CHAPITRE XIII
Reddition de Pampelone. ~ Mouvement offensif de Tarmée alliée. — Passage de la Nivelle.— Retraite de Sonlt derrière la Nive.— Passage de cette rivière par Wellington. — Bataille de Saint-Piorre« ~ Situation respective des années belligérantes.— Passage de TAdour.— Bataille d^Orthez. — Investissement de Bayonne. — Combat d'Aire. — Expédition de Beresford contre Bordeaux. — Menées légitimistes. — Combats de Yio-de-Bigorre et de Tarbes. — Retraite de Soult sur Toulouse. — Lenteur de Wellington«— Bataille de Toulouse. — Réflexions sur cette bataille.
Les alliés ayant suspendu leur mouvement offensif après le passage de la Bidassoa, Soult employa son armée à compléter les ouvrages du camp retranché de SaintJean-Piedde-Port et à fortifier les approches de Saint-Jean-de-Luz, ainsi qaetous les points susceptibles d'être attaqués entre la mer et la Nive (i). Il était toujours décidé à porter la guerre en Aragon ; mais il fut obligé de renoncer à ce projet, parce que rhiver arriva plus tôt cette année que de coutume. Sa situation d'ailleurs devenait de plus en plus difficile : si la marine anglaise avait empêché le cabotage entre Bordeaux et
(I) Ces reiranchemenU avalent un dâveloppement de lelic milles. Pour les constnilre , soult avait mis en réquisition tous les ouvriers et tous les matériaux du pays.
Bayonne, il aurait même dû se retirer derrière l'Adour ; car ses troupes manquaient de vivres et d*argenty à ce point que, dans un rapport au ministre de la guerre, il qualifia de honteuse la misère des officiers et des soldats (i)* Le maréchal était profondément affecté de cette situation, toute nouvelle pour une armée défendant son propre territoire.
Des privations semblables faisaient autant de ravages dans Tarmée alliée. La désertion s'était mise dans ses rangs (2), et un certain mécontentement commençait à s*y faire jour.
Le 20 octobre, Wellington apprit, par une lettre interceptée, que le gouverneur de Pampelune ne pouvait pas tenir au delà d'une semaine (s). Cette circonstance et les nouvelles d'Allemagne le décidèrent à envahir la France, conformément au désir, de plus en plus vivement exprimé, des souverains alliés. Il ne consentit toutefois à ce mouvement que dans un intérêt politique (4), et sur la promesse formelle qu'on lui enverrait des renforts considérables. Cette défiance parut exagérée alors à certains esprits, qui regardaient Toccupation des provinces du Midi comme une chose facile; mais Wellington, qui était sur les lieux, appréciait différemment les chances de l'entreprise, et Ton doit reconnaître qu'il avait raison , car si le duc de Dalmatie avait conservé les 50,000 hommes qui lui furent enlevés en janvier 1814, si le duc d'Albuféra s'était joint à son collègue, et si la population avait fait cause commune avec l'armée française, très-probablement les Anglais auraient été ramenés au delà des Pyrénées.
(1) Ze//r0 du 22 décembre 1813.
(2) Yoir Tordre de Wellington du 4 octobre 1813.
(3) PampeluDC se rendit le 31 octobre. La garnison était dans la plus grande détresse, depuis le commencement d'octobre, la ration, par homme, avait été réduite A quatre onces de viande de cheval. Les herbes sauvages avalent remptacé les légumes ; tous les chevaiu domestiques, les rats mêmes étalent mangés. Les maladies et le feu de Tasslégeant avaleoi réduit la garnison à 600 hommes.
(4) Voir sa lettre du 22 novembre 1813, à Dumourtez*
Les pluies avaient tellement détrempé les routes ^ que Weligton dut remettre au 8 novembre^et ensuite au 10 leeomencement de ses opérations contre les lignes de Soult (i). ss forces de l'armée alliée s'élevaient alors à 90,000 hommes ont plus de 74,000 Anglo-Portugais) et à 95 pièces de canon ; innée française ne comptait guère plus de 60,000 hommes infanterie , soutenus par un nombre convenable de pièces telées (t). La cavalerie et la division Foy, cantonnées en thors de la ligne de défense, faisaient monter cet effectif à ^000 hommes.
La position du duc de Dalmatie décrivait un demi-cercle (puis Urugne jusqu'à Espelette et Cambo : le point saillant i ce demi-cercle était à Sarre. Tout le front était fortifié à ide de plusieurs lignes de redoutes et de retranchements isceptibles d'une bonne défense (s). La faiblesse de ces lignes, en avant de Sarre, n'avait point happé à l'œil exercé du général anglais (4). Wellington ait compris aussi que, maître du village de ce nom, il lorrait marcher par Saint-Pé et Âmotz directement sur lyonne, et couper en deux l'armée française, forcée d'agir ir un front de cinq lieues, entre Urugne et Cambo. En ^nséquence, il avait fait commencer, immédiatement après passage de la Bidassoa, un chemin praticable pour l'artil-
1) L*atUqne iTaU été décidée pour le 29 octobre, mais Ici plaies ne cessèrent que le 6 no* I. Wellington aurait franchi la nivelle le 8» si les divisions espagnoles avaient été i 8 il laMot attendre Jusqu*au 10.
3) 1>^près les auteurs des Flcloires et conquêtes , Souli avait reçu depuis peu un renfort SOjOOO conscrits.
[t) la première ligne fut achevée le 20 octobre; la deuxième était incomplète et la >lalème à peine commencée quand Tattaquc eut lieu. La première ligne s^étendait depuis vgne Josqn^au mont Daren, la seconde, depuis SaInt-Jean-de-Luz Jusqu'à Cambo, et la trolïme s'élevait près d'Abancen- Borda , en arrière de Saint-Pé, sur le chemin d'Ustarllz. La Bonde ligne comprenait les camps en avant d'Bspelette et de Sourante, les ouvrages à nlenr de Sarre et le camp de Serres.
4) • La position de Sarre laissait ouverte un Intervalle de plus d*ane deml-lieue entre la utenr de la Ihune et le pont d*A.motz sur la nivelle, en présentant à Pennemi un déboué radie pour pénétrer en France et tourner la ligne det Pyrénées : one seule redoute, dite •atait««Barbe, défendait ce passage. » {neioiru et conguêtes, t. XXII» p. 286.)
lerie dans le bas-fond qui communique de Beyra aux débouchés en face de Sarre. Et, afin de détourner l'attention de Soult des points importants qui avoisinent ce dernier village, il avait dirigé sur Mondarrain de nouvelles troupes , appartenant au corps d'observation établi à Maya. Le plan de Wellington était de tenir la droite en échec (i), de tourner cette aile, en forçant le centre et la gauche, et de s'avancer ensuite le long de la Nivelle jusqu'à Saint-Pé. C'était incontestablement celui qui offrait le plus de chances de succès.
Le duc donna le commandement de la droite à Hill , celui du centre à Beresford, et celui de la gauche à Hope. Il dirigea les deux premiers généraux avec 40,000 hommes sur le point faible de la ligne ennemie (4). Grâce à cette concentration, habilement exécutée, la droite d'Erlon et la gauche de Clausel furent enfoncées, et les deux corps séparés l'un de l'autre. En même temps, Hope, avec 19,000 hommes et 54 bouches à feu et sous la protection de l'escadre anglaise , attaquait la droite de Reille.
Clausel défendit le terrain pied à pied, et ne se retira que lorsque la perte des redoutes de Sainte-Barbe et de la Rhune (trop tôt abandonnées par les troupes de Conroux) eut exposé son flanc gauche et tourné toute la ligne de Sarre à la mer. Il alla prendre position au delà d'Àscain et de Sarre, un peu au-dessus de Saint-Pé. Reille se retira en arrière de Saint- Jean-de-Luz, sur Bidard.
En ce moment, Soult arriva de Saint-Jean-de-Luz au camp de Serres avec sa réserve d'artillerie et toutes ses troupes disponibles pour menacer le flanc gauche des alliés ; mais les dispositions de Wellington (3) et la nuit tombante empêchèrent
(1) Soult «Tait rendn celte partie formidable. Voir la Mtrt de U^êUtngton à Baikunt, 13 DOTembre 1813.
(2) Hlll était opposé à Clausel avec 24,000 bommet, et Beresford à dlrion avec 16,000.
(3) Wellington passa la ifiTCllc a Salnt-Pétyecdetizdlf liions. Toutefois» H n\»pén ce pas-
ce mouvement de produire son effet ; il en résulta que trois divisions anglaises purent s'établir solidement derrière l'aile droite de Soult.
Les ouvrages de la seconde ligne, débordés de tous côtés par des forces supérieures» étaient tombés en grande partie au pouvoir des Anglais. Ce fut en défendant avec vigueur ces derniers retranchements que le brave général Conroux reçut une blessure, dont il mourut quelques jours après.
Le soir, l'armée française se trouva établie dans une position à peu près concentrique à celle du matin : sa gauche était appuyée à la Nive et au village de Larressore ; son centre se trouvait sur la route de Saint-Pé à Bayonne, près d'Abancen-Borda, et sa droite occupait la Nivelle, de Serres à Saint- Jean-de-Luz.
Le résultat de la journée pour les alliés fut la possession des villages d'Urugne, de Sarre, d'Ascain,de Saint-Pé, d'Ainhoé, d'Ëspelette et de Sourante, tous situés sur le territoire français (i).
Les Français perdirent ce jour-là 4,265 hommes (y compris 1,400 prisonniers], 51 bouches à feu, 6 caissons de munitions, leurs magasins de Saint- Jean-de-Luz et ceux d'Ëspelette (t). Du côté des alliés, les pertes ne s'élevèrent qu'à 2,694 hommes (3).
De l'aveu même de Clausel, les troupes de sa division a ne firent pas tout ce qu'elles aurait pu faire » dans les fortes positions qu'elles eurent à défendre (4).
\i Wellington avait eu plus de monde sous la main, ou si
mmgie qoe quand II fol cerUla que la 6« division , dont fl attendait rarrivôet était à portée de Me sontenir. Ce retard mu fa le duc de Dalmatle.
(1) LlPBNI, p. 159.
(3) Mapport du 13 novembre , de Wellington à tord Bathurtt. Pellot estime les pertes des Vrançatt à 3,000 ou 3,500 hommes mis liors de combat. Au nombre des Français tués se trou- "▼alt le fénéral Conroux.
(3) 368 tués, 1,991 blessés et 09 manquants (étai officiel publié par Gurwoo€t),
(I) PlUOT, p. 73.
le jour n'avait pas été aussi avancé» il aurait atteint complètement son but en coupant, la droite des Français. On doit admirer rexcellent parti qu'il sut tirer de ses troupes et la vigueur extraordinaire que celles-ci déployèrent dans l'attaque des redoutes, des forts, des abattis et des retranchements en terre ou en pierres sèches que les Français avaient élevés sur deux et trois lignes successives, au milieu d'un pays de rochers, de hautes montagnes et de précipices.
La conduite du maréchal Soult ne fut pas exempte de reproches ; il commit notamment une faute grave en n'engageant pas les deux belles divisions de Daricau et de Foy. Dans le moment décisif, il ne put opposer aux 50,000 hommes réunis par Wellington que 18,000 Français, découragés par de nombreux échecs et par le spectacle de la trahison de leurs concitoyens.
Pendant la nuit, les troupes françaises, craignant que Beresford ne s'interposât entre Saint-Jean-de-Luz et Bayonne, abandonnèrent leurs ouvrages et leurs positions sur la rive droite de la Nivelle, après avoir démoli tous les ponts de cette rivière entre Saint-Jean-de-Luz et Àscain.
Le 11, à dix heures du matin, l'armée de Soult s'étendait depuis la mer jusqu'à la Nive, la droite appuyée à Bidard, et la gauche postée en avant du village d'Àraunts, sur le monticule appelé Sainte-Baabe. La tète de pont de Gambo était gardée par le général Foy (i).
Le 11, au matin, Hope, qui, dans sa fausse attaque, avait obtenu quelques avantages sur Reille, passa la Nivelle à gué au-dessus de Saint-Jean-de-Luz. Le même jour, le restant de l'armée alliée se mit en mouvement : Beresford au centre, Hill et Morille sur la droite. Mais les fortes pluies tombées le 10, et l'épais brouillard du 11 interrompirent la marche
(1) Le 1I| F07 se retraocha clans le tiaa Camboaprès avoir fait sauter le pont.
des colonnes. Malgré cette circonstance favorable, le maréchal Soult ne jugea pas ses troupes en état de soutenir une seconde bataille sur le terrain étendu qu*il occupait (i] ; poursuivant donc sa retraite» il s'établit le lendemain dans une nouvelle position entre Ànglet et le camp retranché de Bayonne, position défendue par la Nive, dont les eaux, débordées en ce mo« ment, formaient une excellente ligne de défense. Le duc de Dalmatie ne s'était pas attendu à cette prompte évacuation d'une série d'ouvrages sur lesquels il avait fondé le plus brillant espoir. D'après l'exemple donné par Wellington en 1810, il avait pendant trois mois employé toute son armée à construire un camp retranché qui, par la nature et la disposition des ouvrages, autant que par la constitution physique du terrain et par les défenses naturelles dont on avait tiré parti , ressemblait beaucoup au camp de Torrès-Vedras; mais le temps n'avait pas permis au général français de donner aux éléments de cette vaste ligne la consistance nécessaire ; et, d'un autre côté, le nombre de ses troupes n'était pas en rapport avec les besoins d'une défense aussi étendue. Les soldats français, au surplus, n'avaient pas grande confiance dans ces lignes, et, pour surcroit, leur moral s'était affaibli par des circonstances qu'il n'était pas au pouvoir de Soult de conjuirer. Néanmoins, le maréchal pensa qu'ils auraient pu montrer plus d'opiniâtreté. « Il est à peine croyable, écrivit-il au sninistre de la guerre, que des retranchements tels que ceux ^ue défendaient Clausel et d'Erlon aient pu être enlevés. » Après la perte de la Nivelle, le duc de Dalmatie employa -une partie de ses troupes à renforcer les ouvrages du camp Tetranché de Bayonne.
Wellington ne lui aurait pas donné le temps de prendre
(1) cette troUième ligne de camps avait huit milles de longueur ; toutefois, ses ouvrages prêtaient pas encore terminés.
ces mesures de précaution, si le terrain argileux qui se trouve au pied des Pyrénées n*eût été détrempé au point de rendre impossible les mouvements de Tartillerie et de la cavalerie (i). Il avait d'ailleurs besoin de rétablir dans son armée la subordination et la discipline, fortement ébranlées par le manque de vivres et le mauvais exemple des Espagnols. Ces derniers commirent de tels excès sur le territoire ennemi (t), que Wellington, préférant une diminution de force matérielle à la perte de l'influence qu'il espérait obtenir en respectant la vie et les propriétés des citoyens français, fit passer par les armes tous les maraudeurs pris sur le fait ; et quand cette sévérité même demeura sans résultat, il n'hésita point à renvoyer les corps espagnols chez eux (s). Rien n'est plus honorable que cette résolution, ni plus digne d'éloges que la sévérité du duc à l'égard des maraudeurs, et les peines qu'il se donna pour éviter de recourir aux réquisitions dont le droit de la guerre et l'exemple des Français auraient cependant légitimé l'emploi. Toutes ses proclamations avaient pour but de rassurer le peuple: « Je vous prie, disait-il dans celle du 1^' novembre, (c de faire arrêter et conduire à mon quartier-général tous c( ceux qui vous font du mal... » Et dans sa lettre au général Freyre : « Je ne viens pas en France pour piller les France çais... au contraire, mon devoir et le devoir de tous est €c d'empêcher le pillage... » Les mêmes sentiments se trou«
(1) Voir la têlirede Wellington du 21 novembre, au eomlê Bathunt, «t celle du 23, à Du mouriez. On lit dans cette dernière : « Nous sommes arrêtés ptr les pluies et absotameai embourbés. ■
(2) Non contents de piller, Us commettaient encore de nombreux assassinats.
