ** NatM ■Tec nnc *nn«« (ilbte, [nMMrmU et fortegient dbcrtdtWe p*r h tnp*(M de ITM.
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de Htflborough s'appeluent Tallard, ViUeroi, Haroin. Wel* Iiii|;toii recevtit des ordres et des instructions qu'il devùt néculer ponclBcdlement, et il d^odait, pour toutes les dwtesaiilitatra! du conseil des miaistresida Parlement et du duc d'York, commandant en chef de l'amiée.— Hariborough, au wblnîre, avait des pouvoirs presque illimités, il gouvernût la reine Anne par le besoin qu'elle avait de lui et par l'aulorité de sa femme, toute-puissante à la cour. U menait le Parlement par son crédit et par celui de Godolphin, grand trésorier, dont le fils avait ^osé sa fille. « Ainsi, maître de la rône, du Pariement, de la guerre et des finances, plus roi que n'avait été Guillaume, aussi politique que lui et beaucoop plus grand ea]Htaiiie, il fit pins que les alliés n'osaietit eepérer (i). »
WellingtMi n'eut que son épée pour toute fortune : il s'éleva lentement , i force de talent, de courage, de persévérance, et il conserva jusqu'à la fin de sa Vie, par l'ascendant de son earaclèrc non moins que par le prestige de ses victoves, une popularité sans exemple dans les annales de I'Aih
Oit radmirait comme gén^l et on l'estimait comme hoaune. Intègre, loyal, ennemi de rintrigue, du mensonge, du cbariatanisme, les qualités du cœur (AeE lui étaient au nwins égales i celles de l'esprit.
Haiiborongb n'eut pas cette élévation de sentiments. Hwiaie politique et courtisan, il devint par la faveur de sa femme et l'appui des whigs, général d'armée; ses victoires ratifièrent ensuite le choix du hasard et il mérita réellement la qualification de grand capitaine. Itfais dans le courant de ses guwres il eut recours à des moyens d'intluence que l'âme homiète et fière de Wellington aurait dédaignés. On sait com-
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ment la duchesse de Harlborongh sontenait dans le pavilloD de Hanovre le crédit de son époux, et comment le dno, pour avoir l'appui de 7 à 8,000 soldats de l'électeur de Brande- IxHirg, se 6t le flatteur obséquieux de ce prinee^ consentit ntéme « à lui présenter la serviette k table (i). »
A la fm cependant, son esprit d'intrigue, son ambition, ses actes de despotisme, et plus encore la conduite arrogante de sa femme à l'égard de la reine, l'arradièrent brusquement à la plus haute position qu'un citoyen anglais eût occupée depuis Cromwell. A son retour de t'wrmée il fiit, comme SeipioQ, accusé de malversation, et à l'exunple du Romain, il ne se tira d'affaire qu'en invoquant ses service» et en acceptant la retraite, qui ne fut pour lui ni drace ni hcmoràble.
Avide de pouvoir et de richesses, homme de cour fit d'intrigue, Mariborough ne ressemble à Wellington que par le génie militaire et par une aptitude merveilleuse h mener de front la politique et la guerre.
11 avait aussi, malgré son caractère ardent, cette tranquillité de courage au milieu du tumulte, et cette séténité d'Sme dans le péril que les Anglais appellent cold head, et dont le vainqueur de Waterloo donna tant de preuves remarquables.
Tous deux, au reste, avec des moyws différents etnin gé- QÏe spécial sont arrivés au même résultat. Quand ils débutèrent sur la scène du monde, la FVance menaiçait l'Europe, et l'armée anglaise ne jouissait d'aucune influence. Ils relevèrent peu à peu le crédit de cette armée par uue meilleare organisation, et finirent par opposer une digue infranchissable au cabinet français.
L'auteur du Siècle de Louu XIV prétend que Marlboroagh fut l'homme le plus fatal à la graâdeur de la Franoe qu'on eût vu depuis plusieurs siècles. — Les historiens à venir en
il) Slicie Minuit XI f,c
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diront autant de sir Arthur Wellesley. « Ce général, en effet, a eut le bonheur, jusqu'ici sans exemple, de décider du sort « de deux hémisphères, c'est-à-dire du sort des Indes par la a chute de Tippoo et des Mahrattes, et de celui de l'Europe, « par la chute de la domination non moins oppressive de R Napoléon (i). »
Quand tout ce qui nous entoure aura passé, quand les noms aujourd'hui illustres seront à peine connus des savants et des antiquaires, un nom restera dans la bouche du peuple anglais entouré de prestige et de gloire;
Celui du grand capitaine, du grand citoyen : Welungton !
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ANNEXE N' i.