(3) Voir sa lettre du 22 novembre 1813, à Dumouriex.
Voir aussi Haxwkll , t. III , p. 277 et 278. Wellington Ot exécuter à cette époque deux soldats anglais convaincus d'avoir pillé. On leur mit sur la poitrine un écrileau Indiquant let méfaits quMIs avalent commis. Le quartier-maître Surtees, dans son ouvrage intitulé 7^w«fiO fivexfan in the rifle brigade, raconte que vers ce temps les relations entre les Prancals les Anglais et les Portugais éUient devenues si amicales, qu'aux avant-postes on ne s'opposait plus au placement des sentinelles; que les soldats des trois nations écbangealent d« Peau-de-vIe contre du thé, et qu'iU pillaient en parfaite harmonie, or, c'est préclaémenl cette fraternité de pUlards que Wellington eut * ccur de faire cesser par tous les moTeai poMlblei.
nt e)q)rimés dans une foule d'autres lettres. Le but qu'il ulait atteindre par cette conduite, si opposée à celle des nquérants ordinaires, se révèle dans les lignes suivantes, fessées au gouvernement britannique : ce Je dois dire que nos succès dépendront surtout de notre modération et de notre esprit de justice, ainsi que de la bonne conduite et de la discipline de nos troupes (i). » Ce but, à ce qu'il paraît, fut mplétement atteint, car, le 21 novembre 1813, Wellington rivit de Saint-Jean-de-Luz à Bathurst : a Les indigènes de cette partie du pays sont non-seulement réconciliés avec l'invasion, mais encore il désirent que nous réussissions. Ils nous procurent tous les vivres qu'ils peuvent, et ils s'emploient eux-mêmes à nous donner des renseignements.» Le ^janvier 1814, s'adressant au même ministre : «Nous protégeons, dit-il, les propriétés des habitants contre le pillage de leurs armées. Ils viennent mettre à l'abri de nos lignes leurs bestiaux et tout ce qu'ils possèdent... » Cette moderato, sans exemple dans l'histoire, favorisa puissamment la stauration des Bourbons, et contribua dans une large prortion au succès de la campagne de 1814 en France.
Dès que le temps se fut un peu remis, Wellington songea )Oursuivre le cours de ses victoires. Reconnaissant qu'il *ait difficile d'attaquer Soult dans la forte position que ce iréchal avait prise en avant de Bayonne, il pensa que le illeur moyen de l'en déloger ou de l'affaiblir assez pour Qner aux alliés une occasion de le battre , serait de passer Nive et d'établir sa droite sur l'Adour. Ainsi l'armée française, qui déjà éprouvait beaucoup de ficultés à se procurer le nécessaire, perdrait ses communitions avec l'intérieur par l'Âdour, tandis que l'armée alliée
.) 1^ 21 nofembre, à iordBaihurtt,
aurait toute facilité de recevoir des subsistances et des renseignements des provinces du centre (i).
Cette opération permettait aussi d'encourager les mécontents et d'entrer en relation avec eux. Sur ce point, toutefois, Wellington montra une grande réserve, et nous verrons plus loin qu'il eut de puissantes raisons pour agir de la sorte. En se mettant trop tôt à la tête du mouvement bourbonnien qui s'opérait dans le midi de la France, il aurait exposé ses partisans et la cause même de la légitimité à des périls imminents. Sa prudence lui fit éviter cet écueil de la manière la plus heureuse.
Le 9 décembre, les troupes alliées sortirent de leurs cantonnements pour effectuer le passage de la Nive. La droite, sous les ordres de Hill, reçut l'ordre de traverser la rivière à gué, entre Cambo et Itsassu, pendant que Beresford appuierait et favoriserait cette opération, en faisant passer la division Clinton à Ustaritz. Hope fut chargé de repousser les avantpostes sur tout le front du camp retranché entre la Nive et la mer, et de tenir Soult en échec, pendant queHill et Beresford traverseraient la rivière. Les opérations de ces derniers obtinrent un plein succès. L'ennemi fut chassé de la rive droite et obligé de se retirer sur Bayonne par la grande route de Saint- Jean-Pied-de-Port,
Ces divers mouvements avaient été si bien conçus et si promptement exécutés, que les Français furent réellement surpris. Quand Soult arriva de Bayonne en toute hâte, Wellington était déjà en possession du terrain. Cependant le mauvais état des routes empêcha Hill d'arriver à temps pour occuper les hauteurs de Saint-Pierre. La nuit, accélérée par un temps nébuleux, mit fin au combat.
(I) f^eillngton au eomu Bathurtt, U décembre 181S.^ Par ce mouvement* WelIlngUm tenait auMl ravantasc d'établir ta cavalerie dans des plaines fertiles.
Cette journée rendit les alliés maîtres de la Nive, depuis Cambo jusqu'à Yillefranque , et leur assura un point d'appui inr la route de Saint -Jean -Pied- de- Port, à deux lieues de Rayonne.
Au nombre des Anglais blessés se trouvait le général Hope» {ui avait montré un courage tel , que Wellington écrivit à ronrens (t) : « Nous le perdrons s'il continue à s'exposer au X feu comme il l'a fait ces trois derniers jours. Outre la K blessure qu'il a reçue à la jambe, son habit et son chapeau K étaient criblés de balles. »
Les pertes de chaque côté s'élevaient à 800 hommes enwon.
Par suite de l'opération du 9, les ailes de l'armée alliée se trouvaient éloignées de près de trois lieues, et séparées par la Nive. Soult résolut de profiter de cette circonstance A de tomber le lendemain avec toutes ses forces réunies sur l*aile qui occupait la rive gauche {a). Sa confiance dans la réussite de cette opération était si grande , que la veille au Boir, il écrivit au duc de Feltre : « JTai l'espoir que j'aurai ie$ succès à vous annoncer; » et, de fait, l'attaque projetée eût été funeste aux alliés, si elle avait été convenablement exécutée; car Wellington, en prenant une fausse position, ivait perdu l'avantage de la supériorité numérique (s).
(1) Le 15 décembre.
(2) Kn ce moment, le front des alliés était de trois lieues.
(S) Tolcl en quels termes le général de Vaudoncourt a critiqué cette faute de Wellington r/#f. des campagne* de 1814 et 1815, 1. 1", p. 233] : « Quoique Wellington ait pu compter sur supériorité de ses forces pour hasarder une opération de flanc, celte supériorité n^étalt pas ises proDOOcée pour oser couper son armée en deux et la mettre ainsi à la merci d^un événelent qne pouvait amener une crue d'eau. 11 aurait fallu pour cela que chacune des moitiés > son armée fût en état de lutter contre Parmée française toute entière ; 11 était bien loin être dans ce cas-là. Les deux llf^nes de communication de sa base d*opérations étalent Irun ; le col de Maya; car le col de Roncevaux ne pouvait lui être d'aucune utilité dans une re- ■Ite, puisque le passage était barré par Saint-Jean-Pied-de-Port. Une tentative hasardée pouilt rendre le duc de Dalmatie maître des deux ponts d'Ustarltx et de Gambo ; 11 pouvait, avec »ate son armée réunie, battre les troupes anglaises qui étalent sur la rive gauche de la Hre. Alors celles que Wellington avait poussées sur la droite se seraient trou? ées fort comremlses. Un mouTement en ayant sur TAdour ne la sanyalt pas, puisque le doc de Palmatle
Mais Soulty au lieu de marcher sur le point décisif d*Ar cangues, ainsi qu'il en avait eu d'abord le projet, dirigea principale attaque sur Barouilhet ; attaque, qui, par suite d mauvais état des routes (défoncées par les pluies), manqua d vigueur et d'ensemble (i). Le corps de Hope soutint sur point une lutte acharnée contre deux divisions de Reille, et^ quoiqu'il n'eût que 10,000 hommes successivement engagés, il força ces divisions à battre en retraite, vers deux heures après midi. En ce moment Soult, rejoint par toutes ses colonnes , donna l'ordre de renouveler le combat. Mais , apprenant aussitôt que Wellington accourait avec des troupes fraîches, il hésita et suspendit son ordre. La nuit survint, et les deux armées restèrent en présence.
Dans cette journée , les alliés eurent 1 ,200 tués et blessés, et 500 prisonniers (2). Les Français perdirent environ 2,000 hommes, et sur la fin de la bataille trois régiments allemands passèrent à l'ennemi (s).
Le lendemain un nouveau combat fut livré.
Les Français dirigèrent la totalité de leurs forces sur la gauche des alliés, commandée par Hope, mais malgré leur supériorité numérique , ils furent obligés de reprendre les positions de la veille.
De part et d'autre , 800 hommes environ restèrent sur le terrain.
ne devait rien tant désirer que de Tolr Tenneml quitter sa base et abandonner tes cooimiuilcaUons. ■
ces réflexions sont en général très- Judicieuses.
(1 ) Le général de Taudoncourt reprocbe encore à Soult de n'avoir pat commencé rntUqse assez tôL
(2) Lapène Axe les pertes des alliés à 5,000 hommes hors de combat et A 1,000 prltomitart. et les pertes des Français à 3,000 hommes. Les Vietotres et conquête» donnent l«t méiei chiffres, sauf celui des pertes essuyées par les Français, qu'elles portent à S,S0O. B'aprèt 4m Vaudoncourt, Soult mit 2,ooo alliés hors de combat et leur fit 800 prisonniers. Les pertes des Français ne s'élevèrent qu*à 1,200 hommes. Ces chiffres se rapprochent bien pins delà vérité que les précédents.
(3) iraprès Upène, 1,600 hommes seulement passèrent à rennemi; à Is suite de oetle déesrtlon, les autres troupes allemandes furent envoyées à Bayonne.
Le i2, un malentendu amena une troisième collision sans objet comme sans résultat, et à laquelle le gros de Tarmée française ne prit aucune part (i).
Le même jour, Soult, après avoir laissé deux divisions et la réserve dans son camp retranché, marcha avec sept autres divisions ou 55,000 hommes et 22 pièces de canon sur MousseroUes pour attaquer le général Hill, qui avait seulement i 3,600 hommes et 14 bouches à feu sous la main (s). Mais à cause du mauvais état des routes, cinq divisions seulement furent en état d'agir ; et de ce nombre trois seulement parent être sérieusement engagées, parce que le terrain était trop resserré pour déployer les autres. La rencontre eut lieu à Saint-Pierre. Elle fut remarquable par Tachamement et rintrépidité des combattants. On peut la citer comme une des plus meurtrières de la Péninsule.
La bataille commença vers huit heures et demie du matin. A midi , Hill apprenant que Wellington approchait avec la 6* division, engagea sa réserve et força le maréchal Soult à faire un mouvement rétrograde, bien que la brigade d'Armagnac, les divisions Foy et Maransin fussent en position d'écraser les colonnes anglaises. Au moment où Hill obtenait ce résultat inespéré, arriva la 6^ division, en marche depuis Taurore et suivie à quelque distance par la 4% par deux bri- ^des de la 5^ et par la T (s).
Wellington, jugeant du premier coup d'œil que la bataille
(1) Il y ent cependant de chaque c6té 3 à 400 hommes tués el blessés.
(2) Il «Tait en outre 4,000 Espagnols et la cavalerie de VlTlan ; mais ces troupes éUlent teen échec à Urcuray par les généraux Paris el Soult.
(t) Be Tandoncourt prétend que ces troupes le rejoignirent dans la nuit du 12 au 13: de que Bill aurait en 6 divisions engagées depuis le commencement de l'affaire. (Test trreur dans Uquelle a versé également Upène, qui évalue reffeclif de Tarmée aUlée à 40^000 Iwmmes.
La même erreur a été reproduite encore par H. de Beauchamp et par les auteurs des ytcê9trt «t eanquéiet. Ces derniers portent les forces prlmlUves de BUl à 20,000 homme|, et ccDei qui lui arrivèrent successivement pendant le combat ft 30,000 : ils prétendent que la bAtanie dura tente la Journée et que Wellington y Joua le r6lo principal.
était gagnée^ félicita chaudement son brave camarade sur le succès qu'il venait de remporter, et ordonna aussitôt un mouvement général en avant (vers deux heures). Les colonnes françaises, vivement poursuivies, essuyèrent des pertes considérables; mais Tobscurité et le mauvais état des routes ne permirent pas de continuer la poursuite.
Les alliés perdirent environ 2,000 hommes; trois généraux et presque tous les officiers d'état-major furent mis hors de combat. Les Français eurent en tout 5,000 hommes tués et blessés (i), chiffre important, si l'on considère que la moitié seulement de leur effectif, ou 16,000 hommes, furent sérieusement engagés. Au nombre des blessés se trouvaient les généraux Maucune et Maucomble.
On peut reprocher à Wellington d'avoir laissé Hill dans cette position critique sur la Nive, oii il aurait été battu sans un concours de circonstances heureuses et sans le courage vraiment héroïque des soldats anglais. Quant au maréchal Soult, il n'eut que le tort de n'avoir pas exécuté avec assez d'ensemble et de promptitude le plan d'attaque judicieux qu'il avait conçu (2).
Wellington, en menaçant les communications de Soult, espérait forcer leducdeDalmatie à lever son camp de Bayonne.
(1) D'après Pellot, les Français curent 4 à 500 hommes tués et 2,500 blessés. D'après Lapène, lis eurent 3,700 hommes hors de combat et deux généraux blessés. Le même auteur évalue les pertes des alliés à 6,000 hommes, ce qui est une erreur manifeste, puisqu'il résulte d'un état officiel, publié par Gurwood, que les alliés eurent, du 9 au 13 décembre, 650laéa, 3,907 blessés et 504 manquants.
Ces. chiffres servent ésalemcnt de réfutation à do Vaudoncourt, qui estime les pertes essuyées par les alliés dans la Journée du 12, à 4,000 hommes, et k Bclmas, qui prétend c que les alliés, de leur propre aveu, perdirent à Saint-Pierre 8,000 hommes, tandis que les Français eurent seulement 5,900 hommes hors de combat. •
Thibaudetu évalue les pertes des Français, du 9 au 13 , A 12,000 hommes. Lapène A 10,000, et Fellet à 5,914, dont 4,600 blessés, chiffre dans lequel ne sont pas compris les déserteurs et les prisonniers.
(2) De Taudoncourt lut reproche encore de n'avoir pas attaqué le corps de Bill dès le il , . au point du Jour. Hais, même en attaquant le 12 à 8 heures et demie du matin, coeuse^ il le fit, Soult avait la chance de battre Bill avant midi, c'est-à-dire avant Tarrlvée premiers renforts.
n lui était en quelque sorte impossible d'obtenir ce résultat par le siège de la ville, parce que toute Tarmée française se trouât iréunie sur ce point, et que la place tirait en outre un imnense avantage de ses inondations et de la nature marécageuse du terrain. Le passage de la Nive était un premier pas rers la réalisation du système contraire; aussi le duc se nontra-t-il fort content du résultat obtenu dans la journée lu 12.
Après le combat de Saint-Pierre, les alliés furent de nouirean arrêtés par les pluies. Des deux côtés, on mit ce temps i profit pour élever des ouvrages de campagne sur le front des [Msitions respectives (i).
Wellington fit revenir, à cette époque, les 20,000 Ëspal^ols qu'il avait renvoyés pour cause de pillage. Il avait besoin de ces forces pour continuer ses opérations ; et, d'ailenrSy il pensait que la leçon avait été suffisante pour produire le Teffet; mais il ne tarda pas à reconnaître son erreur sur ce point, car dans le premier village français où les Espagnols le Morillo s'établirent, ils massacrèrent quinze personnes, au nombre desquelles se trouvaient des femmes et des enfants. Les bandes de Mina, par des horreurs semblables, avaient telement exaspéré les Basques, que ces montagnards furent sur le •oint de commencer une guerre de partisans. Afin de prévenir e résultat fâcheux|, Wellington sévit contre les pillards , et Q même temps publia un ordre du jour dans lequel il préint les Basques qu'ils eussent à se joindre à l'armée franlise, ou à rester en paix chez eux ; que tous les individus t>UTés les armes à la main et faisant le métier de partisan iraient fusillés, et que les maisons des coupables seraient vrées aux flammes sans miséricorde. Cette menace terrible.
(1) Wenington aagmenU tes ouTrages A Barouilhet, et Sonll fortifla Hastlngaet, Fcyreborade L plntleart points sur la Bldouze. 11 augmenta en outre lea ouvraget de liaTarrelos.
— laïque justifiait la position délicate de rarmée alliée» engagea les Basques à rester neutres» au grand préjudice de Soult, qui avait déjà songé à tirer parti de ces populations rigoureuses.
Un plus grand embarras fut suscité à Wellington par le traité de Yalençay, que Ton avait soumis secrètement à la régence dans le courant de décembre 1815. Ce traité, négocié parle comte Laforêt, et signé le 8 décembre 1815, avait pour but de diviser les ennemis de l'empereur et de mettre à sa disposition les troupes laissées en Espagne (i). Il portait restitution du trône à Ferdinand VII et prompte évacuation du territoire de la Péninsule, à la condition d'expulser d'Espagne ceux qui venaient d'en chasser l'usurpateur.
Ce traité devait irriter nécessairement les véritables patriotes et les ministres de la Grande-Bretagne.
La régence de son côté le condamna, parce <|u'il était peu favorable aux idées démocratiques ; et Wellin^on, malgré sa répugnance pour ces idées et les griefs qu'il avait à reprocher à la régence, n'hésita point à soutenir cette autorité, uniquement parce que les intérêts dont il avait embrassé la défense exigeaient le sacrifice de ses ressentiments particuliers. Divers renseignements lui donnèrent d'ailleurs la conviction que l'arrangement proposé avait des chances de succès, et que dans l'armée notamment, il trouverait de chaleureux appuis (s). Il signala au gouvernement anglais tous les dangers dont ce traité menaçait
(1) Le 12 novembre 1813, Napoléon «Tait annoncé à Ferdinand rintenUon de Inl reaUloer le tr6ne d^ltpegne, c pour 6tcr tout prétexte à PJnflaence anslalse et rétabllrlee !!•■• et de bon tolalnage qui avalent exltté longtemps entre let deux nations. •
(2) Wellington affirme, dans une Mtre à lord Bathurtt, que la plupart des eflteien gnolstous set ordres étalent favorables à ce traité. Dans une autre lettre tm (10 Janvier 1814), Il dit : « Tal longtemps soupçonné que Bonaparte adopterait eet ex; dlent , et s*U avait eu moins d\>rgueU et plus de bon sens, et s*D eût mis eette exécution, comme II le devait , elle aurait réussi. Je ne suis pas certain qaVIe oo pas maintenant ■
;Ieterre et TEspagne. Ces dangers furent heureusement es par la marche rapide des événements et par la résis- ( des Gortès, qui refusèrent de sanctionner un traité que inand, prisonnier, avait eu la faiblesse d'accepter des s de Fempereur. Sans cette circonstance, les difficultés raient accumulées sous les pas de Wellington; car, maies services éminents qu'il ne cessait de rendre^ son ince sur les ministres anglais était faible (i), et sur les stres espagnols complètement nulle. Les premiers avaient dée si fausse delà situation générale et des besoins de la "e, que tantôt ils voulaient opérer en Hollande et dans la Qsule à la fois (2), tantôt pressaient le général de marcher ant, sans tenir compte de rien (3); tantôt encore ils forât le projet de l'employer avec son armée sur un autre : de l'Europe. Ils répandaient de l'or à profusion en ÂUeleet laissaient l'armée de la Péninsule dans le plus grand ment. Le salaire des muletiers était en arrière de vingtlois, et la solde de la troupe de sept mois. Les soldats, lenilles, marchaient pieds nus dans les froides gorges des nées par la faute de l'amirauté, qui apportait de conti- ( retards dans l'expédition du numéraire et des objets )illement. Obligé de tout payer, le général en chef avait "acte des dettes énormes. Dans une lettre au comte
Ceux qui à ceUo époque se trouTafent en relation areo les ministres savent bien que Italt regardé comme un visionnaire dont les projets avalent besoin d'être contrôlés ) hommes plus sages et plus eipérimentés. » — NAPiBRt t. XII «p. 229. D effet, une armée commandée par Graham , et prlmlllvc-ment destinée â renforcer s de la Péninsule, Tut envoyée en Hollande pour y soutenir rinsurrectlon. Wellington lira contraire à ce projet, et le résultat lui donna raison, car Graham ne contribua en i rétnlUt dénnltir de la guerre. Voir les Uttret du 21 décembre 1813, du 10 Janvier et rrll 1814, au eomU Bathurst. Dans cette dernière lettre, Wellinston se plaint de ce >ût dirigé sur la Hollande les recrues levées pour les régiments de la Péninsule qui ant en avalent le plut grand besoin.
>ar mettre un terme â ces Impatiences, Il écrivit le 21 décembre 1813 : « ... Que veus alliés? Je suis déjA plus avancé sur le territoire français qu'aucune des puls- I... A la guerre. Il y a des choses dont Texécutlon est Impossible , comme, par eiem* faire mouvoir des troupes dans le pays où Je me trouve, pendant et après de fortes
Bathurst (i) : « C'est à peine, dit-il, si je puis sortir de chez ce moi, à cause des créanciers publics qui attendent pour me ^
<K demander le payement de ce qui leur est dû. » Il avoue ^
même, dans sa correspondance intime, qu'il fut obligé d'emprunter à un particulier Targent nécessaire pour payer un ^ courrierdestinéau général Clinton (2). (c C'est dans cemoment, dit Napier, qu'on députa vers lui le sous-secrétaire d'État, colonel Bunbury, avec mission de lui reprocher les dépenses ^ de l'armée, et de voir s'il était possible d'opérer une réduction ^ sur le subside mensuel de 100,000 livres qu'il recevait (3). d
Les autorités espagnoles ne traitaient pas mieux le duc et ^^ ses braves soldats. Â Santander, elles mirent les hôpitaux anglais en quarantaine, et cherchèrent ensuite à s'en débarrasser, sous prétexte de l'invasion de la lièvre jaune, bien que Wellington, pour diminuer la charge des habitants, eût poussé la complaisance jusqu'à faire venir d'Angleterre des baraques portatives en bois, oii ses malades et ses blessés étaient fort 3^rx.it mal logés (4). Le chef politique [xefe politico) de Guipuscoa j^^:x>a avait ordonné en outre la mise en quarantaine de tous les <^^^es vaisseaux venant de Santander ; ce qui interrompait les com- ^ mtmjï' munications de l'armée avec ses magasins, et l'eût obligée^i^-»^ finalement de se retirer de la position avancée qu'elle occu- .cir^u. pait. Le duc, heureusement, prévint les conséquences de ces^*^ résolutions aussi malveillantes qu'absurdes, en déclarant qu'Lf 1^7/ ne les respecterait point.
L'armée anglo - sicilienne de Catalogne était dans le pl^c^^^/^
(1) Btt ai décembre 1813. Voir encore sa Mire du 8 Janvier 1814. an même.
(1) <i I yesterday wanted lo send of a couricr to gênerai W. Clinton in CaUlMiia,a montj tôt eipenses was borrowed from those wbo bappened to bave a lilUe to iend. » ( do 27 Janvier.)
(3) Alison , t. Xy p. 151, dit que TAngleterre était alors dans rimposslblltté de faire d grands sacrinces. il est certain que Jamais aucune puissance n'en atalt fait d*aaaai c«> rables; on peut lui reprocher seulement d*avoir donné trop aux alliés et aux armées <| raient dans le.Nord et trop peu à rarméo de Wellington, qui Jouait cei>endant le premi^B
(4) voir la lettre du 14 Janvier 1814, à Henri tTetlesl^, et celle du 23, au conseil d de Santander.
grand dénûment, et les troupes nationales qui opéraient dans cette province mouraient pour ainsi dire de faim. Le gouvernement espagnol n'avait pas même voulu fournir à cette armée les munitions et l'artillerie nécessaires pour défendre Tarragone (i).
Le duc d'Albuféra, mettant ces circonstances à profit, continua les hostilités contre Clinton et Copons , sans obtenir toutefois sur eux aucun succès digne d'être mentionné (2). A la suite du traité de Valençay, il reçut l'ordre de négocier avec Copons la remise de toutes les places , excepté celles de Figuières et Roses, à la condition que leurs garnisons rejoindraient l'armée active ; mais cette proposition ayant été rejetée par la régence sur l'avis de Wellington, Suchet détruisit les ouvrages de quelques petites places, démantela Gîronne et Roses, et concentra ses troupes à Figuières, où il Testa dans l'inaction plutôt que d'appuyer Soult avec les 12 â 15,000 vétérans dont il disposait.
Dans ces entrefaites. Napoléon voyant l'orage éclater sur
'Cous les points à la fois, s'était hâté de conclure la négociation
«uverte avec Ferdinand, en lui rendant la liberté. Ce prince
astucieux et faible quitta Valençay le 15 mars, et entra le 19
à Perpignan où l'attendait le duc d'Albuféra. Le 22, il pénétra
sur le territoire espagnol en compagnie du maréchal, qui,
^près avoir obtenu de lui les garanties qu'il avait ordre de
demander pour la restitution des garnisons, l'escorta sur les
l>ords de la Fluvia. Là se trouvait réunie l'armée de Copons,
chargée de le recevoir. L'armée française était en bataille sur
la rive opposée : toutes deux rendirent à Ferdinand les bon* -
(1) If APIEK.
(2) Suchet occupait encore à cette époque plusieurs forteresses Importantes. Trois de ces foricresscs, Lérida, Mequlnenza et Moozon lui furent enlevées en février 1814, ft Puidc de Utsx onlrrs fabriqués par Van flalen, qui s'était procuré au service du duc d'Albuféra le cblffre de la correspondance oinclello : action que le comte de Toréno a tort de louer, bien
que M pairie « en itràt un service signalé. »
neurs dus à son rang. Le nouveau roi se rendit ensuite à Gironne, à Tarragone, à Reus, à Saragosse, à Teruel &t à Valence. A peine arrivé dans cette dernière ville (le 16 avfiï), il s'appuya sur l'armée d'Élio pour se déclarer hautem^xit ennemi des réformes et des Cortès (i). Il se remit en roux. le le 5 mai, accompagné des troupes d'Ëlio et des grands <e1.ii royaume accourus près de lui.
Un corps de 25 à 30,000 hommes fut chargé d'oc< per Madrid. Dès le 4 mai, Ferdinand avait expédié, conn: avant-coureur de ses violences, un manifeste célèbre, après avoir critiqué avec amertume la conduite des Cortès déclarait nuls et non avenus leur constitution et leurs décre défendant, sous peine de mort, d'en jamais parler. Ce ma: feste réactionnaire fut publié le 10; immédiatement apn les troupes envahirent le local des Cortès et celui de régence. Plus de trente députés , deux régents et tous ministres furent arrêtés par le général Eguia; les auti membres du gouvernement prirent la fuite.
Les Cortès n'avaient pris aucune mesure pour défeoi leurs droits et leur existence menacés. De l'aveu d'un dépi libéral, le comte Toréno, elles ne pouvaient se fier ni aupeup ni à l'armée.
Le roi fit son entrée le 14, au milieu d'un vif enthousiasirrr^^e» et cette réception, interprétée dans le sens des idées de '^
cour, devint le point de départ d'une réaction violente con le parti avancé. Ferdinand en donna le signal, et, loin de pj fier une nation qui avait besoin de calme et de repos, il V< traîna à de nouvelles luttes par son ingratitude et sa duplici
Après la cérémonie de la Fluvia, le duc d'Âlbuféra ^^
(1) TORRNO, l. y, p. 484, dil quc le consell de briser les Corlës lui fui donné par llm^» ^^'^-
psLSsai les Pyrénées , laissant une division à Figuières et des gstmisons à Barcelonne , Tortose , Morella , Péniscola , Sagoxmte et Dénia. Les troupes de Lérida, de Mequinenza et de Monzon se mirent en marche sur un faux ordre, fabriqué par \atTM. Halen; mais, enveloppées dans un chemin creux par Copions (i) et Clinton, elles furent obligées de se rendre. Cet épisode marqua la fin de la guerre d'Espagne. Santona, toujours assiégée (2), se rendit à la paix générale avec les autres places, et, le 14- avril, les troupes de Clinton se mirent en marche, les unes pour s'embarquer à Tarragone, les autres pour rejoindre Wellington.
I^endant ce temps , l'armée alliée avait été arrêtée sur la Nive par le manque d'argent, et surtout par le mauvais état des routes. Quelques auteurs ont expliqué ce retard en l'attri- *^^aixt à la lenteur et au défaut de résolution du général en ^^^f ; mais, sur ce point, on nous permettra de préférer l'opi- '^^^n du maréchal Soult, qui se connaissait en opérations '^^lîtaires et n'avait aucun intérêt à flatter son redoutable anta-
ce ce
iste: « Il parait certain, écrivit-il le 22 décembre 1815 au Xïiinistre de la guerre, que, malgré le mauvais temps, les ennemis ont le projet de continuer les opérations. L'entreprise qu'ils méditent est bien difficile^ et je ne pense pas qu'ils puissent réussir sans perdre beaucoup de monde. Cependant il ne faut pas se dissimuler qu'ils ont de puis-
( I J X^e séoéral Copont , se fondant sur un décret des Cortès, refusa d^exécuter la promesse ^ite f>4r le roi à Suchet de faire rentrer en France les garnisons des diverses places de ^alenoe etdeCaUlogne.
(2) Cette place, si Importante pour les Français et si nuisible aux alliés, ne fut pas en- ^▼6e d temps, parce que Tamlrauté négligea de prendre des mesures efficaces pour maintenir Un t»ioc^3 rigoureux du côté de la mer.
ce sants moyens et qu*iis font de grands sacrifices pour parce venir à leur but. En ce moment, ils doivent payer fort cher « le séjour qu*ils font sur le territoire français, car leurs (c troupes souffrent beaucoup, et ils perdent continuellement ce une grande quantité de chevaux et de bestiaux. »
Au commencement de 1814, la position du général anglais fut améliorée par le rejet du traité de Yalençay, par Tenvoi d*une somme considérable en lingots (i), et par l'arrivée de quelques renforts (2).
La situation de Soult, au contraire, s'aggrava par le départ de 10,000 hommes d'infanterie et 3,000 de cavalerie (s), et surtout par les sentiments hostiles que les populations du Midi commençaient à faire éclater (4). Ne jugeant plus dès lors ses forces en état de combattre régulièrement les alliés (5), le maréchal proposa de laisser 14,000 hommes dans le camp de Toulouse, et de diriger les forces restantes (trop faibles pour tenir la campagne) sur la gauche, avec ordre de former un grand corps de partisans qui, appuyé aux Pyrénées, se jetterait sur les flancs et les derrières de Wellington, si ce dernier essayait de pénétrer en France. Ce projet, que le duc de Dalmatie voulait étendre à la défense de tout le territoire, et compléter par une espèce de levée en masse, fut soumis à
(1) Pour éTiter les pertes et les embarras qu'il eût éprouvés, si cet lingots ATaient été frappés à un coin étranger, Wellington établit une fabrique secrète de monnaie et frappa des napoléons en or. Dans rinde, il avait eu recours A un expédient analogue.
(2) 6.000 hommes d'Infanterie et 1,400 cavaliers venus d*Angleterre.
(S) Cet effectif comprenait deux divisions d^infantcrle, la cavalerie de Troilhard, 2,000 sMdats d'élite, désignés pour la garde Impériale, et quelques bataillons d*artlllcrie. Le dépari eut lieu par ordre de Napoléon dans le courant de février. Ce fut une perle Irréparable pour l'armée du duc de Dalraatle.
(4) Voir LAPÈif R, p. 212 et suivantes. Pellot dit que, le 1» janvier 1814, les réqnislliona cetsèrent, qu'on passa des marchés , que le propriétaire commença à respirer» et que la dlaclpllne se raffermit.— P. 02.
(5) B'après de Vaudoncourt, Il ne restait plus A Soalt que 3S.000 homnes d*inflanterie el S.OOO chevaux. D'après Ufiène, 35,000 fantassins, 1,800 chevaux et 50 bouches A feu. D'après les Victoires et coaguéies, 40,000 fantassins et 300 chevaux. Hait toutes cet évalBaltons sont trop faibles, parce qu'elles ne comprennent point les miliciens qui avalent remplacé les vieux soldats appelés au Nord.
Tempereur, qui refusa de le sanctionner, le trouvant révolutionnaire, et de nature à engendrer la guerre civile (i). Il fallut donc reprendre le système des opérations régulières, mais dans des conditions de plus en plus défavorables pour l'armée française.
Wellington méditait en ce moment un coup hardi.
Pour bien s'en rendre compte, il faut savoir quel était alors remplacement des armées belligérantes.
Celle des alliés, déployée autour de Bayonne sur un demicercle de trois lieues d'étendue, avait sa gauche appuyée à la mer, son centre à Ustaritz et Villefranque, sa droite établie dans l'intervalle de la Nive et de l'Adour supérieur, son grand quartier général à Saint-Jean-de-Luz, et la majeure partie de sa cavalerie, retenue par le manque de fourrage, en deçà les Pyrénées, sur les bords de l'Èbre (2).
L'armée française se développait également sur un arc de •^ercle, ayant sa droite appuyée à l'embouchure de l'Adour, on centre au confluent de ce fleuve et des gaves (3), sa gauche L Saint-Jean -Pied-de-Port, et son quartier général à peu près lu centre de la ligne (4).
L'armée alliée ne pouvait s'engager sur le territoire fran- ^is en laissant le camp retranché de Bayonne sur son flanc ^nche. Mais, pour bloquer ou assiéger cette place, il fallait ibfiolument en éloigner l'armée française et traverser l'Adour, leuve profond, rapide, très-large à son embouchure, soumis
(1) Soalt développa ce projet dan$ sa remarquable lettre du 17 Janvier 1814 , au minisire Me ta guerre. On y trouve ce passage, qui résume en quelque sorte l'ensemble de ses propo- »osltlons :
«.Les observations que Je viens de vous soumettre tendent donc à proposer d Tcmpercur a formation d'une armée aussi forte que possible en avant de Paris, par la réunion de toutes «s troupes disponibles des autres armées, ainsi qu*à la formation d'une multiplicité de corps le partisans sur tous les fronts de l'empire, où des troupes ennemies auraient pénétré Ml €fa\ seraient menacés. »
(2) LAPiNK, p. 203.
(3) Le moi gave slgniae torrent.
(4) Le quartier général de Soult avait été porté, le 20 décembre, à Feyreborade.
à Taction de fortes marées, défendu en outre par une flottill de chaloupes canonnières et par un corps de troupes étabi dans une excellente position défensive.
Le passage en amont de la ville pouvait se faire avec le moyens ordinaires, mais il offrait, au point de vue strate gique, des inconvénients sérieux. Le passage en aval, au coi traire , ne présentait aucune chance favorable à cause de I rapidité du courant qui s'opposait à Temploi des pontons. 1 n'était possible qu'avec des bâtiments de fort tonnage ; ci Tembouchure de l'Âdour, obstruée par les sables , opposait l'arrivée de ces bâtiments des obstacles que les gens du pa} regardaient comme presque invincibles. Le maréchal Sou lui-même croyait le passage du fleuve, en aval de Bayonm impraticable , et cette fausse sécurité fut précisément ce qi engagea Wellington à tenter l'opération.
Quarante chasse -marée furent secrètement chargés c madriers et d'autres objets nécessaires à la construction d'u pont. Ces bâtiments et quelques chaloupes canonnières d vaient, avec l'aide de la marine, remonter l'Adour et assuré le passage (i). En même temps, pour affaiblir de ce côté l moyens de résistance et tromper l'ennemi sur le véritab but des alliés, on devait diriger le gros des forces contre gauche de Soult, attirer, par une démonstration sur le centr son attention vers les parties inférieures des cours d'eau ti butaires de l'Âdour, et lui faire croire, par des réunions i bateaux et d'autres objets , qu'on avait l'intention de pass le fleuve au-dessus de Bayonne (2).
(1) Oo offrit secrètement à Wellington de lui livrer des bAlIroents du commerce fran^ moalllét dans TAdour, sMI voulait délivrer des licences à ces bâtiments; mais II dut renom A cet avantage et prendre même des mesures pour brûler et canonner les navirea don a*agit, parce que le gouvernement anglais refusait d'approuver les licences que le duc av accordées antérieurement.
(2) ceci est la véritable explication du mouvement de Wellington sur Sauveterre , n« vement que le général de Vaudouconrt regarde comme une faute, et que nous trouvons contraire fort habile. 81 Soult dégarnit Bayonne et porta le gros de tea forces sur le gc
)s gelées qui survinrent au commencement de février ilitèrent l'exécution de ce projet.
iC 14, Hill, avec 20,000 hommes et 16 pièces de canon, dirigea vers les sources des rivières qui couvraient la iche de Soult (i) ; — Beresford reçut Tordre de tenir le itre en échec ; — et le général Hope fut spécialement chargé d^iS opérations sur la droite de Tennemi.
^près des marches rapides et des combats réitérés , Hill
pSÉ.M*Tint à forcer le passage des rivières, au-dessus des points
c]xm^ Soult avait fortifiés. La Bidouze fut franchie le 16, et
\st Soissons le jour suivant. Hill put alors s^établir au delà de
oes cours d'eau et prendre des mesures pour traverser le gave
d'OIéron, que les Français avaient l'intention de défendre
énergiquement. Wellington vint à Garris , dans la journée
du 2S1 , pour diriger cette opération , qui pouvait devenir
très-importante si, comme on le craignait, le passage de
l*A.<lour était entravé par le mauvais temps ou par d'autres
difiB cultes. L'intention du général en chef était de franchir
le gave aussitôt que son équipage de pont serait arrivé.
Pendant ce temps, Hope prenait, de concert avec l'amiral Penrose, toutes les mesures nécessaires pour exécuter le pasde l'Adour. Cette opération devait avoir lieu le 21 fé- , mais un vent contraire et une marée houleuse retinrent
dH>léi-o]i, c*e«t parce qu'il vit se diriger de ce côlé le gros des forces ennemies. II ne Paurait point fait si parmée de Wellington était restée concentrée devant Bayonne, et, dans ce cas •uwl . l*A«|our n^anralt pas été franchi. Le général de Vaudoncourt lui-même en doit convenl^t Piila«|ii*il dit, 1. 1, p. 449 : a Je prouverai quVn faisant de Bayonne le centre des opéra- Uon« «l^renslires, II est Impossible à un ennemi de pénétrer en France par ce côté , avant de vosr l«Qi^ p„ une grande bataille , dont les chances mêmes se présentent à son désavan-
oaiis «toute Soult aurait pu tirer parti du mouvement de 'Wellington sur Sauveterre en at- Hvaii^^ avec le gros de ses forces , les quatre divisions restées devant Bayonne ; mais le gé- . ^^ Taudoncourt, qui préconise ce mouvement, n'a pas considéré d^abord que WelUng- -^. ^*^^It probablement suspendu sa marche sur Sauvclcrre s'il avait vu Soult rester en ^ *^*a» et, en second lieu, quMI eût été difiacile au duc de Oalmalle, avec les troupes et les |,^ '^^ ^ont II disposait, de prendre Toirenslve au delà d'un fleuve aussi Important que
* ^oiir ta Min ée fFêittngton à tord Bathurtt, 22 février 1814.
le convoi à Socoa. Pour éviter de nouveaux retards, sir John Hope résolut de tenter le passage avec les moyens dont if disposait (18 pontons et 6 petites chaloupes). En conséquence, il se dirigea sur Ânglet (dans la nuit du 22 au 25), avec 20,000 hommes et 20 pièces de canon. Le lendemain, il mit ses bouches à feu en batterie et força la flottille Arançaisc à gagner le haut de la rivière. Dans la soirée, six compagnies des gardes, deux de riflemen et une de tireurs de fusées (i), à peine établies sur l'autre rive (2), furent attaquées par deux bataillons français; mais elles finirent par repousser ces bataillons dans la ville. Dans le même moment, d^autres troupes passaient sur la rive ennemie à l'aide de pontons. Déjà trois brigades ou 8,000 hommes s'y trouvaient réunis quand les chasse-marée de Penrose vinrent jeter l'ancre à l'endroit du passage. Ces bâtiments, signalés le 24 à midi, s'étaient avancés avec des difficultés inouïes, à travers les brisants du fleuve: plusieurs, en voulant franchir la barre, s'étaient échoués sur les sables ou avaient été brisés par les vagues furieuses. La violence du vent et la destruction des signaux avaient augmenté encore les difficultés de cette opé* ration, déjà si pénible et si dangereuse en elle-même.
Les chasse-marée, au nombre de 26, jetèrent Tancre à trois milles au-dessous de Bayonne. Ils furent établis à 40 pieds les uns des autres (3). Sur ces supports flottants, on commença aussitôt la construction d'un tablier en câbles et en madriers. Le pont fut en état de servir le 26, â midi (4). Le lendemain, Hope renforça les troupes de Y
(1) On fit, dans celle circonslance, le premier essai des fuseés de guerre conlre les naTii et contre les troupes. Cet essai parut satisfaisant.
(2) ces troupes s'élevaient à 600 hommes. Voir la lettre de Wellington à Baihurtt, !« loai
(3) TAdour, à cet endroit, avait 135 toises de largeur.
(4) 8HEKEB, t. II, p. 305.
« Le passage de l'Adourscfltà la stupéfacUoa des liabitanit. Ils accoururent de toal
rive (occupées depuis le 25 à Tinvestissement de la citadelle) et envoya prévenir Wellington du succès de son opéra*t/on.
Le général Thouvenot , commandant les forces laissées à
B^ jonne, n'avait pas fait grande opposition à Tinvestisse-
flm^^nt de la citadelle, ayant à peine assez de monde pour
d^:Cendre les camps retranchés , menacés en ce moment par
d^<£i.utres corps ennemis.
Jiope, avec le secours des Espagnols de Freyre, se porta Simm Saint-ËtiennCy d'où il chassa les Français. Il compléta uite l'investissement de Bayonne du côté de la citadelle, et roya à l'armée les deux divisions anglaises qui avaient jui^^u'alors obser\'é la place entre la Nive et l'Adour.
^Wellington, de son côté, avait vigoureusement conduit ses opérations sur les gaves. Immédiatement après l'arrivée de ses pontons (le 24), il s'était mis en marche vers le gave dTOléron-
fieresford, qui, depuis le mouvement de Hill (i), tenait ^■^ échec le centre de l'armée française sur la Bidouze infénetit^e, avait attaqué l'ennemi le 25, dans ses postes fortifiés, *^^^^ la gauche du gave de Pau , et l'avait obligé à se retirer la tète de pont de Peyrehorade.
ce moment, tout le front de l'ennemi se trouvait mesur une étendue de 25 milles. Le but de ces opérations ^^^ixdues était de masquer à Soult le véritable objet de Tate.
€ passage du gave d'Oléron tira enfin le maréchal d'in-
^■^^^îtude. Il concentra immédiatement ses troupes à Orthez,
s le but de prendre l'ofiensive. C'était une grande faute,
l'ennemi avait intérêt à l'éloigner de Bayonne , pour dé-
^^ ^ Kxiur se convaincre par leurs propres yeux d'un événement qu^on Jugeait Impossible. «
• .\^^* BIADCHAMP, t. II, p. 81.
^ ' ^Exécuté le 14 et le 15.
boucher en France par la route de Saint-Jean-de-Luz, seuUS^iEja\e ligne d'opération avantageuse.
Le passage du gave d'Oléron avait eu lieu le 24 » à MonL^fiintfort, au-dessus de Sauveterre, et au gué de Villenave. SouLEjlv^uU aurait pu s'y opposer énergiquement ; il ne le fit point, e^ ^ et perdit ainsi une bonne occasion d'obtenir , sinon un avantag»^^ jsage décisif, au moins un succès partiel sur les alliés. Après avoi^o-voir détruit tous les ponts du gave de Pau, le maréchal se retirii Jfira le 25 sur Orthez, avec l'intention d'y livrer bataille. C'est \M Jt là qu'il apprit, le 26, que la cavalerie de Cottou et la divisio: <^ £0/2 d'infanterie de Picton avaient passé, la vieille au soir, W . k gave de Pau au-dessus de Berenx, pendant que le corpi^T-p^ d'armée de Beresford avait franchi le même gave entre Puy^^ ro et Peyrehorade (1).
La situation de Soult était fort critique en ce momen Son aile droite se trouvait débordée ou sur le point de Têt et sa position d'Orthez n'offrait aucun moyen de parer à danger (2). L'armée française n'avait pour retraite, d'Orthe à Saint-Sever, qu'une route percée dans un terrain difiBcil et coupé de marais ; sa droite, placée à Saint-Boês, était ei l'air, et pouvait être abordée du côté où les hauteurs von en diminuant. Or, cette aile culbutée, les alliés se tro valent aussi près du seul point de retraite de Soult que s^ gauche établie à Orthez ; si un mouvement rapide faisai
(1) PréTenu A temps de ce passage , Soult aurait pu faire subir ud échec aui oolonnet a glaises* séparées par des obstacles et fort éloignées Tune de Tau tre. — Voir Koca, t. i p. 285.
(2) « Dès rinstant où la gauche de rarmée anglaise avait passé le gaye de Pau à rade, la position d'Orlhez n'était plus tenable. Le duc de Dalmatle n'avait alors que dei partis à prendre. Le premier, et sans contredit le meilleur, était de se rabattre par un veoient rapide sur le maréchal Beresford, de le pousser sur Peyrehorade et d*aller de ooff" Teau prendre position derrière TAdour, vers Bayonne.
« ... Le second parti était celui do se retirer derrière le Luy-de-Béam» à 8a«ltrde-i vailles, ou derrière le Luy-de-Prance. » — DB Vaddoncoukt, t. II, p. 1K8.
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tomber en leur pouvoir le pont de Sault-de-Navailles, armée française était perdue (i). (Voir le Plan n*" 18.) ington saisit immédiatement les avantages que lui cette situation ; mais comme il avait encore une partie armée en arrière y il fut obligé de gagner du temps, ffet, il mit les divisions Picton et Beresford en mouy comme s'il voulait attaquer immédiatement l'armée se. Cette démonstration habile lui permit d'attendre t deux heures la & division et la division légère, sans ult fît un mouvement offensif. Ses troupes étant arridonna à Beresford l'ordre de tourner et d'attaquer la le l'ennemi avec les 4"^ et 7** divisions, soutenues par la ie de Vivian (s). Le général Picton, avec les 3** et 6* di- , devait aborder les hauteurs occupées par le centre mche des Français, pendant que Hill, avec la 2* divila division portugaise de Le Cor, traverserait la gave 1 à Sonars , pour déborder la gauche de l'ennemi et sa retraite sur Pau (s). Enfin, la division légère d'Âlten rdre de se tenir en réserve sur la rive droite, mée française occupait une ligne de hauteurs, en boisées et en partie dénudées, depuis Saint -Boës i Orthez. Le général Reille, avec les divisions Taupin, t et Paris, tenait la droite de la ligne de bataille. Au était le comte d'Erlon avec les divisions Foy et d'Arc. Sur la gauche, appuyé à la ville d'Orthez, se trouvait s de Clausel, formé des division Villatte et Harispe (4). ze pièces de canon étaient attachées à cette dernière
le colonel Koch* t. il, p. 286, et y Moires et conquétesy t. XXIII, p. 241.
sft>rd devait ensuite s^cmparerde la roule de Salnt-Scver.
la Uître du l*' mars 1814, au comte Bathurst.
igton, dit Napier, avait pris ses mesures de manière quMl pouvait, en débordant la
Fenneml , s'emparer du dénié de SauIl-de-Navaillcs , couper les Français de leurs
à Daz , Hont-de-Harsan et Aire , et les forcer A se retirer par la route de Fau, en
Ht celle de Bordeaui. «^T. Xill,p. 93.
port de 8ouIt.
division ; douze dutres se trouvaient sur la hauteur, occupée par le centre ; les seize pièces restantes étaient en réserve sur la route de Dax.
L'action commença vers neuf heures du matin. Beresford, après une lutte acharnée, emporta le village de Saint-Boès; mais le terrain à gauche et derrière ce village était si resserré, que ses troupes ne purent se déployer pour attaquer les hauteurs occupées par la droite de l'ennemi ; elles ne pouvaient pas davantage les tourner , car ce mouvement aurait séparé Beresford de Picton , et détruit par suite la liaison entre les diverses parties de Tordre de bataille des alliés.
Soult, ayant remarqué ces diverses circonstances, dirigea son principal effort du côté de Reille. Les soldats anglais firent des prodiges de valeur; mais, attaqués par des soldats aussi braves qu'eux dans les défilés étroits qui conduisaient à la position, ils durent rebrousser chemin, laissant un grand nombre de morts et de blessés sur le terrain.
La bataille semblait perdue, et déjà Soult s'écriait : « Enfin, je les tiens! y> quand, par une inspiration soudaine, Wellington, changeant son plan d'attaque, dirigea les deux divisions de Picton et une brigade de la division légère contre la gauche de la hauteur occupée par le corps de Reille. Cette tentative vigoureuse eut un résultat inespéré; elle fut particulièrement honorable pour le 52* régiment de ligne, chargé de prendre en flanc et à revers les troupes qui repoussaient la colonne d'attaque de Saint-Boès. Cet intrépide régiment traversa un marais sous le feu de l'ennemi, et se jeta avec tant de violence sur les divisions Foy et Taupin qu'il les obligea de se retirer.
Ce succès ouvrit à Wellington l'étroit passage derrière Saint-Boès ; il en profita pour faire avancer et déployer les 4° et 7^* divisions, la cavalerie de Vivian et deux batteries d'artillerie de campagne.
Immédiatement après l'abandon du village (où Ton avait
combattu pendant sept heures consécutives), Beresford, dégagé de.toi]tf; obstacle, opéra sa jonction avec Picton et Alton sw la crête des hauteurs.
Pendant ce temps, Hill avec 12,000 hommes avait forcé le passage du gave au-dessus d'Orthez, et, après avoir jeté un coup d'œil sur l'ensemble de la bataille, s'était dirigé droit vers la grande route d'Orthez à Saint-Sever pour couper la retraite à Tarmée française.
Ne jugeant plus dès lors sa position tenable, Soult se décida à rabandonner(i). C'était une opération des plus difficiles, surtout à cause du terrain coupé de ravins et embarrassé de broussailles que la droite et le centre devaient traverser; elle réussit néanmoins parfaitement, grâce à l'habileté et à la l^mptitude avec lesquelles Soult changea sa ligne de retanàte. S'il s'était dirigé sur Bordeaux au lieu de Toulouse, Wdlington l'eût poussé dans les landes, où l'armée française aurait couru les plus grands dangers, la cavalerie aiif^se ayant une incontestable supériorité sur la sienne (s).
« La retraite de l'ennemi, dit Wellington, se fit d'abord « dans un ordre admirable; mais bientôt les attaques des a Anglais et le mouvement de Hill les forçant à précipiter a leur marche, cette retraite devint une fuite où les troupes « se mêlèrent dans le plus grand désordre... Beaucoup de u soldats jetèrent leurs armes, et la désertion depuis ce mo- « ment augmenta notablement (s). »
(1) la ce moment, Bill avait coupé la roate de Pau et tourné le village d'Orthez.
(S) Cette ciroonatance a échappé au général de Vaudoncourt, dont les crillques sont eniprciDtea d'une trop grande sévérité pour le duc do Daloutle. (Voir t. H, p. 172 et suivantes.) Il noua semble que si de puissantes raisons militaient en faveur de la retraite sur Bordeaux, il f en avaient d*autres* tout aussi puissantes , qui devaient décider le maréchal Soult en fa- TMir de la retraite sur Toulouse. La retraite sur Bordeaui , en effet, eût attiré Wellington pins tôt au centre de Templre cl rendu Impossible la jonction, encore probable, do Parmee des Pyrénées avec celle de PAragon.
(3) Bapporide WêUingUm sur la baUllIe d'orthei.
Un auteur français, H. deBeaucbamp, confirme ces détails. «< Le maréchal Souil, dit-il, eut la douleur de voir la retraite , si bien commencée , dégénérer en déroute. Les conscrits jelatoBt leurs armea et fuyaient à la débandade. » — T. Il, p. 81. (Voir aus8lPM.L0T,p. 115.)
La déroute dont parle Wellington fut le résultat d'une a< taque vigoureuse de Hill. Bientôt cependant les troupes fwmçaises se reformèrent derrière Luy-de-Béarn, et continuèrea leur mouvement sur Saint-Sever, en détruisant tous les pont du Luy et de ses affluents. Cette dernière circonstance, join à un orage violent (i), qui gonfla les rivières et brisa ponts flottants, rendit la poursuite lente et peu dangereu pour les Français.
Soult avait perdu 4,000 hommes et 6 pièces de canon Dans la retraite, plusieurs milliers de conscrits s'étaient dé barrasses de leurs armes : un mois après, le nombre de traînards s'élevait encore à 5,000 (s). Les alliés n'avaient e que 277 tués, 1,925 blessés et 70 manquants (s). Au nomb des blessés se trouvait leur général en chef; une balle rica
chant sur la garde de son épée lui avait fait une forte con— tusion à la cuisse, ce Ce coup lui causa une telle secousse qu'il fut jeté par terre. Il était alors à pied , et en train d plaisanter le général Àlava , blessé presqu'au même instan mais peu grièvement, dans un endroit sensible et charnu o les accidents provoquent toujours le rire (4). »
Wellington s'arrêta à Saint-Sever et envoya Hill s'empa de la ville d'Aire, où se trouvaient un parc d'artillerie et d magasins que le duc de Dalmatie avait fait protéger penda sa retraite par le général Clausel (5). La rencontre eut lieu
(1) Cet orage éclata le l«r mars.
(2) Soult. Lettre du 10 mars, au ministre de ta guerre,
(3) État officlet donné par Gurwood. Il y a loin de là aux 6,000 hommes hors de parle Belmas. De Vaudoncourt estime les pertes des Français A 2,500 hommes hort de ou faits prisonniers, et à cinq canons pris ou abandonnés. Lapène à 1,500 moiit 2,500 blessés (dont 1,500 restèrent prisonniers). Belmas à 3,900 tués,blesada et pria. Fellot et les Victoires et conquêtes à 2,500 hommes en tout , et A cinq boucbet A feu. J» A 7,000 hommes, et celles des alliés A 2,300 seulement. Enfin, de Bcauchamp A 4 ou 5,000 et blessés, sans les prisonniers et les déserteurs.
Nous citons ces chlOtes pour montrer le peu de soin que certains historiens S] dans rexamen des faits qui servent de base A leurs appréciations.
(4) Comte ToaÊNO» t. V, p. 437.
(5) Bq même temps que UUl (par la rive gauche) et Gotton (par la rive droite) se dirigeas.'
ÊTS. D*abord , toutes les chances furent pour Clausel ;
y à la fin, Topiniâtreté de Hill l'emporta; son adversaire imt en retraite, et les magasins tombèrent au pouvoir du nqueur.
kinsi, en 18 jours, Wellington effectua le passage de cinq ndes rivières et de plusieurs petits cours d'eau, força Tenr»i à abandonner deux tètes de pont et quelques ouvrages de Kndre importance, livra avec succès une grande bataille et
combats, enleva 6 pièces de canon, fit environ 1 ,000 pri-
iers , s'empara des magasins de Dax , Aire et Mont-dec^san , jeta un pont sur l'embouchure de l'Âdour, investit ^onne, le boulevard de la France méridionale, obligea la l'armée française à découvrir Bordeaux et à se retirer :Kit d'avoir fait sa jonction avec le duc d'Âlbuféra, jonction
laquelle Soult ne comptait plus guère à la vérité , mais % Wellington devait regarder comme imminente. G^ résultats ne proviennent pas uniquement de la su- "^orité numérique des alliés ; il s'en faut même beaucoup ^ cette supériorité fût aussi grande que certains aum^ l'ont prétendu. Et, en effet, il résulte de calculs très- ^^ts, fournis par l'historien le plus consciencieux des de la Péninsule (i), que Soult avait, à la bataille d'Or-
, 4&,000 hommes, dont 55,000 bons soldats; que Wel- ^;ton comptait 4,000 hommes de cavalerie et 8 pièces de ^on de plus que son adversaire; mais qu'en revanche, il 3^it 4 à 5,000 fantassins en moins (2). L'inégalité existait
Beresford te portt sur Hoot-de- Marsan pour enlever un magasin de subsistances, loch critique cette marche divergente qu*U attrihue à rincertttude où était '^^Softon sur la direction prise par son adversaire. « Il est certain , dlt-ll , qu^n poursul- ^ ittt les français avec tous ses moyens. Il les eut rois dans un grand embarras. » ^^le remarque ne laisse pas d'être fort judicieuse. ^ HAMia, t. XIII.
^^ il faul notar que cinq régiments dMnranterle étalent absents au moment du combat , ^'^^ que Wellington, faute de moyens de transport, avait dû envoyer ces troupes i la côte ' ^rher<fcei' des effets d*bablllementi dont renvoi avait éprouTé des retards considérables.
donc plutôt dans les forces morales que dans les forces matérielles des belligérants (i). Mais la véritable cause du succès des alliés réside dans Tensemble des mouvements ordonnés par leur général en chef. L'observateur impartial reconnaîtra, en effet) que Wellington se montra dans cette campagne plus habile que son illustre adversaire. Il profita avec une rare sagacité des circonstances favorables qui se présentèrent, et déploya dans Fexécution une vigueur bien propre à dérouter ceux qui le représentent comme un général timide et sans initiative. La seule faute qu'on puisse lui reprocher, c'est d'avoir, le jour de la bataille d'Orthez, donné si peu de troupes à Beresford , que le duc de Dalmatie aurait pu enfoncer le centre de l'armée alliée. Heureusement le général français ne songea point à profiter de cette faute , ou du^^^- y moins ne prit pas les mesures nécessaires pour en tireK^^r parti.
Le duc de Wellington montra peu de vigueur dans Is. ^Ma poursuite ; mais cette circonstance déjà plusieurs fois si tient à un défaut organique de l'armée anglaise , bien pi qu'à un manque d'énergie ou de résolution de la part du g^»iénéral en chef. L'armée péninsulaire , en effet , s'est presqiz^flue toujours trouvée dans l'impossibilité de recueillir les frai -^ts de sa victoire. Nous donnerons sur ce point tous les édaii^rcissements désirables dans un chapitre subséquent.
Wellington, ayant pour but, non de faire une pointe en France, mais de s'y établir solidement, crut utile de se ncrié-
(1) Les bataillons de Mina et de HariUo oc prirent part qu*tiix premières opératioa^^^ alliés. Us ne furent pas présents A la bataille d^Orthei.
Lapène est dans Terreur quand II porte les forces de Soult i 35^000 iKMBnet, et eell weiilDgton a 70,000.
De Yaudoncourt évalue les forces de Soult i 30,000 hommes d*lnraaterie et à 3,1100 < et celles de Wellington à plus de 40,000 hommes dlnfanterie et à 4,600 cheraiiz.
38 sortes d'influences que ne recherche point d'orgénéral en pays ennemi.
re oflre peu d'exemples d'une invasion faite dans s conditions.
Sf tout en combattant les forces militaires de la ^ présentaient en amis du peuple français. Leur )tégeait les habitants contre les excès de ses pros ; il Be faisait une loi de ne lever aucune contribupayer exactement tout ce qui était nécessaire à son * ces ménagements, conformes d'ailleurs à ses senà ses habitudes 9 Wellington espérait atteindre plus pie par toute autre voie le but de sa mission, qui évoquer dans le midi de la France une réaction faa maison de Bourbon.
juger de l'état des ei^prits, il avait, en passant la
proposé à son gouvernement de faire venir le duc
ne. Cette idée ayant été accueillie favorablement,
! du comte d'Artois se rendit au quartier général
où il arriva dans le commencement du mois de
14 (i). Wellington fit à ce prince un accueil em-
lis, tout en se montrant prêt à le soutenir quand
serait venu, il résista à ses trop pressantes solli-
^t l'engagea même à garder quelque temps encore
sous le nom de comte de Pradel. Avec son rare
il comprit que vouloir tout brusquer, c'était
à tout compromettre. Au lieu donc de se dé-
3rtement pour les Bourbons, ainsi qu'on le lui
instamment , Wellington se borna à établir des
ivec leurs principaux agents et à développer les
hostiles du midi de la France contre le régime
Les membres de la famille royale exilée trouvèrent que ce n'était pas assez , et que le général anglais montrait une réserve et une timidité excessives. Le duc d*Ângoulème surtout paraissait impatient de franchir TÂdour et de marcher sur Bordeaux. Mais Wellington resta inébranlable dans ce qu'il croyait la seule ligne de conduite prudente et loyale. Di^ le 20 décembre 1815, il avait engagé le comte Bathuirst à s'abstenir de mettre un Bourbon en avant, aussi longtemps que Ton aurait quelque espoir de conclure une paix raisonnable avec Bonaparte, et aussi longtemps que le peuple français n'aurait fait aucune manifestation publique en faveur des Bourbons. Il écrivit dans le même sens à plusieurs homme» d'État qui le pressaient de se déclarer hautement. A tous, il fit observer qu'il serait peu convenable et même peu loyal d'engager prématurément les provinces du Midi dans une révolte qui pourrait donner lieu à de sévères répressions, si la paix était conclue avec l'empereur. Il n'était pas certain d'ailleurs que l'esprit public fût tel qu'on se l'imaginait dans quelques cercles, et qu'une tentative de restauration ne pût amener une tentative contraire. L'émeute de Bordeaux vint prouver da&sla suite qu'il avait bien jugé la situation et sagement agi ^i évitant de se prononcer. Peu à peu, cependant, les instances de son propre gouvernement, les sollicitations des Bourbons et des souverains alliés obligèrent Wellington à se départir de ce rôle. Dans une proclamation faite au commencement de mars, il dit aux Français : « Venez donc vous ranger sous la bannière de vos princes légitimes ! » et dans une autre, faisant appel aux intérêts froissés : « Plus de tyran» dit-il, plus de guerre, plus de conscription, plus d'îiaposilions vexatoires ! »
Cet appel, de la part d'un homme qui s'était fait respecter et presque aimer des Français par la douceur et l'équité de sa conduite , produisit un effet excellent. On peut dire que le revirement opéré dans l'esprit public au midi de la France,
ait moins au prestige de la royauté déchue qu'à Thabile l>oHtique du général anglais. Dans une lettre officielle, écrite Xayonne à cette époque (i), on trouve cet aveu significatif: sage conduite du général anglais et Texcellente discigpline qu'il maintient parmi ses troupes nous font plus de 'ftort que dix batailles perdues. Tous les paysans cherchent â 86 meitre sous sa protection. »
Wellington, dans ses proclamations, avait engagé les habits à s'organiser contre les pillards et à les amener au <I^-aârtier général, munis des preuves du délit (2). Âla suite de c&tMe recommandation, un maraudeur anglais fut tué»par les P^^ysans; un autre, sur Tordre du général en chef, fut passé P^^ les armes ; on chassa même de l'armée un colonel 9^u avait souffert que ses soldats détruisissent les archives ^^miiiunales d'une petite ville. « Maintenez, écrivit Welling- ^ ton au général espagnol Freyre, maintenez la plus stricte ^ ^iaoipline, car, sans cela, nous sommes perdus. » Et, dans autre lettre, indigné de ce qu'il ne pouvait empêcher les de Morillo de piller : <c J'ai perdu 20,000 hommes ans cette campagne, dit-il ; mais ce n'est point pour que le Morillo, ni qui que ce soit, puisse venir piller les aysans français... Tant que je commanderai, je ne le ermettrai pas. Si on veut piller, qu'on donne à l'armée un litre chef. Il m'est absolument indifférent de commander ne grande ou une petite armée ; mais , qu'elle soit grande u petite, il faut qu'elle m'obéisse , et surtout qu'elle ne iUe pas (3). »
Cjrrâoe à cette politique intelligente et modérée (4], la situa-
(i> J^-^^tf eitée par Napuk, t. xiii, p. 4. f2> 'V^ftr il procUmatlon du 23 février. (S> '£'^'/»\9dtt24d«06iiibrel8l3.
(4> 'VoAoi une preuve de cette modération, qui était chez Wellington le résultat d^un ealcnl Juadlcieiii. Les premiers paysans français qui tirèrent sur les alliés (alors établis sur la ') turent pris, au nombre de quatorze, et embarqués comme prisonniers pour PAn-
«Jal
Mie
fr
tion de Soult devint de plus en plus fâcheuse. Lt trahison et le mauvais vouloir de ses compatriotes se manifestèrent en cm^t toute circonstance. « Je ne serais pas surpris , écrivait-il au « ministre de la guerre, de voir d*ici à peu de temps les hâte bitants prendre les armes contre nous. » La désertion à rintérieur le privait d'un grand nombre de jeunes soldats (i), et les marchés pour les subsistances se concluaient avec une extrême difficulté. Bordeaux était devenu le foyer d'une con- ^^^ spimtion légitimiste; le duc d'Àngoulème, qui se tenait sur *^^ les derrières de Tarmée anglaise , soutenait toutes ces intri — jg;y gués eft provoquait même les soldats à déserter leurs aigles Soult, avec une énergie et un patriotisme trop rares à cett» époque, fit des efforts inouïs pour ranimer l'esprit public engager les Français à défendre au moins le sol de la pa contre les armées étrangères. <c Soyons Français, dit^il, « mourons tous les armes à la main, plutôt que de survivre « notre déshonneur... » Vain espoir! le gouvernement Napoléon avait, comme toutes les tyrannies, énervé les ractères et remplacé le vrai patriotisme par une sorte de v nité nationale qu'entretenait seulement le prestige de la toire. Au premier revers, Tengoûment disparut, et le Frac: çais, au milieu des nuages de fumée qui couvraient le sol l'Europe, ne vit plus que son sang inutilement versé, sa mille réduite, ses biens obérés, son bonheur détruit. Quel légitimes que fussent ces regrets, quelques torts qu'eàt poléon, on doit néanmoins admirer ces bandes héroîqu esclaves du devoir et de l'honneur, qui, jusqu'au d moment, se groupèrent autour du drapeau tricolore. .. dévouement absolu à une cause, même injuste, inspirera
gleterre. « Celte mesure, dit le comte Toréao, c«um parmi let sent de la ean^cae m merrellleuz et bien plut grand que «ni eût fait ruilller les coupables. » ~ T. T, p. 31 (1) Dans quelques bataillons les pertes par suite de désertton s^éleTaleat avi deai l'effecur.
Jours plus de respect qu'une défection tardive légitimée par des considérations importantes.
Ce fut en partie sur les instances du duc d*Ângoulème et
ea partie pour s'assurer d'un point important que Wellington
envoya, dans le commencement de mars, le maréchal Beres-
fordf avec 12,000 hommes, prendre possession de Bordeaux.
L^ général Lhuillier, n'ayant pas assez de troupes (i) pour
déFenàre la ville, se retira dans la citadelle de Blaye et dans
quelques petits forts de la rive droite. Beresford, arrivé
le 42, fut reçu avec acclamation (s). Le duc d'Ângoulème se
pv'^éscnta le même jour et détermina ses partisans à proclamer
U^viis XVIIL
^^iVellington, qui avait ordre de ne point embarrasser les ''^S^^ciations par les gages qu'il pourrait donner au parti des ^^>tm:rbon8 (s), avait mis Beresford en garde contre cette éventualité.
En arrivant à Bordeaux, lui écrivait-il dans ses instrucons du 7 mars , dites que je suis prêt à seconder tout ^ I>^rti qui se montrera disposé à renverser Bonaparte...; ^ ajoutez , toutefois , que j'invite les habitants à bien peser ^ ^«urs démarches avant de lever l'étendard contre le gouver-
^ i^^ement établi et de s'engager dans des actes hostiles
^ ïlnfiD, si la municipalité déclare qu'elle ne proclamera pas ^ liouis XYIII sans vos ordres, vous refuserez d'en donner ^ à cet égard (4). »
(I) set twctê ne •«éleyalent qu'A 2,000 conscrits. — LAPâNE, p. 292.
(3) « Tout concourut A favoriser la révolution préparée par le maire, el ic jour de l'entrée «les anglais à Bordeaux fut uue fête. > — Colonei Kocu, t. il, p. 302. (Voir aussi les rtctoires et conquêtes, t. XXIII, p. 248.)
(3) Instmctioos secrètes du comte Bathurst.— Il faut remarquer que le congrès deChAtillon n'était pas encore rompu à cette époque.
(4) iiapler afflnne que Beresford avait néanmoini pour instructions de ne pas s'opposer A la rcronnamannn du nouveau souverain, et de fournir même aux insurgés des armes et des mnnltions Urées des magasins de Dax,'si une révolte éclatait.
Ifous tt^vons pat trouvé dans la Correspondmnee de Wellington la confirmation de ce toit.
Conformément à cette politicpie hautement dvoud)le, le *général en chef dut protester, avec énergie contre une fyrocltmation dans laquelle le maire de Bordeaux attribuait aux alliés un rôle qu'ils n'avaient point accepté (a). Sa lettre du 29 mars , au duc d'Angouléme , contient même Taveu que la proclamation de Louis XVIII avait été faite contre Mm a0is H sa manière de voir. Il ne cacha pas non plus à ce prinee qu'il était mécontent de ce que, dans l'intérêt de la caufie des Bouri)ons, et pour avancer leurs affaires, il engageât imprudemment la responsabilité de l'armée anglaise.
Enfin, pour rester conséquent jusqu'au bout, il refusa catégoriquement au duc d'Ângoulême les secours en argent et en hommes que celui-ci avait réclamés peu de jours après le coup d'Ëtat de Bordeaux, et quand des germes de réaetion se furent manifestés dans cette ville. La prudence et la femeté de Wellington furent rarement soumises à une épreuve aussi difficile. Il en sortit avec honneur ; mais la famille roymle de France lui garda longtemps rancune de ce qu'elle appelait « sa froideur et son défaut de résolution. »
Vers ce temps , Wellington ayant appris l'arrivée à Lyon de 10,000 vétérans de l'armée de Suchet, sous les ordres de Beurman , se vit à regret obligé de faire descendre des Pyrénées plusieurs corps espagnols, toujours disposés à piller, bien que largement entretenus par le trésor anglais («). Il ne reçut, toutefois, que le corps de Freyre; celui de TAlHsbal, cantonné sur la frontière , ayant refusé de marcher , sous prétexte du mauvais état de l'équipement et de la grande fatigue des troupes (3).
(1) Voir set teltret des IQ et 19 mars, au due d'Jntoulénu.
(2) Wellington n*auralt pas été obligé de prendre cette résolation, si le mlnhtèf Mflnie n'avait envoyé à cette époque en Hollande, pour soutenir la cause des HaasaB, phi et— ri ■«•-forts destinés à Tarmée de la Péninsule.
(S) Le comte Toréno, i. v, p.4S5, pense que TAbisbal , chef de raraiée é'h adaliMtn , mwaÊL noué des intelligences secrètes avec les députés du parti antlréfonnatéur« et qaHI
iVeUington et Soult passèrent quelque temps à s'observer.
se. croyaient tous deux en présence de forces plus con-
^md^n^les qu*dles n'étaient réellement : Soult parce qu'il
i0i»0fait r^pédition de Beresford, et Wellington parce qu*il
s^mnas(pnait que Beurman avait renforcé l'armée du duc de
I^Almatia. Le fait est qu'ils avaient à peu près le même effec-
tUkf fious les armes. L'équilil»re cependant fut rompu le 15 et
le àéy par l'arrivée des S,000 Espagnols de Freyre et de
Cpm»e cavalerie de Ponsonby (i). La seule crainte du gêné-
' anglais, en ce moment, fut de voir la régence espagnole
^^^cepter la convention proposée par Suchet pour l'évacuation
^^s fdaoes fortes. Le retour de Ferdinand pouvait faire passer
^^^ acte en dépit de ses observations, et, dès lors, 20,000 vieux
aoidttts aéraient venus se joindre à l'armée de Soult. Ce dan-
9 lieareusement, fut écarté par les événements.
dttc de Dalmatie valait de recevoir de nouvelles instractîeiis de l'empereur; elles liii enjoignaient de se porter sur '^^u, en appuyant sa gauche aux Pyrénées (s).
duc de Wellington avait alors son quartier général à
et ses troupes cantonnées sur les deux rives de TÂdour.
Soult, jugeant cet emplacement des alliés favorable
pouir tenter un mouvement offensif, se porte, le 15, entre
^ire et Pau. Mais, quand les d^x armées se trouvèrent en
le rai»procber de U capitale pour toutenlr les projets de ses compatriotes, et boulererser le i*">^«rneiuBt et las Coriès à la prenlère occasion. Wellington, averti de et projet, rafisMi A ommuaei] rentrée de la Caslllle et lui assigna pour cantonnements les rives de TÈbre. C6lâii«B«oi« de «a {«art une graade preuve de modération, car 11 n^lmaR pas et, de fait, n^vait anciane raison d^almer les hommes du gouvernemeot espagnol.
(1) Ko nuéme temps, Beresford fut rappelé avec la 4* dMsIon et la cavalerie légère de ▼Ivlaai. ob ne laissa à Bordeaux que la 7« division et la brigade de Vandeleur, sous le comnantf ement supérieur de lord Dalbousie.
^) ^^ '▼audoocourt et le colonel Kocb attribuent ce mouvement à llnltlatlve du duc de Dal' **'^- XI anU pear but d^empéelier Wellington de faire un détacbement sur Bordeaux ou de ^^'^j^g^y dk rappeler celui qu*ll y aurait envoyé. Mais, exécuté ceame 11 le rut, ce mouvement **PO«ivait amener aucun résultat avantageux. Il aurait railu rcntreprendre plus tètet avec ^'^^^SU^nr que ne comportait point la situation morale oOse trenvalt l^armée des fanées.
présence , ni l'une ni l'autre n*osa engager le combat. De nouveaux rapports avaient donné au duc de Dalmatie une opinion exagérée de la force de Tarmée alliée (t), et Wellington attribuait la résolution hardie du maréchal à Tapprodie de l'armée de Suchet. Dans cette situation, Soult reçut b nouvelle de l'évacuation de Bordeaux et de l'arrivée succès, sive de nouvelles troupes au camp des alliés. Ne jugeam plus dès lors convenable de rester dans sa position avancée craignant peut-être aussi que son adversaire ne le toumi:; par la vallée de Bigorre et ne le prévint à Tarbes, il se retira le 16, avant le jour, par Saint-Gaudens, sur Toulouse, devcM son grand dépôt et la base de ses opérations ultérieures.
Wellington le poursuivitavec 40,000 baïonnettes, 6,000^ bres et 50 à 60 bouches à feu. Son plan était de se jeter, une marche rapide, dans la vallée de l'Adour et de cou l'armée française de la grande route de Tarbes à Saint- (V^ dens et Toulouse. Pour obtenir ce résultat, il fallait emporn Vic-de-Bigorre, petite ville située à trois lieues de Tarl>« et dont la défense avait été confiée au corps de d'Ërlon. L'a taque de ce point eut lieu dans la journée du 19. Le générs comte Drouet , après avoir disputé le terrain pied à piecJ se retira en bon ordre sur Tarbes. Le 20, au matin, ils^ trouvait en position en arrière de cette ville, sur le plateau^ d'Oleac ; Glausel appuyait sa droite , Reille couvrait les approches de Tarbes, et la cavalerie touchait à la route de Trie (i).
Wellington s'avança le même jour sur deux colonnes : celle de droite, aux ordres de Clinton, prit la route de Rabastens, et celle de gauche, précédée du corps de Hill, suivit le chemin de Vic-de-Bigorre. L'avant-garde de cette dermèn
(1) D'après Iiapler, Wellington n'aralt alors que 36,000 hommes, y comprit les Freyre et les dragons de Ponsonby ; mats ses forces augmentaient chaque Jour par nvrfv^ des détachements et des réserres.
(3) DB VAUDOlICOniTt 1. 111, p. 94.
/ttt arrêtée quelque temps par les troupes postées dans les fatxbcurgs de Tarbes ; mais le duc de Dalmatie, se voyant menacée de nouveau en flanc, donna au général Reille Tordre de quiit^ter Tarbes , pendant que lui-même se replierait avec le de Tarmée sur une position moins dangereuse, ill traversa la ville de Tarbes sans obstacle ; à quelque disde là , il eut cependant un engagement avec le corps de Clausel. Ce dernier, obligé de battre en retraite , alla se pos^r à Glarac ; Reille et d'Erlon s'établirent à Tournay, et la cav^alerie prit position à Trie (i).
On a critiqué le mouvement de Soult sur Tarbes , et ce i^*€^3t pas sans raison ; car si Wellington se fut dirigé promptement (9) de Yic-de-Bigorre et de Babastens sur Trie, il aurait px^venu les Français dans les plaines de Muret (5). Heureusement pour le duc de Dalmatie, Tarmée anglaise, obligée de ^v^îner à sa suite un équipage de pont, des matériaux pour ré- P^i'^r les routes et des bêtes de somme pour le transport des ^^VTTcs , ne pouvait s'avancer que lentement et avec fine très- 8>*Ande circonspection. Elle était d'ailleurs inquiétée dans sa **^^M*che par des corps francs qui avaient réussi à s'emparer de pltm^ieurs convois (4). Ces conditions fâcheuses permirent à l'ar- ^^efrançaise, débarrassée de presque tout son matériel, de ga- 9^^r Toulouse trois jours avant les alliés ; circonstance dont le ^^^i de Dalmatie profita pour organiser la défense de cette ville. Quelques écrivains ont pris texte de ce fait pour repré- ^^ter Wellington comme un général timide et sans initiative; Vàsàs ce& écrivains n'ont pas tenu compte de l'énorme matériel
(1) B^prèi un éUt officiel, l'armée de Wellington eut, du 7 au 20 mars, 51 hommea tués» 4V bleaaéi et 38 manquant!.
(2) Wellington ne quitta Tarbetque le 21. Quelques militaires pensent quMI aurait pu être i Trie dès le 20 an soir. Nous ne sommes pas convaincu de ce fait, et nous en dirons le mo- Clfplas loin.
(9) M Tarbes à Toulouse , 11 j sTalt trois routes : celle de Salfti^iaudens, que prit le maréehai Soult, était la meilleure pour les transports, mais non la plus directe. (4) BB VAUBOIlOOniT, t. III, p. 96, et K.OCH, t. III, p. 642.
que le duc traînait à sa suite (pour épargner les provinces conquises), et de la crainte qu'il devait avoir d'engager se8 troupes au milieu d'un pays inconnu, où des bandes de partisans commençaient à se former sur ses flancs (i), et où il pouvait ren* contrer Suchet avec des forces assez imposantes pour l'attaquer en front. Peut-être jugea-t-il inutile de fatiguer ses troupes et de faire un si grand effort pour atteindre Toulouse, où il ne croyait pas trouver grande résistance. Il ignonât, en efSbt., que l'armée française eût commencé, dès le 5 mars, les travaux de défense de cette ville , et c'est probablement la raison pour laquelle il écrivit le 26 au général Hope :« J'eqpère entrer immédiatement dans Toulouse. » Quoi qu'il en soit, ayant plus d'artillerie et de cavalerie que son adversaire, il aurait dû entamer la poursuite avec beaucoup plus de vigueur.
On a reproché aussi à Wellington d'avoir laissé à Souk, après l'affaire d'Ortbez , quinze jours pour réorganiser ses troupes, raffermir leur discipline, rallier les conserits, fonner des bandes de partisans, mettre Toulouse en état de défense et réunir dans cette ville tous les dépôts de l'armée française ; mais ceux qui raisonnent ainsi ne considèrent point que Wellington fut retardé par le mauvais état des routes et par la nécessité de prendre Bordeaux, qui aurait pu inquiéter mcm derrières. Il avait d'ailleurs la certitude de recevoir bientôt 4es renforts assez considérables pour affronter toutes les difficultés. Ici comme toujours, le duc préféra l'avantage d'un succès tardif, mais certain à la gloire d'un succès plus prompt, mais plus contesté.
En se retirant sur Toulouse, le maréchal Soult fit preuve de talent et de résolution (s) ; car il pouvait de là, suivant les
(1) Sonlt iTalt sUcllTement traralllé à la rormatlon de cet bandes, que WelUngtoa* fcar «■ arrêter le déTeleppenent, — Tlt obligé de Menacer plualeurs eoaunanet de Im éiiMHii et de faire fasllier toua les babltanU qu*!! trouverait lea amea Ala bmIo.
(2) 8nr ce point, 11 noua est Impassible d'admettre rophiloo dn généc al de V««d«M«wi»
circonstances, se diriger vers Suehet par Garcassonne, a» se porter sur Lyon par Alby. Maître de ce point, il commandait plusieurs lignes d'opération, et se trouvait dans les metlleores conditions pour réorganiser ses troupes, surveiller les trames des légitimistes , affermir Tautorité chancelante du gouveni^nent dans les provinces méridionales, et enfin tenir Ok échec une armée supérieure à la sienne.
Soult fit ses préparatifs de défense avec une activité extraerdioaire, ne négligeant rien de ce qui pouvait assurer le miccès (i).
La ville de Toulouse est entourée sur trois côtés par le eânal du Languedoc et par la Garonne. Elle avait encore, en 4814, une vieille enceinte flanquée de tours, qui fut mise en état de défense. On forma une seconde ligne en retranchant les ponts du canal, depuis son embouchure jusqu'au pont des Demiriselles. Cette ligne, à laquelle la ville servait de réduit, courrait la route de Carcassonne par où devait se faire la jcrnction du maréchal Soult et du duc d'Albuféra, soit que ce dernier se décidât enfin à quitter la Catalogne pour faire une diversion en faveur de son collègue, soit que tous deux se retirassent sur Béziers (2).
Le canal était soumis en plusieurs endroits au feu de la moiisqueterie, et, sur toute son étendue, au feu de Tartillerie de Tancien rempart (3). Entre ce canal et la rivière de TErs se trouvait une hauteur appelée le mont Rave , fortifiée au
i|iil Mime trèt-Ytrement la retraite sur Toulouse. Peu de critiques, au reste, se sont raillés â eeU« oplBloo.
(1) Bappori de WeiUngton.
(2) Cbooiia&a, p. 177.
(1| • Bèt MB arrlTée à Toulouse, le duc de Dalmatie, s'Imatloant que le duc de Wellington Yoisdralt forcer le passage de la Garonne à Toulouse mâme, avait fait achever les retranche» ita déjà commencés, non-seulement a Tcnceinie du quartier Saint-Cyprien, mais sur une vaacée qui enveloppait toute rétendue de ce faubourg. On a peine % concevoir le qui a pu engager le duc de Oairoatie à établir cette ligne avancée, dont le développeneat l^uralt obligé Remployer presque tonte son armée A sa défense. » — Général DE TiO-
womwuwt^ t. m, p. 100.
moyen de cinq redoutes liées par des retranchements (i Enfin, sur la rive gauche de la Garonne, on avait formé u excellente tète de pont en avant du faubourg Saint-Cyprie enveloppé lui-même par une ancienne muraille susceptibf ^ d'être défendue (2).
Ainsi, tous les points attaquables de la ville, les portes, \^^ faubourgs, les ponts et les routes, étaient protégés par d^ ouvrages de campagne et par une nombreuse artillerî^^^ ^ Soult avait, en outre, fait un détachement pour occnp^^.^|i et retrancher la tête de pont de Montauban, au moyen *^^e laquelle il pouvait assurer sa retraite derrière le Tarn et ^e
ménager la possibilité de prendre une nouvelle ligne d*o ration.
Dans cette situation suprême, le maréchal, fesant taire justes répugnances, écrivit une dernière fois à Suchet fc^^mjr le prier de se joindre à lui ; mais cette proposition ne fut ]£>ssis mieux accueillie que les précédentes , et le duc de Dalmat^i ^, de déception en déception, se trouva réduit enfin à ses setml^s ressources , combattant plutôt pour Thonneur du drap^^sftu français que pour la* défense du territoire, envahi sur tous l^s points à la fois...
Quand Wellington se présenta devant Toulouse, Tarama française était dans une position redoutable. L'attaquer ^^ front par le faubourg de Saint -Cyprien, c'eût été courir devant d'un échec (3). Le moyen le plus avantageux étaiC passer la Garonne au-dessous de la ville pour couper Soult ^^ Montauban, et aborder la ville du côté du nord et de l'est C^)-
s is
(1) Le duc de Dalmalle, loulefoli, ne donna Tordre de commencer cette ligne «lue toft m'^^* « quand le mouvement do Hlll sur Cintegabellc et Rallloux lui eut prouvé q«ie n*aYalt paa le projet d^attaquer de front par le faubourg Salnt-Cyprleo.
(2) Bapporidê Wellington.
(3) « Le peu de déveiopi>emenl que le coude de la rivière lui aurait permli é% attaiqne rendait la tupérlorlté numérique de set troupes A peu près nulle, et tomt chancet étalent contre lui.» — Général dr Vaupoïicooiit.
(4) « La réussite de cette manoeuvre, dit un témolu oculaire, en livrant à l*enneaUlB ^
E^ Sir ce mouvement, dit le général de Yaudoncourt, Welà^^on eut rempli un triple but : d'abord il coupait la comimnication entre l'armée des Pyrénées et celle d'Aragon, et «obligeait cette dernière à rester dans les Pyrénées, qu'elle ^ pouvait plus passer, puisqu'elle se serait trouvée prévenue ^^ïarbonne ; en second lieu, il rentrait dans le plan général mxà^asion arrêté par les coalisés, qui était d'occuper le Lannedoc, afin de donner la main aux troupes qu'ils devaient c&iroyer à Lyon ; enfin il tournait la position qu'occupait le tmo de Dalmatie, et il obligeait ce dernier à se retirer sur i^ll>^ et à abandonner la ligne de la Garonne.
BSais le passage du fleuve au-dessus de Toulouse et attaque par le sud ne pouvaient se faire qu'en obligeant troupes à un grand détour (pour franchir l'Ariége à &egabelle), et à traverser des plaines humides, impratiables à l'artillerie. Ce nonobstant, et parce que le côté sud ^it le moins bien défendu, Wellington envoya, dans la nuit U S7, le général Hill tenter le passage à Portet; mais la ^vm^re était trop large pour être franchie à l'aide des pontons ^*on avait amenés (i). Ce contre- temps vint en aide à ^^ii^lt, qui ordonna la construction de nouveaux ouvrages, &K^ de se garantir contre un mode d'attaque qu'il n'avait ^^« prévu (2).
CHependant, le 50, Hill, avec 15,000 hommes et 18 bouà feu, passa la Garonne sur un pont jeté à Pinsaguel. Le e jour, il reçut l'ordre de passer l'Ariége à Cintegabelle,
* ^^* UagaeUoct nous rorcall d'abandonner Toulouse et la Garonne supérieure. >— LapInr,
''^ ^Hioaniara nie ce fait. Il prétend que la tentative de Hill échoua, parce que le maré-
ckaE ^«mt avait dirigé k temps sur les hauteurs entre Vieille-Toulouse et Pech-Uavld quatre
'^^"-^l-^BssousdlErlou et Clausel. L^cnvol de ccsdlvlslons eut lieu en effet* mais la cause réelle
^^^part de lUI n*en réside pas moins dans le manque de pontons, fait confirmé d'ailleurs
P*^ ^^s écrlTalns français de Vaudoncourt, Koch et Lapènc.
^^) Cétalent les ouvrages du muiit Rave, commencés seulement le 2 avril, on aurait dA les
C^^^^reodre plus tôt, car, sans 1rs relards dont nous parlerons ci-après, ils n'eussent point
e^ «H état de servir.
de descendre la rive droite de ce cours d'eau et d'attaquer Toulouse par le côté méridional. Wellington devait attaquer simultanément le faubourg Saint-Cyprien* Mais le mauvais état du terrain obligea Hill à revenir sur ses pas, cireonstance fâcheuse que les alliés eussent évitée s'ils avaient fait reconnaître les lieux à Tavance (i).
Wellington était par conséquent dans une situation critique , lorsqu'on vint lui annoncer qu'en passant immédiatement la Garonne au-dessous de la ville , il pouvait prévenir l'achèvement des travaux du mont Rave, que Soult avait fait commencer seulement le 2 avril. Ayant trouvé entre Grenade et Mei'ville un endroit propre à la construction d'un pont, il dirigea, le 4 au matin, sur ce point le maréchal Beresford avec les divisions Cole, Clinton et Picton, les brigades Sommerset et Vivian, suivies à petite distance par le cwps espagnol de Freyre et la brigade Ponsonby. Les pluies et la hauteur extraordinaire des eaux rendirent ropération do passage d'abord impossible. Dans la nuit du 4> au 5, cependant, la première colonne de Beresford put s'établir sur Tautre rive ; mais presque en même temps, une crue subite rompit les cinquenelles et obligea Tartillerie à replier les pontons. Cet accident fâcheux isola Beresford sur la droite du fleuve avec 15,000 hommes d'infanterie et 3,000 chevaux.
Attaqué en ce moment par le gros de l'armée firançaise, sa perte eût été certaine. Mais, au lieu de mettre à pitifit Biie circonstance si favorable, le maréchal Soult se contenta de faire observer Beresford, qui, après quarante-huit heures de
(1) Soult, dans une têltre du 3 avril, dit : « Les Anglais , en faisant C9 OMMiveB«nt« aialcat « Tespolr que J*en verrais â leur rencontre un fort délachcment et qu*ils aunleni ea pl«t et « facilité pour attaquer le restant de Tarmée devant Toulouse; mais dmmi Ims— tHiHf les « a obligés à se tenir concentrés et à revenir. »
mortelles angoisses, parvint à rétablir son pont et à se mettre en communication avec Freyrc(i).
Le 10, au matin, se livra la mémorable bataille de Toulouse.
Wellington avait en tout 43,500 hommes d'infanterie, dont 42,000 Espagnols, 7,000 hommes de cavalerie et 64 bouches à feu.
Soult, d'après les calculs les plus dignes de foi (2), comptait seulement 58,000 hommes de toutes armes; mais son artillerie s'élevait à 80 pièces et sa position était fortement retranchée. Le terrain d'ailleurs n'offrait aucun avantage à la nombreuse cavalerie du général anglais (s) et le tiers des forces alliées était séparé de la masse principale par une large rivière (4). Ainsi la disproportion entre les forces belligé-
(I) On a prélendu que Soult agit de la sorte, pour attirer Tennemi dans une position prépaft lolttr et qnMI croyait asaet rorte pour être défendue avec dps chaucet de succès, on a prétendu auul que sa première résolution rut de disputer le fiassage de la Garonne et de garder la ligne d*op6ratlon |»ar Montauban, mais que, le 7, apprenant In nouvelle de l'entrée das alliés A taris, il se décida ik ne point sortir de Toulouse.
Bnfln. le capitaine Cboumara, panégyriste ardeiiidu maréchal Soult, a essayé de prouver, pmr la correapoodance de ce maréchal, « quMI ignorait encore la rupture du iiont trois Jours ■ mprèê qu'elle avait en lieu, et que, loin de supposer quMI n'y avaii qu'un corps de • 1S,000 boowies sur la rive droite, il pensait que les principales forces de l'ennemi s>- « trouvaient. »
AI cela était vrai, le marécliAl Soult ne serait pas niuiiis bldnyiblc. On n'excuse pas nn général en disant qu'il a lf;noré ce qui se passait â quelques kilomètres de sa position.
(3; Calculs faits par le colonel anglais lYapier et le colonel français Kocb.— Thibaudcau ei de Taudonconrt évaluent les forces de Soult â 22,000 hommes, sans la garnison de Toulouse. esUmée à 4.000; l.ai»ène le» évalue â 21,000 seulement, ou à 25,000 avec la garnison.
Qflant à i'effectir de Wellington, 1rs auteurs français le portent généralement â GO on lùjono hommes, chiffre eiagéré en sens contraire. Les t^lctoiret et eonquéiet donnent k Soult 30,000 hommes de pied et moins de .1,000 chevaux. D'après le commissaire Pellot, les alliés avalaal 75 â 80,000 hommes, et le duc de Dalmatle 23 à 24,000 seulement. Cboumara porte raraiée anglo-espagnole â 71.000 hommes d'infanterie et 9,300 de cavalerie, et l'armée franqmîMe A 2S,000 hommes d'Infanterie, 2,500 de cavalerie légère et 7,000 conscrits non Instruits, dont seulement 4,000 armés. Bnfln, de Bcauchamp évalue les forces de Wellington A 10 ou I2.O00 chevani et 550,000 fantassins, et les forces de Soult, après la bataille, à 22,000 hommes iàucna de ces chiffres n'est exact.
(3) On lit en effet dans le Rapport de Welllnglon sur la bataille : « Le terrain n'ayant pas permis à la cavalerie d'entrer eu ligne, elle n'a pas eu Poccasion de charger. »
(4) ■ill,qui ae trouvait sur la rive gauche de la Garonne, ne pouvait communiquer avec le corps principal qu'en faisant un détour de dix A douie mlllas.
rantes ne fut pas à beaucoup près aussi grande que certains» ^ auteurs Tout prétendu .
Le véritable champ de bataille était limité au mont Rave sur le côté est de la ville. Ce mont, ou plutôt cette chain» de hauteurs escarpées^ défendue par des ouvrages de pagne et des abatis, et couverte par TErs , se trouvait portée de canon des retranchements. Le Ut de la rivi^ n'éta^^^'i point guéable, et il fallait pour attaquer le mont Rave gagn^ er d'abord le pont de la Croix-Daurade (dont Wellington s'ét^sii^ emparé le 8), s'avancer par une marche de flanc sous le feu fennemi, entre TErs et la hauteur en question, enleva œl hauteur de vive force , passer le canal du Languedoc aunlesiK-^iu du faubourg de Guillemerie , porter enfin Tarmée au sud de Toulouse, seul point où la ville pût être attaquée avec succ^Bs.
Quoique ce plan fût préférable à tout autre après la teintative infructueuse de Hill, il ne laissait pas d'être défectU4 et même compromettant. Un général, en effet, ne doit s'exposer à faire une marche de flanc parallèle à une suit^ de hauteurs fortifiées, et d'où l'ennemi peut descendre avec ^ forces doubles des siennes. La science condamne ces opiântions , dont la réussite est subordonnée à des circonstaae» exceptionnelles, et sur lesquelles il ne peut être permis de compter d'avance.
La marche projetée par Wellington était d'autant plus dangereuse qu'elle devait avoir pour résultat d'éloigner la ooloiuie assaillante à plus de deux milles du reste de l'armée. Ce fut ao maréchal Beresford qu'échut l'honneur d'en assurer le succès. Il eut pour instruction de tourner avec les divisions Gole et Clinton (4^ et 6"") la droite des Français, pendant que Frejrre, avec 9,000 Espagnols, soutenus par la cavalerie anglaise (i)
(1) Choumaia, qui exagère tous 1^ chiffres des alliés» porte l^effecllT des tmm^^ Freyre ik 18,000 hommes sans compter une brigade de ciTalerle aaglalse.
itUquerait de front au nord de la ville (i). Lsl brigade lan , commandée par Arentschild , avait mission de sur- 1er les mouvements de la cavalerie française, sur les deux 8 de TErs, au delà de la gauche des alliés ; enfin, deux ditmft d'infanterie et la cavalerie allemande de Bock , sous ordres du lieutenant général Picton, devaient observer nemi sur la partie basse du canal, défendue par le géné- Bwlier , et attirer son attention de ce côté en menaçant tètm de pont, pendant que Uitl ferait la même démonstra- I contre le faubourg Saint-Gyprien, où se trouvait la brib Barbot.
^reyre commença Tattaque vers 7 heures ; mais sa préciition et le peu de solidité des troupes espagnoles lui firent ouver un rude échec devant la hauteur de Galvinet. Il rvint cependant à rallier ses bataillons sous la protection la division légère (s), placée immédiatement à sa droite, i^resqu'au même instant, Picton fut repoussé dans son ique contre le pont des Jumeaux. Il avait conduit cette atae beaucoup trop loin. Ses instructions lui prescrivaient iplevent d'attirer Tattention de l'ennemi sur la partie M du canal.
kprès ce double échec des alliés, le sort. de la bataille déidait tout entier du mouvement de Beresford . ^ult, qui avait cherché à rendre ce mouvement en quelque ta inévitable , comptait le faire tourner à son avantage ; is la fortune en décida autrement.
Les troupes de Beresford, réunies à la Croix-Daurade dès K>intdu jour, se dirigèrent sur le hameau de Mont-Blanc, es s'avancèrent ensuite avec beaucoup de difficultés paralsment au front de l'ennemi et sur trois colonnes, dans le
Celle partie do la lUne de bataille était défendue par les brlRadea Prirlon de la dlvl-
Bwlcaa.
•iTtoioo Allen, placée, ainsi que la troisième division, sousletordret deFlcIoii.
bas fond marécageux qui s'étend entre l'Ers et le mont Rave.. ^ Le sol était si détrempé, que leur artillerie fut obligée de^l rester en arrière (i).
En ce moment, les batteries françaises dirigèrent sur ce^^ colonnes un feu si violent, que la position de Beresfordta parut un moment désespérée.
c( L'occasion étant favorable, dit Soult (2), je donnai ordre (( au général de division Taupin de se porter au pas de « charge sur l'ennemi, de couper sa ligne, et d'enlever tout « ce qui s'était si imprudemment engagé (s). »
Une brigade appuya cette attaque (4) , et un régiment de cavalerie, commandé par le frère de Soult, eut mission de couper la ligne de retraite des colonnes anglaises , pendant que deux autres régiments attaqueraient leur gauche. « Cette disposition promettait le plus beau résultat, mais l'ardeur de la division Taupin se ralentit bientôt; au lieu de déborder l'ennemi, elle appuya à droite, voulut prendre position, donna le temps aux Anglais de se former et de mardier contre elle (5). »
Le désordre se mit alors dans les rangs des Français; Taupin chercha vainement à l'arrêter : il tomba frappé d*an coup mortel ; l'adjudant-commandant Gasqnet, qui remplissait les fonctions de commandant de brigade, fut blessé au même instant.
Beresford, dans cette situation critique, montra autant d*é-
1) A Monl-Blaiic.
(2) Voir son Rapport tur U bauille, 11 avril 1814.
(3) Lapone, oflicler d'artillerie allacbé à la ilivislon Taupin, dit que Soult «'écria en vojraat Bereaford s'atancer avec H,000 bommea s<}par6t du reste de la colonne : « fién#^ral Trapln, les vollâfje vous les livre... ils sontâ nous! »
(4) Brigade Rouget : faute d'indications précises, elle erra longtemps et ne pui entrer en ligne que très-tard, soult iierdit , dans Tattcnte de cette brigade, un temps précleox , 4«nt Beresford profita pour reformer ses colonnes, un moment désunies.
(5) Rapport de Sonlt.
De Beaucliamp est dans une erreur complète, en alUrmant que Taupin Bumqnn par trop d'impétuosité.
nergie que de talent ; son opération était en elle-même une faute, mais une faute en quelque sorte inévitable. Les alliés auraient payé cher cette faute si le maréchal Soult avait eu la précaution de soutenir Taupin d'une manière efficace, et surtout s'il s'était souvenu de la journée de Salamanque, où Wdlington avait obtenu un succès décisif, en jetant le gros de fies forces sur Thomières , placé dans une situation analo^e à celle de Beresford.
Le duc de Dalmatie avait en ce moment 15,000 hommes disponibles; mais, au lieu de diriger ces troupes sur les longues et faibles colonnes anglaises, il se borna à prendre une demi-mesure, laissant ainsi échapper une des plus belles occasions que la fortune lui eût offertes jusqu'alors. « Le général français, dit Picton (i), montra dans cette occurrence un degré d'hésitation qu'on ne devait pas attendre de son habi- \eté bien connue (2). »
Encouragées par un premier succès et soutenues par de
nouireanx renforts, les troupes de Beresford gravirent les
pentes du mont Rave et s'emparèrent des hauteurs à droite
à» l^ennemi, ainsi que de la redoute Sypièrequi les protégeait.
Biles attendirent dans cette position que leur artillerie les
eût rejointes, et que Freyre eût dessiné sa seconde attaque;
puû, continuant leur mouvement le long des hauteurs, elles
enlevèrent les deux principales redoutes et les maisons forti-
^^^8 au centre de la ligne (3). Le général Harispe, faisant un
^flfort désespéré, reprit ces redoutes à la baïonnette, mais il
^ -^^dan't Memoirs, t. il, p. 299.
(^ 17Éft «Acier français, le colonel Kocb, exprime la même opinion : « La perle de la balallle * f^ Compose, dlt'll, ne pro?ienl pas du manque de troupes, mais des fautes du marécbal
T*'^'^'» ^[Vi laiaia échapper deux fois l^occasion d^dcraser Beresford. »
W C^Cte seconde attaque commença vers trois heures. Dans lintervallet Beresford aralt ^**^* «■« mettre a profit le désordre produit dans Tarmée française par Pattaque de Taupin, ^^"'^ '■^^l'c^er Immédiatement a l'attaque du faubourg Gulllemerle et snrpendre le passage 9r i»*J^^ ^^ ^^^ ^^* Demoiselles. Hais Soult, par des secours dirigés à temps sur ce point , ■"*^'"^' — ^ l^j colonnes anglaises Jusque sur le plateau de Sjrplère.
ne tarda pas k les abandonner de nouveau avec nne pei ^
Cependant la 0^ division continuait à gagner du terrûi sc^vr les hauteurs , pendant que les troupes espagnoles opéniersi^ sur le front de la position. Menacé par ce double niouv< Soult fut à la fin obligé d'abandonner les deux redoutes et 1 retranchements de la gauche. Ainsi , tout le mont Rave au pouvoir des alliés.
En ce moment, le général Hill se trouvait arrêté devant I seconde ligne de défense du faubourg Saint-Cyprien. Il serva cette position pendant le reste de la journée.
La lutte sur le mont Rave avait été extrêmement vive opiniâtre. Elle fait d^autant plus d'honneur aux troupes an-^ glaises, que Tavantage du nombre, de rartillerie (t) et du terrain ne fut pas de leur côté.
Vers quatre heures et demie, Tannée française se rrtîra derrière le canal, et Wellington prit possession de la totalité du mont Rave. Dès ce moment, il n y eut plus entre les deux armées qu'un échange de coups de fusil , entretenu par les cordons de tirailleurs. La nuit survint, et Soult profita de ce répit pour fortifier sa nouvelle ligne de défense, comme ai le lendemain une seconde bataille devait être livrée (s).
Quelques auteurs se sont appuyés sur ce fait pour inainuer que la bataille de Toulouse n'a point été pwdue par l'armée française; mais cette opinion n'est pas soutenable. Choumara et tous ceux qui ont disputé à Wellington Ta vantage
(I) riusleurt témoins eontUtent que dans ces dlTerses atUques, Berattori tira ■■ armaê pwti d«s fusées à la Gougrève, dont les Français ne connaissaient pas encore iHiai^^.
(3) L*artlllerle n'arriva qu'après l'enlèTenent de la première redoute du plateau; e*MI ce qui fit dire au maréchal Soult dans son rapport : « Nous avons «m cmulurateuf rmwrnmSmgê dm f*u ; t'arUilêri€ a consommé 10,000 coups de canon ci touêc sa m^irmtUc. m
(3) LAPilll,p.4U.
a journée n*0Dt pas fait attention que le mont Rave le véritable champ de bataille, et que Tabandon de cette eor constituait la défaite. Prétendre que « le plateau du inet n'était qu une position d'avanl-garde; que la vraie ; de bataille de Soult était le canal du Languedoc, et que leur ensemble les mouvements du 10 doivent être jugés ne on juge la défense des ouvrages avancés d'une place \^ ouvrages qu'on peut perdre sans être battu » (i); prérecela, c'est méconnaître les faits historiques et proclamer véritable hérésie militaire. Le duc de Dalmatie, au reste, IX renseigné que ses maladroits apologistes, n'a jamais ï la moindre prétention au gain de la bataille de Toue (s). Il n'a pas même invoqué en sa faveur l'argument de mense supériotité numérique des alliés, et de fait, cet iment a peu de valeur, puisque 24,000 hommes et ièces de canon seulement furent sérieusement engagés par lington. Certes, il a tenu à peu de chose que les Anglais ussent battus; car si Soult avait laissé moins de forces lyonne (s), et s'il avait mieux soutenu l'attaque de Taupin, »ford eût été repoussé et la bataille perdue; mais enfin, honorable que soit la journée de Toulouse pour les pes françaises , ce n'est point elles qui l'ont gagnée : toire est désormais fixée sur ce point. 11 est beau de reliquer les gloires de son pays; mais il ne faut pas que ce aux dépens de la gloire des autres, et surtout aux dépens I vérité.
iHOOiiAiA , t. IX., i>. 2U1, 186. Cet écrWaln pousse Peiithousiasme pour Soult Jusqu^à
■ iMi bataille de Toulouse est une des plus glorieuses qu'on puisse inscrire dans nos
es et graver sur nos monuments nationaux. «—P. 200.
« général do Vnudoncourt» t. III, p. 128 « dit que la baUllIe de Toulouse fut ineontes-
tent gagnée par ^Wellington. De Beauchanp, d*Aldlguler, le général 8alnt-Beny, le
tl Koch et Thlbeaudean font le même aveu, et Sachet Ta Jusqu'à prétendre que Parméc
lit tmi écrasée à Toulouse; ce qui n*est pas rigoureusement vrai.
lapiMéon lui fit une observation à cet égard, mais sa lettre n*arriYa ptt A tenpi.
Les Français eurent un général tué, 4 blessée I 3,200 hommes mis hors de combat (i).
Les alliés eurent 4 généraux et 4,659 homm blessés, dont 2,000 Espagnols (2).
Quelques écrivains estimables, entre autres le < réno (s), Belmas (4) et de Beauchamp (5), assurent lington connaissait le fait de l'abdication de Napol de livrer la bataille de Toulouse. Mais le génértli alliés a protesté contre cette allégation, qui est de ti inadmissible ; le duc en effet ne savait pas même» du 10, la nouvelle de l'entrée des alliés à Paris (•)• l'eût-il su, sa conduite n'en serait pas moins ei blâme ; car l'entrée des alliés à Paris ne terminait sairement la campagne, puisque Napoléon et ses li pouvaient continuer la guerre, et avaient même ani tention de la continuer (7).
i.l) ThlbeauileaUtde Vaadoocourl ci Belmus évaluent les i»ejrl«« des Franq meSi et celles des alliés A 4,500 et 4,400. Kocli iiorte le chilTrc dea pertes, di cals, à 321 tuéif 2.309 blessés cl 541 prisonniers. Lapène met au oonii»! 3,400 bommes, et à celui des alliés 8,000 ! Les Victoires et conquêtes se rapi»! la vérité, on attribuant aux Fran<;ais 3,231 bonime« blessés et tués , et am VaudoncourtetChoumara sont évidemment dans Perrrur, lorsqu'ils alRnnea eurent plus de 10.030 hommes hors de combat. KnOn, Pellol tombe dans I ration en estimant les pertes des Français a 2,000 ou 2,100 tués et Matséi alliés à 10,000 M de leur aveu, » et probablement a 14 ou ISjOOO !
(2) rétat officiel des pertes allribue aux Anglais 312 tués, 1,705 blessés, ans Kspaf nois 206 tués, 1,722 blessés, 1 manquant ; aux Portugais 78 tués et (
(5) Histoire des campagnes de 1814 et 1815.
(6) Quelques écrivains anglais ont prétendu que Wellington était infto mais ils sont dans Perreur ; et la preuve, c'est que le duc répondit, le communal de Toulouse : « Braves habitants. Je serais fâché que des Français « cause de leur roi fussent victimes d'un zèle empressé , mais louable, ie n a dissimuler qu'on traite encore à Châtlilon, et qu'ion regarde la paix a a comme une chose possible. Je vous soutiendrai néanmoins autant quHIdé « Mais peutrétre ie temps n*est-il pas encore venu d'exprimer avec cette ém M sentiments.» (A. bb bkaucuamp, t. il, p. 460.)
Il est évident que Wellington n'aurait pas tenu ce langage s'il avait so lasi Au reste, le Moniteur français, du 18 avril 1814, constate que toutes les I S Soult et k Wellington furent Interceptées.
(7) Soult, par exemple, avait écrit le 7 avril A Sucbet : « J'ai reçu la fâolMW a les ennemis sont entrés A Paris... ce grand malheur m'affermit dans le rdi « fendre Tonlouse, quoi qu'il puisse arriver. »
igton, qui avait eu le tort de prodiguer ses munitions x>mmencement de la journée, ne se trouva point re de continuer l'attaque au delà du canal avant On dit qu'il employa la journée du 11 à préparer iaux incendiaires pour ses batteries à la congrève, ut soin de faire annoncer, par ses sentinelles avanlessein de brûler Toulouse (2). Nous n'avons point confirmation de cette menace, qui, du reste, de la général anglais, n'eût été vraisemblablement qu'une r engager la population à se soulever, storien français, mieux renseigné, croyons-nous, que le duc montra à l'égard de Toulouse des sentiut autres que ceux qu'on lui prête :« L'histoire imle, dit-il, doit l'attester à la louange de Wellington : omplit avec une rigoureuse exactitude la promesse ivait faite au duc d'Àngoulème. Cet auguste prince conjuré de ménager la bonne ville de Toulouse, igton ne songea plus dès lors qu'à protéger et à gala vie et les propriétés de ses paisibles habitants, eulement il fit détourner le feu dirigé contre la ville, il laissa défiler, sans s'y opposer militairement , les (8 du maréchal Soult par la seule route qui leur fût 5 ouverte (s). »
|a'il en soit, le duc de Dalmatie ne crut pas devoir prolutte (4). Craignant d'être enfermé dans Toulouse, et
»iirt français ont omis cette circonstance et attribué rinaction de Wellington k e Inl Inspirait la forlc position de Soult. ■ Dans cette situation, dit Choumara, le lit prit la résolution de manœuvrer au lieu de combattre, de menacer les compar la route de Carcassonnc, au Heu d^attaquer la ligne du canal... Le maréchal nt pointlaisser l'ennemi se placer entreluiet le duc d^Albuféra... Il se décida tlooae. «—P. 109 et 200.
IlBIADDtAC et DK VADDOKCOURT.
1CMAMP, L II, p. 4G1 . Voir aussi p. 406.
Iieares du soir, Wellington somma la ville de se rendre. Soult répondit quil était
laevellr sous ses décombres. U lendemain, Tarmée françaiie se re|ranclia le